Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2316170
lundi 1 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2316170 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 11ème Chambre |
Résumé IA
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des pièces complémentaires enregistrées les 2 décembre 2023 et 23 février 2024, M. A B, représenté par Me Besse, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 2 novembre 2023, par lequel le préfet du Val-d'Oise a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination ;
2°) d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise de lui délivrer un titre de séjour dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 150 euros par jour de retard ou, à défaut, de réexaminer sa situation et, dans l'attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
M. B soutient que :
- l'arrêté est insuffisamment motivé ;
- il est entaché d'un défaut d'examen particulier ;
- la décision de refus de titre de séjour est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur d'appréciation, dès lors que son comportement ne peut être qualifié de menace à l'ordre public ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de son admission exceptionnelle au séjour ;
- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'obligation de quitter le territoire français est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de sa situation et méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par un mémoire en défense enregistré le 8 janvier 2024, le préfet du Val-d'Oise conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer ses conclusions à l'audience.
Le rapport de Mme Bocquet, conseillère, a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. A B, ressortissant marocain né le 20 novembre 1990, déclare être entré en France le 14 octobre 2013. Il a sollicité son admission au séjour le 25 mars 2022 sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 2 novembre 2023, le préfet du Val-d'Oise a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être renvoyé. M. B demande au tribunal d'annuler cet arrêté.
En ce qui concerne l'arrêté dans son ensemble :
2. L'arrêté contesté, qui n'a pas à contenir l'ensemble des éléments concernant la situation du requérant, énonce les considérations de droit et de fait sur lesquelles il se fonde. Il mentionne notamment les condamnations de M. B ainsi que son ancienneté de séjour et la fourniture d'une promesse d'embauche. Par suite, les moyens tirés du défaut de motivation comme du défaut d'examen doivent être écartés comme manquant en fait.
En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :
3. Aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger ne vivant pas en état de polygamie dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 () ". Si l'accord franco-marocain ne prévoit pas de semblables modalités d'admission exceptionnelle au séjour, ces stipulations n'interdisent pas au préfet de délivrer un titre de séjour à un ressortissant marocain qui ne remplit pas l'ensemble des conditions auxquelles est subordonnée sa délivrance de plein droit. A cette fin, le préfet dispose d'un pouvoir discrétionnaire pour apprécier, compte tenu de l'ensemble des éléments de la situation personnelle de l'intéressé, l'opportunité d'une mesure de régularisation.
4. Pour refuser l'admission exceptionnelle au séjour de M. B dans le cadre de son pouvoir discrétionnaire de régularisation au titre du travail, le préfet du Val-d'Oise s'est fondé sur le comportement de l'intéressé, qu'il estime représenter une menace à l'ordre public, ainsi que sur l'absence de réelle insertion professionnelle à la date de la décision. En premier lieu, le préfet du Val-d'Oise n'a pas fondé sa décision de refus de titre de séjour sur l'article L. 432-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Dès lors, il n'a pas commis d'erreur de droit en se fondant sur le comportement de l'intéressé, qu'il pouvait prendre en compte dans le cadre de l'examen de la demande de régularisation de l'intéressé au titre de son pouvoir discrétionnaire. En deuxième lieu, il est constant que M. B a fait l'objet d'une condamnation à six mois d'emprisonnement avec sursis par un jugement du 4 octobre 2022 du tribunal correctionnel de Paris pour des faits de faux dans un document administratif commis de manière habituelle, usage de faux document administratif constatant un droit, une identité ou une qualité ou accordant une autorisation, faux, détention frauduleuse de plusieurs faux documents administratifs dont une carte d'identité, délit pénalement répréhensible d'une peine allant jusqu'à cinq ans de prison et 75 000 euros d'amende. Le fait que le requérant a usé d'un faux document d'identité suffit, même en l'absence d'autres éléments défavorables et eu égard à la nature du document utilisé, à considérer que son comportement constitue une menace à l'ordre public (CE, 8 décembre 1978, Ministre de l'intérieur c/ Benouaret). Enfin l'intéressé, célibataire et sans enfant, n'est pas dépourvu d'attaches familiales dans son pays d'origine où résident son père et son frère. Ainsi, compte tenu de la menace à l'ordre public que représente le comportement de l'intéressé et en l'absence d'exécution de la précédente mesure d'éloignement prise à son encontre le 2 mars 2020, le préfet du Val-d'Oise a pu, sans commettre d'erreur de droit ni d'erreur manifeste d'appréciation, refuser de l'admettre à titre exceptionnel au séjour, nonobstant son insertion professionnelle.
5. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".
6. Pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 4, le moyen tiré d'une méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentale doit être écarté.
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
7. Il ne ressort pas des pièces du dossier et eu égard au motif énoncé au point 4 que l'obligation de quitter le territoire français serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ou d'une méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Par suite, le moyen doit être écarté.
8. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. B doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte ainsi que celles présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet du Val-d'Oise.
Délibéré après l'audience du 13 juin 2024, à laquelle siégeaient :
M. d'Argenson, président,
M. Robert, premier conseiller,
Mme Bocquet conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er juillet 2024.
La rapporteure,
signé
P. BocquetLe président,
signé
P.-H. d'ArgensonLa greffière,
signé
M. C
La République mande et ordonne au préfet du Val-d'Oise en ce qui le concerne ou à tous les commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier,
N°2316170
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