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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2315871

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2315871

lundi 2 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2315871
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
FormationPole Social (JU)
Avocat requérantGAROT-SOUCHELEAU

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire enregistrés les 24 novembre 2023 et 2 août 2024, Mme B A, représentée par Me Garot-Soucheleau, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler la décision du conseil départemental des Hauts de Seine du 17 octobre 2023, prise sur recours administratif, mettant fin à ses droits au revenu de solidarité active ;

2°) d'enjoindre à la caisse d'allocations familiales et au conseil départemental des Hauts de Seine de réexaminer sa situation ;

3°) de condamner la caisse d'allocations familiales et le conseil départemental des Hauts de Seine à lui régler le reliquat du revenu de solidarité active qui lui est dû, depuis avril 2023 avec intérêts au taux légal depuis cette date, soit la somme de 1696 euros assortie des intérêts au taux légal ;

4°) de condamner la caisse d'allocations familiales et le conseil départemental des Hauts de Seine à lui verser une indemnité d'un montant de 2 000 euros en réparation du préjudice qui lui a été occasionné ;

5°) de mettre à la charge de la caisse d'allocations familiales et du conseil départemental des Hauts de Seine une somme de 2 000 euros à verser à Me Garot-Soucheleau en vertu de l'article L. 761-1 du code de la justice administrative et l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 ;

6°) de mettre à la charge de la caisse d'allocations familiales et du conseil départemental des Hauts de Seine les dépens.

Elle soutient que :

- la décision est insuffisamment motivée ;

- elle n'a pas été mise en mesure de faire connaître ses observations aux équipes pluridisciplinaires mentionnées à l'article L. 262-39 en méconnaissance des dispositions de l'article L. 262-37 du code de l'action sociale et des familles ;

- la décision attaquée est entachée d'erreur de droit en ce que si son mari en est droit de percevoir l'allocation aux adultes handicapés, cela ne permet pas de suspendre ses droits au revenu de solidarité active ;

- l'allocation aux adultes handicapés constitue l'unique ressource du foyer composé de quatre personnes et est insuffisante pour leur permettre de pourvoir à leurs besoins ;

- elle est en droit de percevoir le reliquat entre ces deux prestations ;

Par un mémoire enregistré le 2 août 2024, la caisse d'allocations familiales des Hauts-de-Seine conclut à sa mise hors de cause.

Par un courrier du 27 septembre 2024, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de l'irrecevabilité des conclusions indemnitaires présentées par la requérante à défaut de régularisation.

Par un mémoire en défense enregistré le 11 octobre 2024, le département des Hauts-de-Seine conclut au rejet de la requête comme non fondée.

Vu :

- la décision attaquée ;

- la décision en date du 18 décembre 2023 par laquelle le président du bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Pontoise a accordé d'aide juridictionnelle totale à Mme A.

- les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code de l'action sociale et des familles,

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991,

- le code de justice administrative ;

Le président du tribunal a désigné Mme Lepetit-Collin, vice-présidente, pour statuer sur les litiges en application des dispositions de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

La rapporteure publique a été dispensée, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Lepetit-Collin, magistrate désignée, a été entendu au cours de l'audience publique.

La clôture de l'instruction est intervenue après appel de l'affaire à l'audience en application des dispositions de l'article R. 772-9 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Par la présente requête, Mme A conteste la décision en date du 17 octobre 2023 par laquelle le conseil départemental des Hauts de Seine, saisi sur recours administratif, a mis fin à ses droits au revenu de solidarité active.

Sur la demande de mise hors de cause de la caisse d'allocations des Hauts-de-Seine :

2. La caisse d'allocations familiales des Hauts-de-Seine, qui assure la gestion des prestations relatives au revenu de solidarité active pour le compte du département des Hauts-de-Seine qui en assure le financement, est fondée à demander sa mise hors de cause.

Sur les droits au revenu de solidarité active :

3. Aux termes de l'article L. 262-1 du code de l'action sociale et des familles : " Le revenu de solidarité active a pour objet d'assurer à ses bénéficiaires des moyens convenables d'existence de lutter contre la pauvreté et de favoriser l'insertion sociale et professionnelle. ". Aux termes de l'article L. 262-3 du même code : " L'ensemble des ressources du foyer, y compris celles qui sont mentionnées à l'article L. 132-1, est pris en compte pour le calcul du revenu de solidarité active, dans des conditions fixées par un décret en Conseil d'Etat () ". L'article L. 262-10 du même code dispose que : " I.- Le droit au revenu de solidarité active est subordonné à la condition que le foyer fasse valoir ses droits aux prestations sociales, législatives, réglementaires et conventionnelles, à l'exception des allocations mensuelles mentionnées au dernier alinéa de l'article L. 222-3 () ". Aux termes de l'article R. 262-6 de ce code : " Les ressources prises en compte pour la détermination du montant du revenu de solidarité active comprennent, sous les réserves et selon les modalités figurant au présent chapitre, l'ensemble des ressources, de quelque nature qu'elles soient, de toutes les personnes composant le foyer, et notamment les avantages en nature ainsi que les revenus procurés par des biens mobiliers et immobiliers et par des capitaux. () ". Enfin, l'article R. 262-11 du même code énumère les primes et allocations dont il n'est pas tenu compte pour l'application des dispositions de l'article R. 262-6 précité.

