Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2317071
mardi 18 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2317071 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | 7ème Chambre |
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête, un mémoire et des pièces complémentaires, enregistrés les 21 décembre 2023, 4 janvier 2024 et 21 mars 2024, Mme A B, représentée par Me Seiller, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté en date du 9 octobre 2023 par lequel le préfet du Val-d'Oise a refusé de lui délivrer un titre de séjour, a assorti ce refus d'une obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an ;
2°) d'enjoindre, à titre principal, au préfet du Val-d'Oise de lui délivrer un titre de séjour temporaire portant la mention " étudiant " dans le délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) d'enjoindre, à titre subsidiaire, au préfet du Val-d'Oise de procéder au réexamen de sa situation dans le délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard et de lui délivrer, dans cette attente une autorisation provisoire de séjour ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 à verser à Me Seiller, sous réserve de sa renonciation à percevoir la part contributive de l'Etat.
Elle soutient que :
En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :
- cette décision est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen sérieux et particulier de sa situation personnelle ;
- elle méconnait les stipulations du titre III - 1 du protocole annexé à l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'elle présentait des considérations exceptionnelles et des motifs humanitaires de nature à justifier de son admission au séjour au titre du pouvoir discrétionnaire de régularisation du préfet ;
- elle est entachée d'erreurs de fait et de droit ;
- elle méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'article 6-5 de l'accord franco-algérien ;
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;
- elle méconnaît le titre III - 1 du protocole annexé à l'accord franco-algérien ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- elle est entachée d'erreurs de fait et de droit ;
- elle méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'article 6-5 de l'accord franco-algérien ;
En ce qui concerne la décision fixant un délai de départ volontaire :
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;
- c'est à tort que le préfet s'est cru en situation de compétence liée ;
- elle est entachée d'erreurs de fait et de droit ;
En ce qui concerne de la décision fixant le pays de destination :
- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour et de celle portant obligation de quitter le territoire français ;
- elle est entachée d'erreurs de fait et de droit.
Le préfet du Val-d'Oise a produit des pièces enregistrées le 16 avril 2024.
Par une ordonnance du 17 avril 2024, la clôture de l'instruction a été fixée au 3 mai 2024.
Par une décision du 10 novembre 2023, le bureau de l'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire d'Evry a accordé à Mme B le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 relatif à la circulation, à l'emploi et au séjour en France des ressortissants algériens et de leurs familles ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme Drevon-Coblence, présidente-rapporteure, a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B, ressortissante algérienne née le 7 janvier 1998, est entrée en France le 26 septembre 2018 munie d'un visa D " étudiant " et, le 10 novembre 2018, a obtenu un certificat de résidence algérien portant la mention " étudiant " valable jusqu'au 9 novembre 2019 dont elle n'a pas demandé, dans les délais, le renouvellement. Le 4 février 2021, elle a présenté une nouvelle demande sur le même fondement, qui a été rejetée le 26 mars 2021. Mme B a de nouveau présenté une demande en ce sens le 24 août 2023. Par un arrêté du 9 octobre 2023 dont elle demande l'annulation, le préfet du Val-d'Oise a rejeté cette demande et l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours à destination du pays dont elle a la nationalité.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne l'arrêté dans son ensemble :
2. L'arrêté attaqué comporte l'énoncé des considérations de fait et de droit qui en constituent le fondement et est, ainsi, suffisamment motivé.
3. Il ne ressort pas de l'arrêté attaqué que le préfet du Val-d'Oise n'aurait pas, avant de l'édicter, procédé à un examen particulier et suffisamment approfondi de la situation de Mme B ni qu'il se serait cru, à tort, en situation de compétence liée pour prendre la décision fixant un délai de départ volontaire.
En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :
4. Aux termes du titre III du protocole annexé à l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 : " Les ressortissants algériens qui suivent un enseignement, un stage ou font des études en France et justifient de moyens d'existence suffisants (bourses ou autres ressources) reçoivent, sur présentation, soit d'une attestation de pré-inscription ou d'inscription dans un établissement d'enseignement français, soit d'une attestation de stage, un certificat de résidence valable un an, renouvelable et portant la mention " étudiant " ou " stagiaire ". () ". Aux termes de l'article 9 du même accord : " () Pour être admis à entrer et séjourner plus de trois mois sur le territoire français au titre des articles 4, 5,7, 7 bis al. 4 (lettre c et d) et du titre III du protocole, les ressortissants algériens doivent présenter un passeport en cours de validité muni d'un visa de long séjour délivré par les autorités françaises () ". Il résulte de ces stipulations que la délivrance d'un certificat de résidence portant la mention " étudiant " est subordonnée à la production d'un visa de long séjour.
5. Si Mme B soutient qu'elle justifie d'une inscription dans un établissement d'enseignement supérieur et de moyens d'existence suffisants, il ressort des pièces du dossier qu'elle ne justifie pas de la production d'un visa de long séjour. Par conséquent, le préfet pouvait se fonder sur ce seul motif pour rejeter sa demande. Par suite, en refusant de lui délivrer le titre de séjour sollicité, le préfet n'a pas méconnu les stipulations du titre III du protocole annexé à l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968.
6. Aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien : " Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : () 5° au ressortissant algérien, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus ". Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
7. Si Mme B se prévaut de liens intenses avec la France, notamment de la présence d'une partie de sa fratrie et de ses oncles et tantes, il ressort des pièces du dossier, qu'elle est célibataire, sans charge de famille et n'est pas dépourvue d'attaches familiales dans son pays d'origine où résident notamment ses parents et une partie de sa fratrie, et où elle a elle-même vécu jusqu'à l'âge de 20 ans. Elle n'est dès lors pas fondée à soutenir que le préfet du Val-d'Oise a méconnu les stipulations précitées du 5° de l'article 6 de l'accord franco-algérien et celles de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en refusant de lui délivrer un certificat de résidence algérien.
