Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2316947
jeudi 4 avril 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2316947 |
| Type | Ordonnance |
| Recours | Excès de pouvoir |
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 18 décembre 2023, M. D A, représenté par Me Samson, demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 20 octobre 2023 par lequel le préfet de Loir-et-Cher a suspendu son permis de conduire pour une durée de six mois.
Il soutient que :
- le signataire de la décision attaquée ne justifie pas de sa compétence ;
- l'arrêté attaqué est insuffisamment motivé ;
- il méconnaît les dispositions de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration, faute d'avoir été édicté au terme d'une procédure contradictoire ;
- il est entaché d'un détournement de procédure ;
- la condition d'urgence n'est pas démontrée au regard des conditions de notification de l'arrêté attaqué dès lors que celui-ci lui a été notifié 22 jours après son édiction ;
- il a été pris en méconnaissance des articles L. 224-2 et R. 235-5 du code de la route, faute pour le préfet d'établir que les prélèvements salivaires qu'il a subis ont fait l'objet d'analyses en laboratoire.
Par un mémoire en défense, enregistré le 23 janvier 2024, le préfet de Loir-et-Cher conclut au rejet de la requête. Il soutient que les moyens ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la route ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. Par arrêté référencé " 3 F " du 20 octobre 2023, dont M. A demande l'annulation, le préfet de Loir-et-Cher a prononcé la suspension de son permis de conduire pour une durée de six mois sur le fondement de l'article L. 224-2 du code de la route.
2. Aux termes de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " Les présidents de tribunal administratif () et les présidents de formation de jugement des tribunaux () peuvent, par ordonnance : / () 7° Rejeter, après l'expiration du délai de recours ou, lorsqu'un mémoire complémentaire a été annoncé, après la production de ce mémoire, les requêtes ne comportant que des moyens de légalité externe manifestement infondés, des moyens irrecevables, des moyens inopérants ou des moyens qui ne sont assortis que de faits manifestement insusceptibles de venir à leur soutien ou ne sont manifestement pas assortis des précisions permettant d'en apprécier le bien-fondé.() ".
3. En premier lieu, par un arrêté du 21 août 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de l'Etat dans le département de Loir-et-Cher du même jour, le préfet de Loir-et-Cher a donné délégation à Mme C B, directrice de cabinet, à l'effet de signer tous arrêtés et décisions se rapportant aux matières relevant de ses attributions. Le moyen tiré de ce que la décision attaquée serait entachée d'un vice d'incompétence doit donc être écarté comme étant manifestement infondé.
4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police () ". Selon l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par la présente loi doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".
5. L'arrêté attaqué vise les articles du code de la route sur lesquels il est fondé, notamment les articles L. 224-7 à L. 224-9 et R. 224-4, et indique que M. A a été interpellé au volant de son véhicule, alors qu'il avait commis une infraction en ayant fait usage de substances ou plantes classées comme stupéfiants. L'arrêté attaqué précise que de ce fait, M. A représente un danger grave et immédiat pour la sécurité des usagers de la route, la sienne et celle de ses éventuels passagers, raison pour laquelle son permis de conduire doit être suspendu. Dans ces conditions, l'arrêté attaqué, qui comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, est suffisamment motivé. Par suite, le moyen tiré de son insuffisante motivation est manifestement infondé.
6. En troisième lieu, d'une part, aux termes du I de l'article L. 224-1 du code la route : " Les officiers et agents de police judiciaire retiennent à titre conservatoire le permis de conduire du conducteur : / () 5° Lorsque le véhicule est intercepté, lorsque le dépassement de 40 km/ h ou plus de la vitesse maximale autorisée est établi au moyen d'un appareil homologué ; / () ". Selon l'article L. 224-2 du même code : " Le représentant de l'Etat dans le département peut, dans les soixante-douze heures de la rétention du permis prévu à l'article L. 224-1 () prononcer la suspension du permis de conduire lorsque : / () 3° Le véhicule est intercepté, lorsque le dépassement de 40 km/ h ou plus de la vitesse maximale autorisée est établi au moyen d'un appareil homologué ; () ".
7. D'autre part, aux termes de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Exception faite des cas où il est statué sur une demande, les décisions individuelles qui doivent être motivées en application de l'article L. 211-1, ainsi que les décisions qui, bien que non mentionnées à cet article, sont prises en considération de la personne, sont soumises au respect d'une procédure contradictoire préalable. ". Selon l'article L. 121-2 du même code : " Les dispositions de l'article L. 121-1 ne sont pas applicables : / 1° En cas d'urgence ou de circonstances exceptionnelles ; / 2° Lorsque leur mise en œuvre serait de nature à compromettre l'ordre public ou la conduite des relations internationales ; / 3° Aux décisions pour lesquelles des dispositions législatives ont instauré une procédure contradictoire particulière ".
8. Compte tenu des conditions particulières d'urgence dans lesquelles intervient la décision par laquelle le préfet suspend un permis de conduire sur le fondement de l'article L. 224-2 du code de la route, qui doit être prise dans les soixante-douze heures et qui a notamment pour objet de faire obstacle à ce qu'un conducteur qui conduit sous l'empire d'un état alcoolique retrouve l'usage de son véhicule, le préfet peut légalement, en application des dispositions précitées 1° de l'article L. 121-2 du code des relations entre le public et l'administration cité ci-dessus, se dispenser de la formalité du contradictoire.
9. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que le permis de conduire de M. A a été suspendu au motif qu'il venait de commettre, le 15 octobre 2023 à 16h00 sur la commune de Salbris (41) un dépassement de vitesse de 20 km/h ou plus de la vitesse maximale autorisée en roulant à 168 km/h sur une portion limitée à 130, tout en étant sous l'empire de stupéfiants. Compte tenu de la situation d'urgence ainsi caractérisée, au regard de laquelle M. A ne saurait utilement se prévaloir des modalités de notification de l'arrêté attaqué, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées du code des relations entre le public et l'administration doit être écarté comme étant inopérant. En toute hypothèse, la circonstance que l'arrêté en litige n'ait été expédié par voie postale que huit jours après son édiction, et alors qu'il ressort des pièces du dossier que M. A a signé l'avis de rétention de son permis de conduire le jour même de l'infraction, n'est pas de nature à établir que la procédure d'urgence précitée ne pouvait être utilisée par le préfet de Loir-et-Cher. Le moyen tiré de ce que ce dernier a commis un détournement de procédure ne peut donc qu'être écarté comme étant manifestement infondé.
10. Enfin, contrairement à ce que soutient le requérant, il ressort des pièces du dossier que les prélèvements salivaires qu'il a subis ont fait l'objet d'analyses en laboratoire entre le 18 et le 20 octobre 2023, lesquelles ont permis de constater la présence de stupéfiants dans son organisme le 15 octobre 2023. Le moyen doit ainsi être écarté comme étant manifestement infondé.
11. La requête de M. A ne comporte que des moyens manifestement infondés et inopérants. Dès lors, à défaut de moyen utile soulevé dans le délai de recours contentieux, il y a lieu de rejeter les conclusions à fin d'annulation de M. A, qui n'a pas annoncé de mémoire complémentaire, sur le fondement des dispositions précitées du 7° de l'article R. 222-1 du code de justice administrative.
Par ces motifs, le tribunal ordonne :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. D A et au préfet de Loir-et-Cher.
Fait à Cergy, le 4 avril 2024.
La présidente de la 4ème chambre,
signé
C. Bories
La République mande et ordonne au préfet de Loir-et-Cher, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision
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