Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2316515

lundi 5 février 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2316515
TypeDécision
RecoursInterprétation

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 11 décembre 2023, M. A B, représenté par Me Fauveau Ivanovic, demande au juge des référés, statuant en application de l'article

L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) de l'admettre, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'ordonner la suspension de l'exécution de la décision de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) en date du 21 novembre 2023 portant cessation des conditions matérielles d'accueil, jusqu'à ce qu'il soit statué sur la requête au fond ;

3°) d'enjoindre à l'OFII de rétablir les conditions matérielles d'accueil, à titre provisoire, dans un délai de huit jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ou, à défaut, de réexaminer sa situation personnelle et ses droits ;

4°) de mettre à la charge de l'OFII une somme de 1 500 euros à verser à Me Fauveau Ivanovic sur le fondement des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37, alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Il soutient que :

- la condition d'urgence est remplie, dès lors que la décision attaquée le place dans une situation de grande précarité alors qu'il présente une vulnérabilité en tant que demandeur d'asile et que la cessation des conditions matérielles d'accueil le prive de ressources financières pour se nourrir, se vêtir, acheter des biens de première nécessité, le contraint à quitter son hébergement, et est susceptible de porter atteinte au principe de dignité humaine ;

- il existe des moyens propres à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :

- elle est entachée d'une insuffisance de motivation ;

- elle est entachée d'un vice de procédure et d'un défaut d'examen sérieux l'ayant privé d'une garantie, dès lors que la notification d'intention de cessation des conditions matérielles d'accueil est ultérieure à la décision définitive ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dans l'application de l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile , dès lors qu'il a toujours respecté les exigences des autorités.

Par un mémoire en défense enregistré le 31 janvier 2024, le directeur de l'Office français de l'immigration et de l'intégration conclut au non-lieu à statuer sur la requête en raison de la convocation de l'intéressé en raison du rétablissement des conditions matérielles d'accueil suspendue en raison d'une expiration de l'attestation de demande d'asile.

Vu :

- la requête n° 2316521 enregistrée le 11 décembre 2023 par laquelle M. B demande l'annulation de la décision contestée ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations du public et de l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal, a désigné M. Thobaty, vice-président, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative, pour statuer sur les requêtes en référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience du 1er février 2024 à 10 heures.

Ont été entendus au cours de l'audience publique, tenue en présence de

Mme El Moctar, greffière d'audience :

- le rapport de M. Thobaty, juge des référés ;

- les observations de Me Fauveau Ivanovic, représentant M. B, qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, ressortissant soudanais né le 1er février 1996 à Sud Kordofan au Soudan, a sollicité l'asile le 16 novembre 2022 et a été placé en procédure de transfert vers l'Etat responsable de sa demande. Les services de la préfecture des Yvelines ont renouvelé, le 13 décembre 2022, son attestation de demande d'asile, qui a expirée le 12 avril 2023. Le

9 février 2023, il a fait l'objet d'un arrêté de transfert auprès des autorités maltaises, qui n'a été ni contesté ni exécuté. Il a reçu une notification de l'intention de cessation des conditions matérielles d'accueil le 23 novembre 2023 et a été convoqué en préfecture le 12 décembre 2023 pour la suite de son dossier. Par une décision du 21 novembre 2023, le directeur de l'Office français de l'immigration et de l'intégration a mis fin à ses conditions matérielles d'accueil, au motif qu'il n'a pas respecté les exigences des autorités chargées de l'asile en s'abstenant de fournir les informations utiles à l'instruction de sa demande. Par la présente requête, M. B demande au juge des référés, statuant sur le fondement de l'article l'article L. 521-1 du code de justice administrative, d'ordonner la suspension de l'exécution de cette décision.

Sur l'admission provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle :

2. L'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique dispose que :

" Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ". Eu égard aux circonstances de l'espèce, il y a lieu de prononcer, en application des dispositions précitées, l'admission provisoire de M. B au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions tendant à la suspension de l'exécution d'une décision de cessation des conditions matérielles d'accueil :

3. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".

Sur le non-lieu à statuer :

4. Il résulte de l'instruction que l'interruption du versement de l'allocation pour demandeur d'asile est intervenue à la suite du rejet d'un paiement l'agence comptable en raison de l'absence de production d'une attestation de demande d'asile par le requérant. Si l'Office français de l'immigration et de l'intégration a procédé à la levée de ce rejet le

26 décembre 2023 et M. B a bénéficié du versement de l'allocation pour demandeur d'asile à compter du mois de décembre 2023, la décision attaquée n'a pas été abrogée et portait aussi sur la question de l'octroi d'un logement. Par suite, les conclusions de l'Office français de l'immigration et de l'intégration tendant au prononcé d'un non-lieu à statuer doivent être rejetées.

En ce qui concerne l'urgence :

5. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés d'apprécier concrètement, compte tenu des éléments fournis par le requérant, si les effets de l'acte litigieux sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue.

