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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2316803

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2316803

lundi 30 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2316803
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
FormationPole Social (JU)
Avocat requérantGOULAY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 14 décembre 2023 et 4 septembre 2024, M. B C A, représenté par Me Goulay, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) de condamner l'État à lui payer la somme de 13 600 euros en réparation des préjudices subis du fait de son absence de relogement, augmentée de la somme de 400 euros par mois de retard à compter de la date d'enregistrement de la requête, le tout assorti des intérêts au taux légal capitalisés ;

2°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 800 euros à verser à son conseil sur le fondement des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 sous réserve que Me Goulay renonce à percevoir la part contributive de l'État versée au titre de l'aide juridictionnelle.

M. A soutient que :

- la responsabilité pour faute de l'État est engagée, dès lors qu'elle n'a reçu aucune proposition de logement, alors qu'il a été reconnu prioritaire par la commission de médiation du droit au logement opposable du département du Val-d'Oise ;

- il subit en conséquence des troubles de toutes natures dans ses conditions d'existence, dès lors qu'il est toujours dépourvu de tout logement, qu'il est en situation de handicap, que ses ressources modestes ne lui permettent pas d'accéder au parc locatif privé et qu'il peut être expulsé de son logement depuis le 1er septembre 2023.

Par un mémoire en défense enregistré le 5 juin 2024, le préfet du Val-d'Oise conclut au rejet de la requête et indique au tribunal que le requérant a fait l'objet d'une proposition de relogement qui n'a pas pu connaître de suites favorables en raison de la remise par le requérant d'un dossier incomplet au bailleur social.

Vu :

- la décision du 13 mars 2024, par laquelle le président du bureau de l'aide juridictionnelle, près le tribunal judiciaire de Pontoise, a accordé à M. A l'aide juridictionnelle totale ;

- l'ordonnance du 31 mars 2022, par laquelle le tribunal administratif de Cergy - Pontoise a enjoint au préfet du Val-d'Oise de reloger M. A ;

- la décision, par laquelle le président du tribunal a désigné M. Baude, premier conseiller, pour statuer sur les litiges visés à l'article R. 222-13 du code de justice administrative ;

- la décision, par laquelle la présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la construction et de l'habitation ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le décret n°2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Baude, magistrat désigné, a été entendu au cours de l'audience publique.

A l'issue de l'audience, la clôture de l'instruction a été prononcée en application de l'article R. 772-9 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. La commission de médiation du département du Val-d'Oise a, par une décision du 29 janvier 2021, désigné M. A comme prioritaire et devant être logé en urgence. Par une ordonnance du 31 mars 2022, le tribunal administratif Cergy-Pontoise, saisi par l'intéressé sur le fondement de l'article L. 441-2-3-1 du code de la construction et de l'habitation, a enjoint au préfet du Val-d'Oise d'assurer son relogement. N'ayant pas reçu de proposition de logement, M. A a saisi le préfet du Val-d'Oise d'une demande indemnitaire préalable par un courrier du 4 novembre 2022,réceptionné le 7 novembre suivant. Cette demande a été implicitement rejetée. M. A demande au tribunal de condamner l'État à lui verser la somme de 13 600 euros en réparation des préjudices subis.

Sur les conclusions indemnitaires :

2. Aux termes de l'article L. 300-1 du code de la construction et de l'habitation : " Le droit à un logement décent et indépendant () est garanti par l'État à toute personne qui () n'est pas en mesure d'y accéder par ses propres moyens ou de s'y maintenir. Ce droit s'exerce par un recours amiable puis, le cas échéant, par un recours contentieux dans les conditions et selon les modalités fixées par le présent article et les articles L. 441-2-3 et L. 441-2-3-1 ".

3. Lorsqu'une personne a été reconnue comme prioritaire et devant être logée ou relogée d'urgence par une commission de médiation, en application des dispositions de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation, la carence fautive de l'État à exécuter cette décision dans le délai imparti engage sa responsabilité au titre des troubles dans les conditions d'existence résultant du maintien de la situation qui a motivé la décision de la commission, que l'intéressé ait ou non fait usage du recours prévu par l'article L. 441-2-3-1 du code de la construction et de l'habitation. Ces troubles doivent être appréciés en fonction des conditions de logement qui ont perduré du fait de la carence de l'État, de la durée de cette carence et du nombre de personnes composant le foyer du demandeur pendant la période de responsabilité de l'État, qui court à l'expiration du délai de trois ou six mois à compter de la décision de la commission de médiation que l'article R. 441-16-1 du code de la construction et de l'habitation impartit au préfet pour provoquer une offre de logement. Dans le cas où le demandeur a été reconnu prioritaire au seul motif que sa demande de logement social n'a pas reçu de réponse dans le délai réglementaire, son maintien dans le logement où il réside ne peut être regardé comme entraînant des troubles dans ses conditions d'existence lui ouvrant droit à réparation que si ce logement est inadapté au regard, notamment, de ses capacités financières et de ses besoins. Par ailleurs, la circonstance que l'absence de relogement a contraint le demandeur à supporter un loyer manifestement disproportionné au regard de ses ressources, si elle ne peut donner lieu à l'indemnisation d'un préjudice pécuniaire égal à la différence entre le montant du loyer qu'il a payé durant cette période et celui qu'il aurait acquitté si un logement social lui avait été attribué, doit, si elle est établie, être prise en compte pour évaluer le préjudice résultant des troubles dans les conditions d'existence.

