Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2317200

jeudi 4 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2317200
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation11ème Chambre

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise a rejeté la requête de M. A, ressortissant sénégalais, qui contestait le refus de titre de séjour « étudiant » et l’obligation de quitter le territoire français pris par le préfet du Val-d’Oise. Le tribunal a jugé que l’arrêté était suffisamment motivé et que le requérant ne justifiait pas d’une inscription dans un établissement d’enseignement supérieur à la date de sa demande, condition requise par l’article 9 de la convention franco-sénégalaise du 1er août 1995. Il a également écarté les moyens tirés de la méconnaissance de l’article 8 de la Convention européenne des droits de l’homme et de l’erreur manifeste d’appréciation. En conséquence, la demande d’annulation et les conclusions accessoires ont été rejetées.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des pièces complémentaires enregistrées les 23 décembre 2023, 1er janvier 2024 et 31 janvier 2024, M. B A, représenté par Me Sow, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 17 novembre 2023, par lequel le préfet du Val d'Oise a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi ;

2°) d'enjoindre au préfet du Val d'Oise, à titre principal, de lui délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant " dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir ou, à titre subsidiaire, de réexamen sa situation et, dans l'attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour assortie d'une autorisation de travail à titre accessoire ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

M. A soutient que :

- l'arrêté attaqué est insuffisamment motivé ;

- il méconnait l'article 9 de la convention franco-ivoirienne du 1er août 1995 ;

- il méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il est entaché d'une erreur de droit dès lors que le préfet aurait dû faire usage de son pouvoir discrétionnaire de régularisation ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense enregistré le 16 février 2024, le préfet du Val d'Oise conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 4 janvier 2024, la clôture de l'instruction a été fixée au 19 février 2024.

Une pièce complémentaire, produite pour M. A, a été enregistrée le 24 mai 2024 et n'a pas été communiquée.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement de la République du Sénégal relative à la circulation et au séjour des personnes, signée à Dakar le 1er août 1995 ;

- la convention d'établissement entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement de la République du Sénégal signée à Paris le 25 mai 2000 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Robert, premier conseiller ;

- et les observations de Me Sow, représentant M. A.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, ressortissant sénégalais né le 5 juillet 1999 est entré en France le 27 septembre 2021 sous couvert d'un visa de long séjour valant titre de séjour portant la mention " étudiant programme de mobilité " valable du 22 septembre 2021 au 21 février 2022. Le 3 octobre 2023, l'intéressé a sollicité la délivrance d'une carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant " sur le fondement de l'article 9 de la convention franco-sénégalaise relative à la circulation et au séjour des personnes conclue le 1er août 1995. Par un arrêté du 17 novembre 2023, le préfet du Val-d'Oise a refusé de lui délivrer le titre de séjour sollicité, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi. Par la présente requête, M. A demande l'annulation de cet arrêté.

2. En premier lieu, l'arrêté attaqué comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par conséquent, le moyen tiré de son insuffisante motivation doit être écarté comme manquant en fait.

3. En deuxième lieu, d'une part, aux termes de l'article 4 de la convention franco-sénégalaise relative à la circulation et au séjour des personnes conclue le 1er août 1995 : " Pour un séjour de plus de trois mois, les ressortissants français à l'entrée sur le territoire sénégalais et les ressortissants sénégalais à l'entrée sur le territoire français doivent être munis d'un visa de long séjour et des justificatifs prévus aux articles 5 à 9 ci-après, en fonction de la nature de leur installation ". Aux termes de l'article 9 de ladite convention : " Les ressortissants de chacun des États contractants désireux de poursuivre des études supérieures ou d'effectuer un stage de formation qui ne peut être assuré dans le pays d'origine, sur le territoire de l'autre État doivent, pour obtenir le visa de long séjour prévu à l'article 4, présenter une attestation d'inscription ou de préinscription dans l'établissement d'enseignement choisi, ou une attestation d'accueil de l'établissement où s'effectue le stage. Ils doivent en outre justifier de moyens d'existence suffisants, tels qu'ils figurent en annexe. Les intéressés reçoivent, le cas échéant, un titre de séjour temporaire portant la mention " étudiant ". Ce titre de séjour est renouvelé annuellement sur justification de la poursuite des études ou du stage, ainsi que de la possession de moyens d'existence suffisants. ". L'article 13 de la même convention stipule que : " Les dispositions du présent accord ne font pas obstacle à l'application de la législation respective des deux États sur l'entrée et le séjour des étrangers sur tous les points non traités par l'accord () ".