6. Il résulte de l'instruction que la cessation des conditions matérielles d'accueil prive l'intéressé de ressources financière. Dans ces conditions, la condition d'urgence est remplie.

En ce qui concerne le doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :

7. Aux termes de l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Il peut être mis fin, partiellement ou totalement, aux conditions matérielles d'accueil dont bénéficie le demandeur dans les cas suivants :1° Il quitte la région d'orientation déterminée en application de l'article L. 551-3 ; 2° Il quitte le lieu d'hébergement dans lequel il a été admis en application de l'article L. 552-9 ; 3° Il ne respecte pas les exigences des autorités chargées de l'asile, notamment en se rendant aux entretiens, en se présentant aux autorités et en fournissant les informations utiles afin de faciliter l'instruction des demandes ; 4° Il a dissimulé ses ressources financières ; 5° Il a fourni des informations mensongères relatives à sa situation familiale ; 6° Il a présenté plusieurs demandes d'asile sous des identités différentes. () La décision mettant fin aux conditions matérielles d'accueil prise en application du présent article est écrite et motivée. Elle prend en compte la vulnérabilité du demandeur. Elle est prise après que l'intéressé a été mis en mesure de présenter ses observations écrites selon des modalités définies par décret. Lorsque la décision mettant fin aux conditions matérielles d'accueil a été prise en application des 1°, 2° ou 3° du présent article et que les raisons ayant conduit à cette décision ont cessé, le demandeur peut solliciter de l'Office français de l'immigration et de l'intégration le rétablissement des conditions matérielles d'accueil. L'office statue sur la demande en prenant notamment en compte la vulnérabilité du demandeur ainsi que, le cas échéant, les raisons pour lesquelles il n'a pas respecté les obligations auxquelles il avait consenti au moment de l'acception initiale des conditions matérielles d'accueil ".

8. Il résulte de l'instruction que l'intéressé n'a pu fournir l'attestation de demande d'asile qu'en raison des délais d'instruction des services de la préfecture pour lui délivrer ce document. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile est de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée. Par suite, il y a lieu de prononcer la suspension de l'exécution de la décision de l'Office français de l'immigration et de l'intégration du 21 novembre 2023 portant cessation d'octroi des conditions matérielles d'accueil à M. B, jusqu'à ce qu'il soit statué sur la requête au fond.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

9. Eu égard à son motif, la suspension de l'exécution de la décision attaquée implique nécessairement que les conditions matérielles d'accueil octroyées à M. A B soient rétablies. Par suite, il y a lieu d'enjoindre au directeur de l'Office français de l'immigration et de l'intégration de rétablir les conditions matérielles d'accueil de M. A B, dans un délai de 3 semaines à compter de la mise à disposition de cette ordonnance, sans qu'il soit besoin de prononcer une astreinte.

Sur les frais du litige et l'aide juridictionnelle provisoire :

10. Aux termes de l'article 7 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " L'aide juridictionnelle est accordée à la personne dont l'action n'apparaît pas, manifestement, irrecevable, dénuée de fondement ou abusive en raison notamment du nombre des demandes, de leur caractère répétitif ou systématique ". Aux termes de l'article 20 de cette loi : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président ". Aux termes de l'article 61 du décret du 28 décembre 2020 : " L'admission provisoire peut être accordée dans une situation d'urgence, notamment lorsque la procédure met en péril les conditions essentielles de vie de l'intéressé ou en cas d'exécution forcée emportant saisie de biens ou expulsion. Elle est accordée de plein droit au demandeur et au défendeur lorsque la procédure concerne la délivrance d'une ordonnance de protection. /L'admission provisoire est accordée par le président du bureau ou de la section ou le président de la juridiction saisie, soit sur une demande présentée sans forme par l'intéressé, soit d'office si celui-ci a présenté une demande d'aide juridictionnelle ou d'aide à l'intervention de l'avocat sur laquelle il n'a pas encore été statué ".

11. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu d'admettre, à titre provisoire,

M. A B au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

12. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions présentées par le requérant au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37, alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

O R D O N N E :

Article 1er : M. B est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 : L'exécution de la décision de l'Office français de l'immigration et de l'intégration du 21 novembre 2023 portant cessation d'octroi des conditions matérielles d'accueil à

M. B est suspendue jusqu'à ce qu'il soit statué sur la requête au fond.

Article 3 : Il est enjoint au directeur de l'Office français de l'immigration et de l'intégration de rétablir les conditions matérielles d'accueil de M. A B, dans un délai de

3 semaines à compter de la mise à disposition de cette ordonnance, jusqu'à ce qu'il soit statué sur la requête au fond.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête et les conclusions de l'Office français de l'immigration et de l'intégration sont rejetées.

Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B et à l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

Fait, à Cergy, le 5 février 2024.

Le juge des référés

Signé

G. Thobaty

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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