En ce qui concerne la faute :

4. La commission de médiation du département du Val-d'Oise a reconnu, le 29 janvier 2021, le caractère urgent et prioritaire de la demande de M. A, au motif qu'il n'avait pas reçu de proposition de logement dans le délai fixé en application des dispositions de l'article L. 441-1-4 du code de la construction et de l'habitation. Toutefois, le préfet du Val-d'Oise n'a fait aucune offre de logement à M. A dans le délai de six mois qui a suivi cette décision, soit avant le 29 juillet 2021. D'autre part, l'ordonnance du 31 mars 2022, par laquelle le tribunal administratif de Cergy - Pontoise a enjoint au préfet du Val-d'Oise d'assurer le logement de M. A avant le 1er juin 2022 sous astreinte de 200 euros par mois de retard, n'a reçu aucune exécution.

5. Le préfet du Val-d'Oise fait valoir que M. A a fait l'objet d'une proposition de logement social en juin 2022, qui n'a pu aboutir en raison du caractère incomplet de son dossier de candidature. Il ne résulte toutefois pas de l'instruction, alors que, au demeurant, la nature des pièces manquantes n'est pas indiquée par le préfet du Val-d'Oise, que M. A aurait été destinataire, dans le cadre et pour les besoins de cette proposition de logement social, d'une demande du bailleur l'invitant à lui remettre, dans un délai déterminé, des pièces indispensables au traitement de sa candidature et appelant son attention sur les conséquences d'une omission. Par suite, la circonstance que des pièces auraient été omises à l'occasion de la remise par M. A de son dossier de candidature n'est pas de nature à dégager l'État de sa responsabilité.

6. Il résulte de ce qui précède que les carences fautives dont l'État a fait preuve dans la mise en œuvre de son obligation de relogement à l'égard de M. A sont établies et engagent sa responsabilité à compter du 29 juillet 2021.

En ce qui concerne l'évaluation des préjudices :

7. Pour établir l'existence de préjudices ayant résulté des carences fautives de l'État, alors que la commission de médiation a reconnu le caractère urgent et prioritaire de sa demande au seul motif qu'il n'avait pas reçu de proposition de logement dans le délai fixé en application des dispositions de l'article L. 441-1-4 du code de la construction et de l'habitation, le requérant fait valoir qu'il est menacé d'expulsion et qu'il ne peut se reloger dans le parc privé en raison de ses revenus modestes. Il résulte de l'instruction que M. A, dont le bail a été résilié en mars 2019, peut être expulsé depuis le 1er septembre 2023, en exécution d'un jugement du tribunal d'instance de Sannois du 21 décembre 2019, les délais successivement octroyés par le juge de l'exécution depuis cette date ayant expiré sans être renouvelés. La carence du préfet du Val-d'Oise à exécuter la décision de la commission de médiation a ainsi entraîné pour M. A des troubles dans ses conditions d'existence, liés à la perspective de son expulsion, lui ouvrant droit à réparation. Il en sera fait une juste appréciation en lui allouant la somme de 900 euros, tous intérêts confondus au jour du présent jugement.

Sur les frais liés au litige :

8. Mme A a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, son conseil peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Goulay, conseil de M. A, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, de mettre à la charge de l'État le versement à Me Goulay de la somme de 1 000 euros.

D É C I D E :

Article 1er : L'État est condamné à verser à M. A la somme de 900 euros, tous intérêts confondus au jour du présent jugement.

Article 2 : L'État versera la somme de 1 000 euros à Me Goulay, conseil de M. A, sous réserve qu'il renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État au titre de l'aide juridictionnelle, sur le fondement des dispositions des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B C A, à Me Goulay et à la ministre du logement et de la rénovation urbaine.

Copie en sera adressée au préfet du Val-d'Oise.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 septembre 2024.

Le magistrat désigné,

Signé

M. BaudeLa greffière,

Signé

C. Mas

La République mande et ordonne à la ministre du logement et de la rénovation urbaine en ce qui la concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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N°2316803

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