Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2316026

mardi 23 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2316026
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation11ème Chambre

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 29 novembre 2023, Mme A B, représentée par Me Calvo Pardo, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 30 octobre 2023 par lequel le préfet de police de Paris lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet de police de lui délivrer un titre de séjour ou à défaut de réexaminer sa situation dans le délai d'un mois à compter de la date de notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros au titre de l'article

L. 761-1 du code de justice administrative.

Mme B soutient que l'arrêté attaqué :

- est entaché d'un défaut d'examen complet de sa demande, ayant également sollicité un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et pas seulement sur le fondement de l'article L. 426-20 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- est entaché d'erreur de fait quant à sa situation familiale ;

- méconnaît les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- méconnaît l'article 8 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales en portant une atteinte disproportionnée à son droit à une vie privée et familiale.

Par un mémoire en défense, enregistré le 23 janvier 2024, le préfet de police de Paris conclut au rejet de la requête.

Il soutient que le tribunal administratif de Cergy-Pontoise est incompétent pour connaitre de cette requête et qu'à défaut, les moyens soulevés par Mme B ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Bocquet, conseillère ;

- et les observations de Me Garrigues, substituant Me Calvo Pardo, représentant

Mme B.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A B, ressortissante chinoise née le 20 mars 1964, entrée en France en février 2020 selon ses déclarations, a sollicité le 8 juillet 2022 la délivrance d'un titre de séjour, sur le fondement des articles L. 426-20 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par arrêté du 30 octobre 2023, le préfet de police a refusé de lui délivrer les titres demandés, l'a obligée à quitter le territoire et a fixé le pays de destination. Elle demande par la présente requête l'annulation de ces décisions.

2. Aux termes de l'article R. 321-8 du code de justice administrative : " Les litiges relatifs aux décisions individuelles prises à l'encontre de personnes par les autorités administratives dans l'exercice de leurs pouvoirs de police relèvent de la compétence du tribunal administratif du lieu de résidence des personnes faisant l'objet des décisions attaquées à la date desdites décisions. " Aux termes de l'article R. 221-3 du code de justice administrative : " Le siège et le ressort des tribunaux administratifs sont fixés comme suit : [] Cergy-Pontoise : Hauts-de-Seine, Val-d'Oise ".

3. Il ressort des pièces du dossier que Mme B résidait, à la date du 30 octobre 2023, dans le département des Hauts-de-Seine. Dès lors, aux termes de l'article R. 221-3 du code de justice administrative, le tribunal administratif de Cergy-Pontoise est bien compétent pour connaitre de la présente requête et la fin de non-recevoir soulevée en défense doit être écartée.

4. Il ressort des termes de l'arrêté attaqué que le préfet de police de Paris a examiné la demande de Mme B tant sur le fondement des dispositions de l'article L. 426-20 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile qu'au titre de sa vie privée et familiale. Ainsi le préfet a implicitement mais nécessairement fait usage de son pouvoir d'appréciation au titre de son pouvoir discrétionnaire qu'il tire de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, même si celui-ci n'est pas visé. Dès lors, la requérante ne peut se prévaloir d'un défaut d'examen de sa demande au titre de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Dans ces conditions, le moyen tiré du défaut d'examen doit être écarté.

5. Aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. []

6. Mme B se prévaut de son entrée en France en 2020 ainsi que de son insertion professionnelle et de la présence en France de son fils de nationalité française. Toutefois, d'une part, son fils est majeur et n'est pas à sa charge, d'autre part Mme B a elle-même vécu dans son pays d'origine au moins jusqu'à l'âge de cinquante-six ans, avec son époux. Si elle se prévaut de la présence régulière de ce dernier sous couvert d'un visa long séjour valant titre de séjour visiteur valable à compter du 28 mai 2023, elle ne démontre pas avoir informé le préfet de ces éléments, la circonstance que l'arrêté mentionne à tort qu'elle est célibataire, alors qu'elle avait déclaré être mariée dans sa demande de titre de séjour, est sans incidence sur l'appréciation portée par le préfet dès lors que Mme B avait également indiqué que son mari résidait en Chine. Enfin, si la requérante se prévaut de son insertion professionnelle en qualité d'employée à domicile depuis 2022, cette insertion date de moins d'un an à la date de la décision attaquée et, au surplus, la requérante a notamment sollicité un titre de séjour en qualité de visiteur ne l'autorisant pas à travailler. Dans ces conditions, le préfet n'a pas commis d'erreur de fait ni d'erreur de droit au regard de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en ne faisant pas usage de son pouvoir de régularisation au titre de l'admission exceptionnelle au séjour.

7. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

8. Pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 6, le moyen tiré de ce que le préfet, en prenant l'arrêté en litige, a porté une atteinte manifestement disproportionnée au droit au respect de la vie privée et familiale de l'intéressée eu égard aux buts en vue desquels il a été pris, en méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

9. Il résulte de ce qui précède que la requête de Mme B doit être rejetée en toutes ses conclusions.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et au préfet de police de Paris.

Délibéré après l'audience du 28 mars 2024, à laquelle siégeaient :

M. d'Argenson, président,

M. Robert, premier conseiller,

Mme Bocquet, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 avril 2024.

La rapporteure,

signé

P. BocquetLe président,

signé

P.-H. d'Argenson

Le greffier,

signé

V. Guillaume

La République mande et ordonne au préfet de police de Paris en ce qui le concerne, et à tous les commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2316026