4. Il résulte des dispositions précitées que l'allocation de revenu de solidarité active présente un caractère subsidiaire et est subordonné à la condition que l'allocataire ait sollicité le versement des prestations dont il a légalement ou réglementairement droit au titre desquelles figurent l'allocation aux adultes handicapés.

5. Lorsqu'il statue sur un recours dirigé contre une décision par laquelle l'administration, sans remettre en cause des versements déjà effectués, détermine les droits d'une personne à l'allocation de revenu de solidarité active, il appartient au juge administratif, eu égard tant à la finalité de son intervention dans la reconnaissance du droit à cette allocation ou à cette aide qu'à sa qualité de juge de plein contentieux, non de se prononcer sur les éventuels vices propres de la décision attaquée, mais d'examiner les droits de l'intéressé sur lesquels l'administration s'est prononcée, en tenant compte de l'ensemble des circonstances de fait qui résultent de l'instruction et, notamment, du dossier qui lui est communiqué en application de l'article R. 772-8 du code de justice administrative. Au vu de ces éléments, il appartient au juge administratif d'annuler ou de réformer, s'il y a lieu, cette décision en fixant alors lui-même les droits de l'intéressé, pour la période en litige, à la date à laquelle il statue ou, s'il ne peut y procéder, de renvoyer l'intéressé devant l'administration afin qu'elle procède à cette fixation sur la base des motifs de son jugement.

6. En premier lieu, si Mme A soutient que la décision attaquée serait insuffisamment motivée et qu'elle serait intervenue sans qu'elle ait été mise en mesure de faire connaître ses observations aux équipes pluridisciplinaires mentionnées à l'article L. 262-39 en méconnaissance des dispositions de l'article L. 262-37 du code de l'action sociale et des familles, ces moyens de forme et de procédure sont, en tout état de cause, eu égard à l'office du juge tel que rappelé au point précédent, inopérants.

7. En deuxième lieu, si Mme A soutient que la décision attaquée est entachée d'erreur de droit en ce que, si son mari en est droit de percevoir l'allocation aux adultes handicapés (AAH), cela ne permet remet pas en cause ses droits au revenu de solidarité active, il ressort des dispositions précitées au point 3 que l'AAH, qui ne figure pas dans l'énumération de l'article R. 262-11 du code de l'action sociale et des familles, constitue une ressource qui doit donc être prise en compte dans le calcul des ressources du foyer pour la détermination des droits au revenu de solidarité active. Le moyen doit donc être écarté.

8. En troisième lieu, si la requérante soutient que l'AAH constitue l'unique ressource de leur foyer composé de quatre personnes et est insuffisante pour leur permettre de pourvoir à leurs besoins, ces moyens sont sans incidence sur le bien-fondé de la décision attaquée.

9. En dernier lieu, il est constant que l'époux de Mme A a perçu, à compter du mois d'avril 2023, une allocation adulte handicapé d'un montant de 971, 37 euros mensuels. La requérante, à titre subsidiaire, soutient qu'elle aurait dû bénéficier du versement du différentiel entre le montant forfaitaire de revenu de solidarité active qui lui était dû, soit 1077, 37 euros, et le montant de l'allocation adulte handicapé versée à son époux soit une somme de 106 euros par mois. Il ne résulte toutefois pas de l'instruction, contrairement à ce que soutient la requérante, et compte tenu des règles applicables au calcul du revenu de solidarité active en cas de cumul de prestations et notamment de cumul avec le versement de l'aide personnalisée au logement, qu'il aurait existé un différentiel entre le montant de revenu de solidarité active auquel elle pouvait prétendre et le montant de l'AAH effectivement versé à son mari.

10. La requérante n'est donc pas fondée à soutenir que c'est à tort que, par la décision contestée, le président du conseil départemental des Hauts-de-Seine a mis fin à ses droits au versement du revenu de solidarité active. Les conclusions de la requérante tendant au réexamen de sa situation, au reversement du reliquat du revenu de solidarité active qu'elle estimait lui être dû ainsi que ses conclusions à fin d'indemnisation doivent donc, par voie de conséquence, être rejetées.

11. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de Mme A doit être rejetée dans toutes ses conclusions, y compris celles présentées sur le fondement des dispositions combinées de l'article L761-1 du code de la justice administrative et l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, l'administration n'étant pas la partie perdante dans la présente instance.

D É C I D E :

Article 1er : La caisse d'allocations familiales des Hauts-de-Seine est mise hors de cause.

Article 2 : La requête de Mme A est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A, à Me Garot-Soucheleau et au département des Hauts-de-Seine.

Copie en sera adressée à la caisse d'allocations familiales des Hauts-de-Seine.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 décembre 2024.

La magistrate désignée,

Signé

H. Lepetit-CollinLa greffière,

Signé

C. Mas

La République mande et ordonne au préfet des Hauts-de-Seine en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne le voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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