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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2316951

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2316951

mardi 19 mars 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2316951
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantHADENGUE ET ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 19 décembre 2023 sous le n° 2316951, le centre régional des oeuvres universitaires et scolaire (CROUS) de Versailles demande au juge des référés,

1°) d'ordonner une expertise, sur le fondement des dispositions de l'article R. 532-1 du code de justice administrative en vue de déterminer l'origine et les causes des désordres qui affectent le restaurant universitaire " Le Parc " localisé 5 rue du Parc de Cergy (95000) ;

2°) d'enjoindre à l'expert le dépôt d'un pré-rapport ;

3°) de réserver les dépens et les frais irrépétibles.

Il soutient que :

- à l'issu des travaux de réhabilitation et de restructurations du restaurant universitaire par le groupement de maitrise d'œuvre sous la direction de la société Graal Architecture dont la dernière réception des travaux a été prononcé le 13 mai 2022, il a été constaté un dégagement de gaz d'hydrogène sulfuré (H2S) à des taux nettement supérieur aux limites et affectant la santé des occupants, des usagers, des exploitants ; le H2S est inflammable et hautement toxique pour l'être humain ; il s'accumule dans la tuyauterie et en présence d'air et d'humidité, forme de l'acide sulfurique qui corrode les éléments métallique ; ce désagrégement de gaz s'expliquerait par l'obstruction de canalisation et l'absence de ventilation ;

- le conseil départemental du Val d'Oise doit être attrait à la cause du fait de la connexité entre le restaurant du département et celui du centre régional des oeuvres universitaires et scolaire (CROUS) de Versailles ;

- une demande en constat a été admise par le tribunal de céans qui a désigné comme expert M. B A ;

- la mesure d'expertise est urgente car le gaz s'attaque maintenant au plafond du restaurant, aux canalisations des circuits frigorifiques ainsi qu'aux accessoires et chambres froides ;

- la mesure d'expertise contradictoire est utile car elle peut donner lieu à un litige en responsabilité décennale du constructeur devant le tribunal de céans.

Par un mémoire en défense, enregistré le 5 janvier 2024, la société Graal Architecture et la société I+a , représentées par Me Delair, ne s'opposent pas à la demande d'expertise, formulent les protestations et réserves d'usage et concluent :

1°) à la limitation des missions de l'expert ;

2°) à l'extension de la mesure d'expertise à la société Arwitec (Eurl), la société Risk Control, et aux assureurs de la société Choulet, de la société Modern Restauration Gestion (mrg), de la société Bsmg-Ltdf, de la société Areas.et de la société Krown ;

3°) à la réserve des dépens.

Par deux mémoires en défense, enregistrés les 19 janvier et 1er février 2024, la société Arwitec (Eurl) et son assureur, représentés par Me Cadix concluent :

1°) à l'irrecevabilité de la demande d'expertise ;

2°) à l'inutilité de la mesure d'expertise ;

3°) subsidiairement, à la redéfinition de la mission de l'expert ;

4°) à la mise en cause des sociétés Maf, EuroMaf, Eco Construire SAS, Slam, 2IDF, IPOC ;

5°) à ce qu'il soit enjoint la communication d'une attestation d'assurance couvrant la responsabilité civile et décennale de tous les assureurs.

Par un mémoire en défense, enregistré le 26 janvier 2024, le conseil départemental du Val d'Oise, représenté par Me Bousserez, ne s'oppose pas à la demande d'expertise, formule les protestations et réserves d'usage et conclut à ce que la mesure d'expertise soit complétée.

Par un mémoire en défense, enregistré le 1er février 2024, la société Areas, représentée par Me Karila, ne s'oppose pas à la demande d'expertise, formule les protestations et réserves d'usage, conclut à ce que la mesure d'expertise soit complétée et à la réserve des dépens.

Par un mémoire en défense, enregistré le 5 février 2024, la société Risk Control, représentée par Me Marié, ne s'oppose pas à la demande d'expertise, formule les protestations et réserves d'usage.

