Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2316021

mercredi 5 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2316021
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation10ème Chambre

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, des pièces complémentaires et un mémoire, enregistrés les 29 novembre 2023, 13 décembre 2023 et 9 avril 2024, M. B A, représenté par Me Gozlan, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 2 novembre 2023 par lequel le préfet du Val-d'Oise a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour mention " vie privée et familiale " dans un délai de quinze jours suivant la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jours de retard, et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour, et, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation dans les mêmes conditions de délais et d'astreinte.

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

En ce qui concerne les moyens communs à l'ensemble des décisions attaquées :

- les décisions attaquées sont insuffisamment motivées ;

- elles sont entachées d'erreur d'appréciation.

En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :

- la décision portant refus de titre de séjour est entachée d'erreur de droit dès lors que le préfet était également tenu d'examiner sa demande dans le cadre d'une admission exceptionnelle au séjour.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- la décision portant obligation de quitter le territoire français porte une atteinte disproportionnée au droit au respect de sa vie privée et familiale en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des conséquences sur sa situation personnelle, familiale et professionnelle.

Par un mémoire en défense, enregistré le 28 mars 2024, le préfet du Val-d'Oise conclut au rejet de la requête de M. A.

Il fait valoir que les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 relatif à la circulation, à l'emploi et au séjour en France des ressortissants algériens et de leurs familles ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique, le rapport de M. Ouillon, président-rapporteur.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, ressortissant algérien né le 9 juillet 2001, est entré en France le 21 août 2019 muni d'un visa Schengen expirant le 1er novembre 2019. Il a sollicité son admission au séjour le 15 mars 2023, sur le fondement des stipulations de l'article 6-5 de l'accord franco-algérien modifié. Par un arrêté du 2 novembre 2023, le préfet du Val-d'Oise a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays d'éloignement. M. A demande l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne le moyen commun aux décisions attaquées :

2. Aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° () constituent une mesure de police () ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ". Et aux termes de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () / Dans le cas prévu au 3° de l'article L. 611-1, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision relative au séjour. () ". En vertu des dispositions précitées, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'avait pas à faire l'objet d'une motivation distincte dès lors que la décision portant refus de titre de séjour est elle-même motivée.

3. L'arrêté contesté mentionne les textes dont il fait application, notamment, la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, en particulier les articles 3 et 8, l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié et le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il expose, avec suffisamment de précision, les éléments de la situation personnelle de l'intéressé. Cet arrêté comporte ainsi de façon circonstanciée l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Il satisfait, dès lors, aux exigences de motivation prévues par les dispositions précitées de l'article L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration ainsi que celles de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le préfet, qui n'avait pas à énoncer l'ensemble des éléments relatifs à la situation personnelle de l'intéressé, a suffisamment motivé l'arrêté du 2 novembre 2023.

En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :

4. En premier lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 ". Ces dispositions sont relatives aux conditions dans lesquelles les étrangers peuvent être admis à séjourner en France soit au titre d'une activité salariée, soit au titre de la vie familiale. Ces conditions sont cependant régies de manière exclusive, en ce qui concerne les ressortissants algériens, par l'accord du 27 décembre 1968. Un ressortissant algérien ne saurait dès lors utilement invoquer les dispositions précitées de l'article L. 435-1 à l'appui d'une demande d'admission au séjour sur le territoire national.

5. Toutefois, si l'accord franco-algérien ne prévoit pas, pour sa part, de semblables modalités d'admission exceptionnelle au séjour, les stipulations de cet accord n'interdisent pas au préfet de délivrer un certificat de résidence à un ressortissant algérien qui ne remplit pas l'ensemble des conditions auxquelles est subordonnée sa délivrance de plein droit. Il appartient au préfet, dans l'exercice du pouvoir discrétionnaire dont il dispose sur ce point, d'apprécier, compte tenu de l'ensemble des éléments de la situation personnelle de l'intéressé, l'opportunité d'une mesure de régularisation.

6. Il ressort des termes mêmes de l'arrêté que le préfet, qui n'était pas tenu de le faire, a tout de même examiné la demande de l'intéressé dans le cadre de son pouvoir de régularisation, contrairement à ce que soutient le requérant. Dès lors, le moyen tiré de l'erreur de droit doit être écarté.

7. En second lieu, le requérant soutient que l'arrêté contesté est entaché d'erreur d'appréciation, sans apporter de précisions suffisantes permettant l'appréciation de son bien-fondé. Dès lors, ce moyen doit être écarté.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

8. Aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance () "

9. M. A soutient qu'il réside en France depuis l'âge de 18 ans, qu'il y a réalisé ses études de manière sérieuse et assidue, qu'il est intégré par son travail, qu'il est pris en charge par son oncle avec lequel il est très proche et qu'il a noué des liens importants en France avec des camarades d'école et des collègues. Toutefois, à la date de l'arrêté attaqué, le requérant ne justifiait que d'une ancienneté de 4 mois au sein de l'entreprise " Sarl Compagnie parisienne de transport ", entreprise pour laquelle il travaillait en tant qu'ouvrier polyvalent, à temps partiel à raison seulement de 15 heures par semaine et ne peut ainsi se prévaloir d'une intégration particulière en France. Par ailleurs, si l'intéressé justifie avoir suivi une scolarité en France entre les années 2019 et 2022, il ne justifie pas néanmoins des relations alléguées avec ses camarades d'école, de sorte qu'il ne justifie pas d'une intégration sociale particulière en France. Enfin, il ressort des pièces du dossier, et notamment de la fiche de salle produite en défense par le préfet, que le requérant, qui est célibataire et sans enfant à charge, n'est pas dépourvu de toute attache dans son pays d'origine où résident ses parents ainsi que son frère et sa sœur. Dans ces conditions, compte tenu des conditions de séjour de l'intéressé, ce dernier n'est pas fondé à soutenir que la décision en litige aurait porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts en vue desquels il a été pris ni qu'il serait entaché d'erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences sur sa situation personnelle.

10. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. A doit être rejetée, y compris ses conclusions à fin d'injonction et d'astreinte et celles présentées au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er: La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet du Val-d'Oise.

Délibéré après l'audience du 22 mai 2024, à laquelle siégeaient :

M. Ouillon, président,

Mme Charlery, première conseillère,

Mme Fabas, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 juin 2024.

Le président-rapporteur,

signé

S. Ouillon

L'assesseure la plus ancienne,

signé

C. Charlery

La greffière,

signé

M. C

La République mande et ordonne au préfet du Val-d'Oise ce qui le concerne ou à tous commissaire de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.