Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2315681

mercredi 3 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2315681
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation10ème Chambre

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise a rejeté la requête de Mme B, ressortissante tunisienne, qui contestait un arrêté préfectoral du 13 octobre 2023 lui refusant un titre de séjour "stagiaire", l'obligeant à quitter le territoire et prononçant une interdiction de retour d'un an. La requérante invoquait notamment une méconnaissance des articles L. 426-23 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA) relatifs au stage, ainsi que des moyens de légalité externe et interne. Le tribunal a jugé que les moyens soulevés n'étaient pas fondés, confirmant la légalité de l'arrêté préfectoral.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, un mémoire complémentaire et des pièces complémentaires, enregistrés le 22 novembre 2023, les 14 et 19 mars et le 13 mai 2024, Mme A B, représentée par Me Monconduit, demande au tribunal :

1°) d'annuler, à titre principal, l'arrêté en date du 13 octobre 2023, par lequel le préfet des Hauts-de-Seine a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de renvoi et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'une année ou, à titre subsidiaire, d'annuler les seules décisions portant obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jour, fixant le pays de retour et prononçant une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'une année ;

2°) d'enjoindre, à titre principal, au préfet des Hauts-de-Seine de lui délivrer un titre de séjour temporaire portant la mention " salarié ", dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, ou, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa situation, dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler, dans un délai de sept jours à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

En ce qui concerne les moyens communs à l'ensemble des décisions attaquées :

- elles ont été signées par une autorité incompétente ;

- elles ont prises en méconnaissances de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :

- cette décision est insuffisamment motivée et est entachée d'erreurs de fait lesquelles révèlent un défaut d'examen de sa situation personnelle ;

- elle est entachée d'une erreur de droit au regard des dispositions des articles L. 426-23, R. 426-16 et R. 426-18 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire :

- elle est illégale par exception d'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour ;

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- elle est illégale par exception d'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation et méconnait les dispositions des articles L. 612-8 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire en défense, enregistré le 13 mai 2024, le préfet des Hauts-de-Seine indique que la requête n'appelle aucune observation de sa part et communique les pièces utiles au dossier.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Ouillon, président-rapporteur ;

- et les observations de Me Sun Troya subsituant Me Monconduit, représentant Mme B.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A B, ressortissante tunisienne née le 27 août 1995, est entrée en France le 19 septembre 2022 munie d'un visa de long séjour valant titre de séjour portant la mention " stagiaire ", valable jusqu'au 5 avril 2023. Du 12 septembre 2022 au 12 mars 2023, elle a effectué un premier stage au sein de la société ALEF Media Groupe. Le 26 juillet 2023, Mme B a sollicité du préfet des Hauts-de-Seine son admission au séjour sur le fondement de l'article L. 426-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, pour lui permettre d'effectuer un second stage au sein de la société Intact du 1er septembre 2023 au 31 mars 2024. Par un arrêté du 13 octobre 2023, le préfet des Hauts-de-Seine a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de renvoi et a prononcé à son égard une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'une année. Mme B sollicite l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 426-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui établit qu'il suit en France un stage dans le cadre d'une convention de stage visée par l'autorité administrative compétente et qu'il dispose de moyens d'existence suffisants se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "stagiaire". / En cas de nécessité liée au déroulement du stage, et sous réserve d'une entrée régulière en France, l'autorité administrative peut accorder cette carte de séjour sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Par dérogation à l'article L. 414-10 cette carte n'autorise pas l'exercice d'une activité professionnelle salariée (). ". Aux termes de l'article R. 426-16 du même code : " Pour l'obtention de la carte de séjour temporaire portant la mention " stagiaire " prévue à l'article L. 426-23, est considéré comme stagiaire l'étranger qui vient en France pour l'une des raisons suivantes : / 1° Effectuer un stage en entreprise, dans le cadre d'une formation organisée dans son pays de résidence qui conduit à la délivrance d'un diplôme ou d'un titre ou à la reconnaissance d'un niveau de qualification professionnelle et qui relève d'un cursus scolaire ou universitaire, d'une formation professionnelle ou d'un programme de coopération de l'Union européenne ou intergouvernemental dans les domaines de l'éducation, de la formation, de la jeunesse ou de la culture () ". L'article R. 426-18 de ce code prévoit que : " Dans le cas prévu au 1° de l'article R. 426-16, la durée du stage ne peut pas excéder six mois lorsqu'il relève d'une formation professionnelle (). ".

3. Il ressort des pièces du dossier que Mme B, étudiante à l'université East London en Afrique du Sud, a conclu une convention de stage tripartite avec son université et la société Alef Media Groupe, située en France, au sein de laquelle elle a effectué un stage du

12 septembre 2022 au 12 mars 2023 et a bénéficié à ce titre d'un visa de long séjour, délivré par les autorités françaises, portant la mention " stagiaire " valable jusqu'au 5 avril 2023. Mme B a sollicité la prolongation de son titre de séjour en qualité de stagiaire par le biais de la plateforme " démarches-simplifiées.fr " le 26 juillet 2023. Il ressort en effet des pièces du dossier que l'intéressée s'est inscrite dans une nouvelle formation auprès de l'école du digitale Lonaco à compter du 1er septembre 2023 et avait conclu une nouvelle convention de stage avec la société Intact afin de réaliser un stage du 1er septembre 2023 au 31 mars 2024. Le préfet des Hauts-de-Seine ne pouvait pas refuser à l'intéressée le titre de séjour sollicité au motif qu'elle avait déjà bénéficié d'un titre de séjour en qualité de stagiaire d'une durée de six mois et qu'elle ne pouvait plus ainsi prétendre à la délivrance d'un tel titre dès lors que la limitation prévue à l'article R. 426-18 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile précité ne vise que les stages suivis dans le cadre d'une formation professionnelle et qu'en l'espèce, la formation suivie par la requérante relevait " d'une formation scolaire ou universitaire ". Dans ces conditions, Mme B est fondée à soutenir que le préfet des Hauts-de-Seine a, en prenant l'arrêté attaqué, méconnu les dispositions de l'article L. 426-23 du code précité.

4. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que Mme B est fondée à demander l'annulation de l'arrêté attaqué du 13 octobre 2023 en toutes ses dispositions.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

5. L'exécution du présent jugement implique seulement, au regard de son motif d'annulation et de l'expiration de sa convention de stage depuis le 31 mars 2024, qu'il soit enjoint au préfet des Hauts-de-Seine de procéder à un nouvel examen de la demande de titre de séjour de Mme B et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour. Il y a lieu de fixer au préfet des Hauts-de-Seine un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement pour procéder à ce réexamen.

Sur les frais liés au litige :

6. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative à verser à la requérante.

D É C I D E :

Article 1er : L'arrêté du préfet des Hauts-de-Seine du 13 octobre 2023 est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet des Hauts-de-Seine de réexaminer la situation de Mme B dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement et de lui délivrer, dans cette attente, une autorisation provisoire de séjour.

Article 3 : L'Etat versera à Mme B la somme de 1 000 euros sur le fondement de l'article

L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et au préfet des Hauts-de-Seine.

Délibéré après l'audience du 19 juin 2024, à laquelle siégeaient :

M. Ouillon, président,

Mme Charlery, première conseillère,

Mme Fabas, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 juillet 2024.

Le président-rapporteur,

signé

S. Ouillon

L'assesseure la plus ancienne,

signé

C. CharleryLa greffière,

signé

M-J. Ambroise

La République mande et ordonne au préfet des Hauts-de-Seine en ce qui le concerne et à tous les commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.