Par un mémoire en défense, enregistré le 9 février 2024, la société Bsmg-Ltdf et la société Gan, représentées par Me Rudermann, ne s'oppose pas à la demande d'expertise, formule les protestations et réserves d'usage et demande à ce que la mission de l'expert soit complétée.

Par un mémoire du 23 février 2024, la société IPOC demande sa mise hors de cause. Elle produit une lettre de résiliation de marché à la date du 25 novembre 2019.

Par un mémoire du 26 février 2024, la société Krown formule les protestations et réserves d'usage et demande à ce que la mission de l'expert soit complétée en proposant un apurement des comptes entre les parties et à ce que les dépens soient réservés.

Par un mémoire du 5 mars 2024, la société Choulet et son assureur, la société Smabtp, formulent les protestations et réserves d'usage et demandent à ce que la mission de l'expert soit limitée.

La requête a été communiquée à la société Modern Restauration Gestion (mrg), à la société L'Auxiliaire qui n'ont pas produit d'observations.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu le code de justice administrative.

Le président du tribunal administratif de Cergy-Pontoise a désigné M. Beaufaÿs, premier vice-président du tribunal, pour statuer sur les demandes de référés.

Considérant ce qui suit :

Sur la fin de non-recevoir soulevée par la société Arwitec (Eurl) et son assureur :

1. Il ressort de la délibération du 10 mars 2023 que le conseil d'administration du CROUS de Versailles a autorisé, à l'unanimité, la directrice générale du CROUS de Versailles à ester en justice, pour une durée d'un an. Le moyen tiré défaut de qualité à agir de la directrice générale du CROUS de Versailles doit donc être écarté.

Sur la demande d'expertise :

2. Aux termes de l'article R. 531-1 du code de justice administrative : " S'il n'est rien demandé de plus que la constatation de faits, le juge des référés peut, () désigner un expert pour constater sans délai les faits () ". Aux termes de l'article R. 532-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés peut, sur simple requête et même en l'absence de décision administrative préalable, prescrire toute mesure utile d'expertise ou d'instruction. () ".

3. L'expertise demandée par le centre régional des œuvres universitaires et scolaire (CROUS) de Versailles, qui vise notamment à la communication et à la recherche de tous éléments utiles susceptibles de déterminer l'étendue et les causes des dommages affectant le restaurant universitaire " Le Parc " localisé 5 rue du Parc de Cergy (95000), excède la simple constatation de fait et présente un caractère utile. Cette mesure entre dans le champ d'application des dispositions précitées de l'article R. 532-1 du code de justice administrative. Il y a lieu de faire droit à sa demande et de fixer la mission de l'expert comme il est précisé à l'article 1er de la présente ordonnance.

Sur les réserves exprimées :

4. Il n'appartient pas au juge des référés statuant sur le fondement des dispositions citées au point 1 de donner acte de protestations ou de réserves. Les conclusions présentées en ce sens ne peuvent qu'être rejetées.

Sur la participation aux opérations d'expertise :

5. La mise en cause d'une partie dans une expertise, simple mesure d'instruction ordonnée avant tout procès, ne préjuge aucunement de l'existence et de l'étendue des responsabilités des parties. Il y a donc lieu, en l'état, de faire participer aux opérations d'expertise la société Arwitec (Eurl), la société Risk Control, la société Smabtp, la société Gan, la société Areas, la société L'Auxiliaire, la société IPOC, la société 2IDF, la société Eco Construire SAS, la société SLAM, la société MAF, la société EuroMAF. Il appartiendra, le cas échéant, à l'expert, de demander leur mise hors de cause s'il juge leur présence inutile dans les opérations d'expertise.

Sur la demande d'injonction :

6. Il n'appartient pas au juge des référés, saisi sur le fondement de l'article R. 532-1 du code de justice administrative, de connaître de conclusions à fins d'injonction. Dès lors, les conclusions la société Arwitec (Eurl) tendant à ce qu'il soit enjoint la communication d'une attestation d'assurance couvrant la responsabilité civile et décennale de tous les assureurs doivent être rejetées.