4. D'autre part, aux termes de l'article R. 431-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger titulaire d'un document de séjour doit, en l'absence de présentation de demande de délivrance d'un nouveau document de séjour six mois après sa date d'expiration, justifier à nouveau, pour l'obtention d'un document de séjour, des conditions requises pour l'entrée sur le territoire national lorsque la possession d'un visa est requise pour la première délivrance d'un document de séjour. () ".

5. Il ressort des pièces du dossier que le visa de long séjour valant titre de séjour portant la mention " étudiant programme de mobilité " dont bénéficiait M. A est expiré depuis le 21 février 2022 et que sa demande de délivrance d'une carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant " a été déposée le 3 octobre 2023, soit bien au-delà du délai mentionné par l'article R. 431-8 du code précité. En outre, le requérant ne justifie, ni même n'allègue, d'aucune circonstance qui aurait pu légitimement l'empêcher de présenter une demande de renouvellement de son titre de séjour dans les délais impartis. Dans ces conditions, le préfet du Val-d'Oise était fondé à lui opposer l'absence de visa de long séjour en cours de validité, cette condition étant prévue par l'article 9 de la convention franco-sénégalaise conclue le 1er août 1995 pour pouvoir solliciter un premier titre de séjour portant la mention " étudiant ". Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de cet article doit être écarté.

6. En troisième lieu, l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales stipule que : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et des libertés d'autrui ".

7. M. A fait valoir qu'il réside en France depuis septembre 2021 et qu'il y a poursuivi ses études avec succès, dès lors qu'il a obtenu un master 1 mention " optique image vision multimédia " au titre de l'année 2022-2023 et qu'il est inscrit en master 2 " systèmes distribués et technologies de la data science " au titre de l'année 2023-24. Toutefois, s'il est constant que le requérant a poursuivi ses études avec sérieux, il ne justifie, ni même n'allègue, d'aucune circonstance qui aurait pu légitimement l'empêcher de présenter une demande de renouvellement de son titre de séjour dans les délais mentionnés aux points précédents. En outre, M. A, célibataire et sans enfant, ne démontre pas avoir noué des liens particulièrement significatifs au cours de la faible durée de présence en France dont il se prévaut. Par ailleurs, le requérant était titulaire d'un titre de séjour portant la mention " étudiant " ne lui donnant pas, par lui-même, vocation à s'installer durablement sur le territoire français. Enfin, le requérant n'est pas dépourvu d'attaches dans son pays d'origine où il a vécu jusqu'à l'âge de 22 ans et où résidaient, à la date d'édiction de l'arrêté attaqué, ses parents et sa sœur comme indiqué sur la fiche de salle signée par M. A le 3 octobre 2023. Dans ces conditions, le requérant ne justifie pas de l'existence d'obstacles réels et sérieux a un retour dans son pays d'origine afin de solliciter, s'il s'y croit fondé, le visa de long séjour correspondant à sa situation. Par suite, l'arrêté attaqué n'a pas porté une atteinte disproportionnée à sa vie privée et familiale au regard des buts poursuivis par cette mesure et le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations précitées doit être écarté.

8. En quatrième lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés aux points 5 et 7, les moyens tirés d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés.

9. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. A doit être rejetée, y compris ses conclusions à fin d'injonction ainsi que celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet du Val-d'Oise.

Délibéré après l'audience du 27 juin 2024, à laquelle siégeaient :

M. d'Argenson, président,

M. Robert, premier conseiller.

Mme Bocquet, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 juillet 2024.

Le rapporteur,

signé

D. RobertLe président,

signé

P.-H. d'ArgensonLe greffier,

signé

V. Guillaume

La République mande et ordonne au préfet du Val d'Oise en ce qui le concerne, et à tous les commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

N°2317200