Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2316928

jeudi 23 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2316928
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème Chambre

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

I- Par une requête, enregistrée le 18 décembre 2023 sous le numéro 2316928, M. A, représenté par Me Pierrot, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 17 novembre 2023 par lequel le préfet du Val-d'Oise a rejeté sa demande d'admission au séjour et l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours ;

2°) d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ", ou, à défaut, de réexaminer sa situation, dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard, et, dans l'attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué est insuffisamment motivé ;

- il est entaché d'un défaut d'examen sérieux de sa situation ;

- il méconnaît les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est, à cet égard, entaché d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- il méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est, à cet égard, entaché d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- il méconnaît les stipulations du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant et est, à cet égard, entaché d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- il est entaché d'une erreur manifeste dans l'appréciation de sa situation personnelle et professionnelle.

Le préfet du Val-d'Oise a produit des pièces, enregistrées le 14 mars 2024, et invité le tribunal à rejeter la requête de M. A.

II- Par une requête, enregistrée le 18 décembre 2023 sous le numéro 2316929, Mme A, représentée par Me Pierrot, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 17 novembre 2023 par lequel le préfet du Val-d'Oise a rejeté sa demande d'admission au séjour et l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours ;

2°) d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ", ou, à défaut, de réexaminer sa situation, dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard, et, dans l'attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soulève les mêmes moyens que ceux soulevés à l'appui de la requête n° 2316928 susvisée.

Le préfet du Val-d'Oise a produit des pièces, enregistrées le 14 mars 2024, et invité le tribunal à rejeter la requête de Mme A.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Gay-Heuzey, conseillère,

- et les observations de Me Lejeune, substituant Me Pierrot, représentant M. et Mme A.

Considérant ce qui suit :

1. M. et Mme A, ressortissants indiens nés respectivement le 13 janvier 1978 et le 2 décembre 1983, déclarent être entrés sur le territoire français respectivement le 22 mars 2009 et, munie d'un visa de court séjour, le 5 avril 2016. Le 20 avril 2022, ils ont sollicité une admission au séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par les présentes requêtes, M. et Mme A demandent au tribunal d'annuler les arrêtés du 17 novembre 2023 par lesquels le préfet du Val-d'Oise a rejeté leurs demandes et les a obligés à quitter le territoire français dans un délai de trente jours.

Sur la jonction :

2. Les requêtes de M. A et de Mme A présentent à juger des questions semblables et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a donc lieu de les joindre pour y statuer par un seul et même jugement.

Sur les moyens communs à l'ensemble de l'arrêté :

3. En premier lieu, aux termes des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration, les mesures de police doivent être motivées et " comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".

4. Les arrêtés du 17 novembre 2023 par lesquels le préfet du Val-d'Oise a rejeté les demandes d'admission au séjour de M. A et Mme A et les a obligés à quitter le territoire français visent l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui constitue le fondement de leurs demandes, ainsi que les articles L. 423-23 et L. 611-1 du même code, et font référence aux stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Ils exposent en outre les circonstances de fait qui ont conduit à leur édiction, notamment que M. A ne justifie de sa présence habituelle en France qu'à partir de 2016, et non 2009, qu'il ne ressort pas de l'ensemble des éléments de la situation personnelle et familiale de Mme A qu'elle puisse bénéficier d'une mesure de régularisation, qu'ils ne sont pas dépourvus d'attaches familiales dans leur pays d'origine et qu'ils ne font valoir aucune circonstance particulière les empêchant d'emmener leurs enfants mineurs dans leur pays d'origine. Par suite, le moyen tiré de leur insuffisante motivation doit être écarté comme manquant en fait.

5. En deuxième lieu, il ressort des termes de la décision attaquée que les demandes d'admission au séjour de M. A et Mme A ont été examinées au regard des dispositions des articles L. 435-1 et L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par ailleurs, M. A et Mme A n'établissent pas qu'ils auraient communiqué les éléments relatifs à la scolarité de leurs enfants lors du dépôt de leurs demandes. En tout état de cause, l'absence de mention de tels documents n'est pas de nature à entacher les décisions attaquées d'un défaut d'examen. Par suite, le moyen tiré de ce que le préfet du Val-d'Oise n'a pas procédé à l'examen sérieux de la situation de M. A et Mme A doit être écarté.

6. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. Lorsqu'elle envisage de refuser la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par un étranger qui justifie par tout moyen résider habituellement en France depuis plus de dix ans, l'autorité administrative est tenue de soumettre cette demande pour avis à la commission du titre de séjour prévue à l'article L. 432-14. () ".