Sur les conclusions tendant à ce que l'expert propose un apurement de compte entre les parties :

7. Le juge des référés, saisi sur le fondement des dispositions de l'article R. 532-1 du code de justice administrative, ne peut confier pour mission à l'expert de procéder à l'apurement des comptes entre les parties, dès lors qu'une telle mission impliquerait de sa part une appréciation sur l'étendue des droits des parties qu'il n'appartient qu'au juge de porter. L'expert pourra, en revanche, sans arrêter lui-même les comptes, fournir un avis technique à leur sujet, à partir des éléments de fait déjà constatés par ses soins. Sous cette réserve, il convient donc de faire droit à la demande de la société Krown, dans les conditions précisées au dispositif de la présente ordonnance.

Sur les dépens :

8. Aux termes de l'article R. 761-4 du code de justice administrative : " La liquidation des dépens, y compris celle des frais et honoraires d'expertise () est faite par ordonnance du président de la juridiction, () ".

9. Il ressort de ces dispositions, que, dans le cas d'une expertise ordonnée en référé, il appartient au seul président du tribunal de désigner, par ordonnance, la partie qui assumera la charge des frais et honoraires en application du premier alinéa de l'article R. 621-3 du code de justice administrative. Il n'appartient pas davantage au juge des référés de déterminer la charge des dépens de la mesure d'instruction qu'il ordonne ni de la réserver pour le futur. Les conclusions des parties qui y sont relatives doivent être rejetées.

O R D O N N E :

Article 1er : M. B A, exerçant 26, rue Francoeur à Paris (75018), est désigné en qualité d'expert. Il aura pour mission de :

- se rendre sur les lieux, restaurant universitaire Le Parc, sis 5 rue du Parc à Cergy (95000) ;

- se faire communiquer ou rechercher tous éléments qu'il estimera utiles à l'accomplissement de sa mission ;

- déterminer l'ampleur et l'étendue des préjudices et le caractère évolutif des désordres ; en cas de pluralité de causes, évaluer les proportions relevant de chacune d'elles ;

- donner un avis sur la nature et le coût des travaux nécessaires pour remédier à la situation actuelle, en assurant la solidité des ouvrages et un usage propre à leur destination, en précisant s'il en résulte une plus-value ;

- d'une façon générale, recueillir tous éléments techniques et de fait et faire toutes autres constatations utiles de nature à éclairer le tribunal dans son appréciation des responsabilités éventuellement encourues et des préjudices subis en cas de saisine au fond de la juridiction.

L'expert pourra entendre tous sachants, se faire communiquer tous documents et renseignements, faire toutes constatations ou vérifications propres à faciliter l'accomplissement de sa mission et éclairer le tribunal administratif.

Article 2 : L'expertise aura lieu contradictoirement en présence du centre régional des œuvres universitaires et scolaire (CROUS) de Versailles, de la société Graal Architecture, de la société I+a, de la société Choulet, de la société Krown, de la société Bsmg-Ltdf, de la société Modern Restauration Gestion (mrg), du conseil départemental du Val d'Oise, de la société Arwitec (Eurl), de la société Risk Control, de la société Smabtp, de la société Gan, de la société Areas, de la société L'Auxiliaire, de la société EuroMaf, de la société Eco Construire, de la société 2IDF, de la société MAF, de la société SLAM, de la société IPOC, de la société Mimoun SARL, de la société Allianz Iard, de la société Generali Iard.

Article 3 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée au centre régional des oeuvres universitaires et scolaire (CROUS) de Versailles, à la société Graal Architecture, à la société I+a, à la société Choulet, à la société Krown, à la société Bsmg-Ltdf, à la société Modern Restauration Gestion (mrg), au conseil départemental du Val d'Oise, à la société Arwitec (Eurl), à la société Risk Control, à la société Smabtp, à la société Gan, à la société Areas, à la société L'Auxiliaire, à la société EuroMaf, à la société Eco Construire, à la société 2IDF, à la société MAF, à la société SLAM, à la société IPOC, à la société Mimoun SARL, à la société Allianz Iard, à la société Generali Iard et M. A, expert.

Fait à Cergy, le 19 mars 2024.

Le juge des référés,

Signé

F. BEAUFAŸS

La République mande et ordonne au préfet du Val-d'Oise en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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