Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2316816

jeudi 15 février 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2316816
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationReconduite à la frontière

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des pièces complémentaires, enregistrées les 15 décembre 2023 et 24 janvier 2024, M. B A D, représenté par Me Landoulsi, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 13 décembre 2023 par lequel le préfet du Val-d'Oise lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination en cas d'exécution d'office et lui a interdit le retour sur le territoire français pendant une durée d'un an ;

2°) d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise de procéder à l'effacement de son signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen qui assortit la décision d'interdiction de retour sur le territoire français ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- sa requête est recevable ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français a été prise par une autorité incompétente ;

- elle porte une atteinte grave et disproportionnée à son droit de mener une vie privée et familiale et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- le risque de fuite n'est pas établi ;

- la décision portant interdiction de retour sur le territoire français porte une atteinte grave et disproportionnée à son droit de mener une vie privée et familiale et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 23 janvier 2024, le préfet du Val-d'Oise, conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par M. D ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 24 janvier 2024 :

- le rapport de M. Dussuet, président du tribunal ;

- les observations de Me Landoulsi, représentant M. D, conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens ;

- les observations de M. D ;

- le préfet du Val-d'Oise n'étant ni présent ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée le 24 janvier 2024 à 17 heures 00.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A D, ressortissant algérien né le 19 juin 1999, est entré sur le territoire français le 9 août 2022, selon ses déclarations. M. D a été interpelé par les services de police, le 13 décembre 2023, pour des faits de travail dissimulé. Par un arrêté du 13 décembre 2023, dont M. D demande l'annulation, le préfet du Val-d'Oise a fait obligation à l'intéressé de quitter le territoire français, a refusé de lui accorder un délai de départ volontaire, a fixé le pays de renvoi et lui a interdit le retour sur le territoire français pendant une durée d'un an.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Toute décision prise par une administration comporte la signature de son auteur ainsi que la mention, en caractères lisibles, du prénom, du nom et de la qualité de celui-ci. () ".

3. Il ressort des pièces du dossier, et notamment de la décision produite en défense par le préfet du Val d'Oise, que l'arrêté attaqué, ne comporte aucune indication du nom, du prénom et de la qualité du signataire, pas plus que la signature de celui-ci. Ainsi, aucune mention ne permet d'identifier la personne qui en est l'auteur. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'incompétence de son signataire doit être accueilli.

4. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que M. D est fondé à demander l'annulation de la décision du 13 décembre 2023 par laquelle le préfet du Val-d'Oise lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, ainsi que, par voie de conséquence, des décisions du même jour par lesquelles il a fixé le pays de destination en cas d'exécution d'office et lui a interdit le retour sur le territoire français pendant une durée d'un an.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

5. Aux termes de l'article L. 614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : "'Si la décision portant obligation de quitter le territoire français est annulée, il est immédiatement mis fin aux mesures de surveillance prévues aux articles L. 721-6, L. 721-7, L. 731-1, L. 731-3, L. 741-1 et L. 743-13, et l'étranger est muni d'une autorisation provisoire de séjour jusqu'à ce que l'autorité administrative ait à nouveau statué sur son cas.'"

6. Le présent jugement implique nécessairement, conformément aux dispositions précitées, que le préfet du Val-d'Oise procède à un nouvel examen de la situation de M. D. Il y a lieu par suite d'enjoindre au préfet de procéder à ce nouvel examen dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement et de lui délivrer, dans l'attente de ce réexamen, une autorisation provisoire de séjour.

Sur les frais liés au litige :

7. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du préfet du Val-d'Oise en date du 13 décembre 2023 est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet du Val-d'Oise de réexaminer la situation de M. D, dans le délai de deux mois courant à compter de la présente décision et, dans l'attente, de munir l'intéressé d'une autorisation provisoire de séjour.

Article 3 : L'Etat versera à M. D la somme de 1 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B A D, à Me Landoulsi et au préfet du Val-d'Oise.

Rendu public par mise à disposition du greffe le 15 février 2024.

Le président,

signé

J-P. Dussuet Le greffier,

signé

M. C

La République mande et ordonne au préfet du Val-d'Oise en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.