7. En présence d'une demande de régularisation examinée, sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, au bénéfice d'un étranger qui ne serait pas en situation de polygamie et dont la présence en France ne présenterait pas une menace pour l'ordre public, il appartient à l'autorité administrative de vérifier, dans un premier temps, si l'admission exceptionnelle au séjour par la délivrance d'une carte portant la mention " vie privée et familiale " répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard de motifs exceptionnels, et à défaut, dans un second temps, s'il est fait état de motifs exceptionnels de nature à permettre la délivrance, dans ce cadre, d'une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " ou " travailleur temporaire ". Dans cette dernière hypothèse, un demandeur qui justifierait d'une promesse d'embauche ou d'un contrat de travail ne saurait être regardé, par principe, comme attestant, par là-même, des " motifs exceptionnels " exigés par la loi. Il appartient, en effet, à l'autorité administrative, sous le contrôle du juge, d'examiner, notamment, si la qualification, l'expérience et les diplômes de l'étranger, ainsi que les caractéristiques de l'emploi auquel il postule, de même que tout élément de sa situation personnelle dont l'étranger ferait état à l'appui de sa demande, tel que par exemple, l'ancienneté de son séjour en France, peuvent constituer, en l'espèce, des motifs exceptionnels d'admission au séjour. Les dispositions précitées de l'article L. 435-1 laissent enfin à l'administration un large pouvoir pour apprécier si l'admission au séjour d'un étranger répond à des considérations humanitaires ou si elle se justifie au regard des motifs exceptionnels que celui-ci fait valoir.

8. M. et Mme A indiquent qu'ils résident en France, respectivement depuis le 22 mars 2009 et le 5 avril 2016, et que leurs deux enfants mineurs justifient d'une scolarité longue et exemplaire en France. Toutefois, M. A indique ne pouvoir justifier de sa présence en France que depuis 2016. Par ailleurs, M. et Mme A ne justifient pas avoir noué de liens autres que familiaux sur le territoire français, ni être dépourvus d'attaches dans leur pays d'origine. Dans ces conditions, faute de toute intégration professionnelle et dès lors que rien ne s'oppose à ce que leur cellule familiale se reconstitue dans leur pays d'origine, M. et Mme A ne peuvent se prévaloir de motifs exceptionnels ou de considérations humanitaires de nature à permettre leur admission exceptionnelle au séjour sur le fondement des dispositions précitées de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, ils ne sont pas fondés à soutenir que le préfet du Val-d'Oise a méconnu ces dispositions et entaché ses décisions en refusant de les admettre au séjour d'une erreur manifeste d'appréciation.

9. En quatrième lieu, aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

10. Il résulte de ce qui a été dit au point 8 du présent jugement que M. et Mme A ne justifient d'aucune intégration particulière, ni avoir noué de liens autres que familiaux sur le territoire français. Rien ne s'oppose donc à ce que leur cellule familiale se reconstitue dans leur pays d'origine. La circonstance que leur fils majeur entreprenne des démarches de régularisation sur le territoire français est à cet égard sans incidence. Par suite, les requérants ne sont pas fondés à soutenir que les décisions attaquées ont été prises en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ni qu'elles seraient à cet égard entachées d'une erreur manifeste d'appréciation.

11. En cinquième lieu, aux termes du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. ".

12. Il résulte de ces stipulations, qui peuvent être utilement invoquées à l'appui d'un recours pour excès de pouvoir, que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.

13. Il résulte de ce qui a été dit au point 8 du présent jugement que rien ne s'oppose à ce que la cellule familiale de M. et Mme A se reconstitue dans leur pays d'origine avec leurs deux enfants. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations précitées de la convention internationale relative aux droits de l'enfant, au demeurant inapplicables à leur fils majeur né le 20 octobre 2005, doit être écarté.

14. En sixième lieu, il résulte de ce qui a été dit aux points 8, 10, 12 et 13 du présent jugement que M. et Mme A ne sont pas fondés à soutenir que le préfet du Val-d'Oise a entaché les décisions attaquées d'une erreur manifeste dans l'appréciation de leurs conséquences sur leur situation personnelle.

15. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de M. et Mme A doivent être rejetées. Il en va de même, par voie de conséquence, de leurs conclusions à fin d'injonction sous astreinte, ainsi que de celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Par ces motifs, le tribunal décide :

Article 1er : Les requêtes de M. A et de Mme A sont rejetées.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C A et Mme D et au préfet du Val-d'Oise.

Délibéré après l'audience du 25 avril 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Oriol, présidente, Mme Cordary, première conseillère, et Mme Gay-Heuzey, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 mai 2024.

La rapporteure,

Signé

A. GAY-HEUZEY

La présidente,

Signé

C. ORIOL

La greffière,

Signé

V. RICAUD

La République mande et ordonne au préfet du Val-d'Oise, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour ampliation,

La greffière

N°s 2316928 - 2316929