8. Si Mme B soutient qu'elle justifie d'une inscription dans un établissement d'enseignement supérieur, il ressort des pièces du dossier qu'elle était inscrite en " Licence LLCER Anglais " au titre de l'année scolaire 2018/2019, diplôme qu'elle n'a obtenu que l'année suivante et qu'elle a été inscrite, sans succès, en master 1 d'anglais au Centre National des Arts et Métiers (CNAM) de Paris au titre de l'année scolaire 2020-2021, puis en Master 1 " LLCER Anglais " à l'Université Rennes 2 au titre des années scolaires 2021-2022, 2022-2023 et 2023-2024. Si l'intéressée soutient souffrir de problèmes psychologiques, cette circonstance, pour regrettable qu'elle soit, n'est pas de nature à justifier ces échecs successifs. Dans ces conditions, eu égard aux éléments de la situation de Mme B rappelés au point 7, le préfet du Val-d'Oise a pu, sans entacher son appréciation d'une erreur manifeste, refuser de régulariser de la situation de Mme B.
9. Si Mme B soutient que la décision attaquée est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur de fait, elle n'assortit ces moyens d'aucune précision permettant d'en apprécier le bien-fondé. Par suite, les moyens doivent être écartés.
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de destination :
10. Il résulte de ce qui a été dit précédemment que la décision portant refus de titre de séjour n'étant pas illégale, le moyen tiré de ce que l'obligation de quitter le territoire français serait illégale par voie de conséquence de l'illégalité de cette première décision doit être écarté.
11. Pour les mêmes motifs que ceux énoncés aux points 5, 7 et 8, Mme B n'est pas fondée à soutenir que la décision l'obligeant à quitter le territoire français a été prise en méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation. Les moyens tirés de ce que la décision portant obligation de quitter le territoire français a été prise en méconnaissance de l'article 6.5 de l'accord franco-algérien et du titre III - 1 du protocole annexé à cet accord à sont inopérants à l'encontre de cette décision.
12. Si Mme B soutient que la décision attaquée est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur de fait, elle n'assortit ces moyens d'aucune précision permettant d'en apprécier le bien-fondé. Par suite, les moyens doivent être écartés.
En ce qui concerne la décision fixant un délai de départ volontaire de trente jours :
13. Aux termes de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. / L'autorité administrative peut accorder, à titre exceptionnel, un délai de départ volontaire supérieur à trente jours s'il apparaît nécessaire de tenir compte de circonstances propres à chaque cas. / Elle peut prolonger le délai accordé pour une durée appropriée s'il apparaît nécessaire de tenir compte de circonstances propres à chaque cas. L'étranger est informé par écrit de cette prolongation. "
14. Mme B se prévaut de circonstances particulières liées à sa situation personnelle justifiant selon elle l'octroi d'un délai de départ volontaire supérieur à trente jours, au titre des dispositions précitées, et notamment qu'elle travaille comme garde d'enfants à hauteur de 20 heures par semaine sous contrat à durée indéterminée depuis le 23 septembre 2023. Il ressort toutefois des pièces du dossier que Mme B est entrée pour la dernière fois en France en septembre 2019, que son titre de séjour a expiré le 9 novembre 2019, qu'elle a déjà fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français le 26 mars 2021 et qu'elle n'établit pas le caractère réel et sérieux de ses études dès lors qu'elle n'a pas obtenu de diplôme depuis l'année 2019. Dès lors, eu égard à la durée et aux conditions irrégulières de son séjour en France et pour les mêmes motifs que ceux mentionnés aux points 5, 7 et 8, Mme B n'établit pas que le préfet du Val-d'Oise aurait dû lui accorder un délai de départ supérieur à 30 jours. Par suite, ce moyen doit être écarté.
15. En dernier lieu, si Mme B soutient que la décision attaquée est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur de fait, elle n'assortit ces moyens d'aucune précision permettant d'en apprécier le bien-fondé. Par suite, les moyens doivent être écartés.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :
16. Il résulte de ce qui a été dit précédemment que la décision portant refus de titre de séjour et celle portant obligation de quitter le territoire français n'étant pas illégales, le moyen tiré de ce que la décision fixant le pays de renvoi serait illégale par voie de conséquence doit être écarté.
17. Si Mme B soutient que la décision attaquée est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur de fait, elle n'assortit ces moyens d'aucune précision permettant d'en apprécier le bien-fondé. Par suite, les moyens doivent être écartés.
18. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par Mme B doivent être rejetées.
Sur les autres conclusions :
19. Par voie de conséquence du rejet de ses conclusions à fin d'annulation, les conclusions présentées par Mme B à fin d'injonction sous astreinte et au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 doivent également être rejetées.
Par ces motifs, le tribunal décide :
Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et au préfet du Val-d'Oise.
Délibéré après l'audience du 28 mai 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Drevon-Coblence, présidente,
Mme Fléjou, première conseillère, et Mme Moinecourt, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 juin 2024.
La présidente-rapporteure,
signé
E. Drevon-Coblence
L'assesseure la plus ancienne,
signé
V. FléjouLa greffière,
signé
D. Charleston
La République mande et ordonne au préfet du Val-d'Oise en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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