Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2316955
jeudi 16 mai 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2316955 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 4ème Chambre |
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 19 décembre 2023, M. B A, représenté par Me Besse, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 22 novembre 2023 par lequel le préfet du Val-d'Oise a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être renvoyé ;
2°) d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " salarié " dans un délai d'un mois, sous astreinte de 150 euros par jour de retard à compter de la notification de la décision à intervenir, ou à défaut de réexaminer sa situation tout en lui délivrant une autorisation provisoire de séjour dans un délai d'un mois et sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- le refus de titre de séjour est insuffisamment motivé ;
- il est entaché d'un défaut d'examen particulier ;
- il est entaché d'une erreur de fait ;
- il est entaché d'une erreur de droit dès lors que le préfet du Val-d'Oise s'est cru en situation de compétence liée vis-à-vis de l'avis défavorable rendu par la DIRRECTE ;
- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de son admission exceptionnelle au séjour ;
- il méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'obligation de quitter le territoire français est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de sa situation et méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
La requête a été communiquée au préfet du Val-d'Oise le 22 décembre 2023, qui a produit les pièces qu'il estime utiles au dossier le 29 janvier 2024.
La clôture de l'instruction a été fixée au 5 février 2024.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer ses conclusions à l'audience.
Le rapport de Mme Goudenèche a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. B A, ressortissant marocain né le 1er mai 1982, déclare être entré en France le 15 août 2014, sous couvert d'un visa Schengen valide du 8 août au 6 septembre 2014. Il a sollicité son admission au séjour le 11 mai 2022 en qualité de salarié. Par un arrêté du 22 novembre 2023, le préfet du Val-d'Oise a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être renvoyé. M. A demande au tribunal d'annuler cet arrêté.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
En ce qui concerne le refus de titre de séjour :
2. En premier lieu, aux termes des dispositions de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. À cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / - restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police () ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".
3. La décision contestée, qui n'a pas à contenir l'ensemble des éléments concernant la situation du requérant, énonce les considérations de droit et de fait sur lesquelles elle se fonde. Elle mentionne notamment qu'après un examen approfondi de sa situation M. A ne remplit pas les conditions combinées de l'article L. 412-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il ne justifie pas de la production d'un visa long séjour et d'un contrat de travail visé par les autorités compétentes. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté comme manquant en fait.
4. En deuxième lieu, il ne ressort ni des pièces du dossier ni de la décision attaquée que le préfet du Val-d'Oise aurait entaché la décision d'un défaut d'examen sérieux. Par suite, le moyen doit être écarté.
5. En troisième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier et notamment de la décision attaquée que le préfet, qui a examiné les documents produits par l'intéressé au titre de son insertion professionnelle, se serait exclusivement fondé sur l'avis défavorable de la plateforme interrégionale de la main d'œuvre étrangère pour refuser de l'admettre exceptionnellement au séjour. Par suite, le moyen tiré de la compétence liée dans laquelle se serait crue le préfet doit ainsi être écarté.
6. En quatrième lieu, si le requérant soutient que son employeur a, contrairement à ce qui a été retenu dans la décision attaquée, produit les pièces demandées par la plateforme interrégionale de la main d'œuvre étrangère par courriel du 12 mai 2023, il ne produit aucune pièce permettant de l'établir. Par suite, le moyen doit être écarté.
7. En cinquième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger ne vivant pas en état de polygamie dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 () ". Si l'accord franco-marocain ne prévoit pas de semblables modalités d'admission exceptionnelle au séjour, ces stipulations n'interdisent pas au préfet de délivrer un titre de séjour à un ressortissant marocain qui ne remplit pas l'ensemble des conditions auxquelles est subordonnée sa délivrance de plein droit. A cette fin, le préfet dispose d'un pouvoir discrétionnaire pour apprécier, compte tenu de l'ensemble des éléments de la situation personnelle de l'intéressé, l'opportunité d'une mesure de régularisation.
8. Pour refuser l'admission exceptionnelle au séjour de M. A dans le cadre de son pouvoir discrétionnaire de régularisation au titre du travail, le préfet du Val d'Oise s'est fondé sur la circonstance que les pièces produites ne sont pas suffisantes pour démontrer la réalité et la pérennité de son emploi et que la plateforme interrégionale de la main d'œuvre étrangère a rendu un avis défavorable faute d'avoir reçu les pièces demandées. Pour le contester le requérant se prévaut de sa présence continue sur le territoire français depuis le mois d'août 2014 et de son insertion professionnelle. Si le requérant établit avoir travaillé en tant qu'employé polyvalent au sein de la société WNN de novembre 2020 à janvier 2022 dans le cadre d'un contrat à durée indéterminée puis de février 2022 à septembre 2023 au sein de l'entreprise SAS ZAP, ces circonstances ne permettent pas de justifier d'une insertion professionnelle stable et pérenne sur le territoire français à la date de la décision attaquée. Par suite, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doit être écarté.
9. En dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ".
10. Le requérant se prévaut de la présence en France d'un de ses frères de nationalité française, sans établir le lien de filiation les unissant, et de sa mère en situation régulière, sans l'établir. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme doit être écarté.
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :
11. Il ne ressort pas des pièces du dossier et eu égard au motif énoncé au point 10 que l'obligation de quitter le territoire serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ou d'une méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Par suite, le moyen doit être écarté.
12. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. A doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Par ces motifs, le tribunal décide :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet du Val-d'Oise.
Délibéré après l'audience du 29 avril 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Bories, présidente,
M. Bourragué, premier conseiller,
Mme Goudenèche, conseillère,
Assistés de Mme Nimax, greffière.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 mai 2024.
La rapporteure,
signé
C. GoudenècheLa présidente,
signé
C. Bories
La greffière,
signé
S. Nimax
La République mande et ordonne au préfet du Val d'Oise en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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