Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2316065
mercredi 24 avril 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2316065 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | 7ème Chambre |
| Avocat requérant | HELALIAN |
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
1) Procédure contentieuse antérieure :
Par une ordonnance du 31 janvier 2023, le président du tribunal de Cergy-Pontoise a rejeté, pour irrecevabilité manifeste, la requête enregistrée le 24 janvier 2023, présentée M. B A.
Cette ordonnance a été annulée par un arrêt n°23VE00245 du 30 novembre 2023 de la cour administrative d'appel de Versailles, qui a renvoyé M. A devant le tribunal de céans pour qu'il soit statué sur sa demande.
2) Procédure devant le tribunal :
Par une requête initialement enregistrée le 24 janvier 2023 sous le numéro 23009240 et désormais enregistrée sous le numéro 2316065, M. B A, représenté par Me Helalian, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 3 janvier 2023 par lequel le préfet de police de Paris lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays d'éloignement et l'a interdit de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans ;
2°) d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
En ce qui concerne la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour :
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnaît de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- cette décision est illégale par voie de conséquence de l'illégalité entachant la décision portant refus de titre de séjour ;
- elle méconnaît de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
- cette décision est illégale par voie de conséquence de l'illégalité entachant la décision portant obligation de quitter le territoire français.
Par un mémoire en défense, enregistré le 8 décembre 2023, le préfet de police de Paris, représenté par Me Tomasi, conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.
Par ordonnance du 3 janvier 2024, la clôture de l'instruction a été fixée au 18 janvier suivant.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Fléjou,
- et les observations de Me Helalian, représentant M. A.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant béninois né le 19 novembre 1988, demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 3 janvier 2023 par lequel le préfet de police de Paris a refusé de lui délivrer un titre de séjour demandé en qualité de salarié, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays d'éloignement et l'a interdit de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. Aux termes de l'article L. 435-1 du code l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. ". Il résulte de ces dispositions que l'article L. 435-1 permet la délivrance de deux titres de séjour de nature différente que sont, d'une part, la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale et, d'autre part, la carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " ou " travailleur temporaire ".
3. Pour refuser la délivrance de la carte de séjour sollicitée par M. A, le préfet de police de Paris a estimé que celui-ci ne justifiait pas d'un motif exceptionnel permettant l'octroi d'un titre de séjour portant la mention " salarié " au regard de son ancienneté de séjour en France, de son expérience et de ses qualifications professionnelles ainsi que des spécificités de l'emploi auquel il postulait. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que M. A, dont la présence en France depuis 2015 n'est pas remise en cause par le préfet, justifiait à la date de la décision attaquée de quarante-deux bulletins de paie et d'une embauche en contrat à durée déterminée jusqu'en octobre 2024 auprès de l'établissement public Grand Paris Seine Ouest en tant que rédacteur principal et ainsi, d'une particulière insertion professionnelle. Le préfet de police de Paris s'est également fondé sur la circonstance que l'intéressé constituait une menace pour l'ordre public, ce dernier ayant été condamné par le tribunal correctionnel de Montpellier le 9 décembre 2020 à une amende d'un montant de 1 000 euros pour des faits de tentative d'escroquerie. Toutefois ces faits ne sauraient, à eux seuls, compte tenu de leur nature et de leur caractère isolé, caractériser une menace pour l'ordre public, alors qu'ils remontent à 2017, soit plus de cinq ans avant l'arrêté en litige. Enfin, il ressort des pièces du dossier que M. A vit en couple avec une ressortissante marocaine titulaire d'une carte de séjour pluriannuelle, que le couple réside ensemble depuis 2021 et que les intéressés ont conclu un pacte civil de solidarité le 8 août 2022. Il suit de là que M. A est fondé à soutenir que le préfet de police de Paris, en lui refusant le titre de séjour demandé en qualité de salarié alors qu'il présentait une insertion professionnelle avérée et des liens personnels et privés intenses en France, constituant des motifs exceptionnels tels que prévus par l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile précité, a commis une erreur manifeste d'appréciation au regard de ces dispositions.
4. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que M. A est fondé à demander l'annulation de l'arrêté du préfet de police de Paris en date du 3 janvier 2023 en toutes ses dispositions.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
5. Eu égard aux motifs d'annulation énoncés ci-dessus, le présent jugement implique nécessairement la délivrance à M. A d'un titre de séjour portant la mention " salarié ". Par suite, il y a lieu d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine ou au préfet compétent au regard du lieu de résidence actuel du requérant, de procéder à cette délivrance dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Sur les frais du litige :
6. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat, en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, une somme de 1 000 euros au titre des frais exposés par M. A et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : L'arrêté du préfet de police de Paris du 3 janvier 2023 est annulé.
Article 2 : Il est enjoint au préfet des Hauts-de-Seine, ou au préfet compétent au regard du lieu de résidence actuel du requérant, de délivrer un titre de séjour portant la mention " salarié " à M. A dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : L'Etat versera à M. A une somme de 1 000 euros en application de l'article L. 761 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, au préfet des Hauts-de-Seine et au préfet de police de Paris.
Délibéré après l'audience du 26 mars 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Drevon-Coblence, présidente,
Mme Fléjou, première conseillère et Mme Moinecourt, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 avril 2024.
La rapporteure,
signé
V. Fléjou
La présidente,
signé
E. Drevon-CoblenceLa greffière,
signé
D. Charleston
La République mande et ordonne au préfet de police de Paris en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°2316065
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