Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2317213
vendredi 23 février 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2317213 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | Reconduite à la frontière |
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des pièces complémentaires, enregistrés le 24 décembre 2023 et les 4 février, 5 février 2024 M. A, représenté par Me Baouali, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 23 décembre 2023 par lequel le Préfet du Val-d'Oise lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination en cas d'exécution d'office et lui a interdit le retour sur le territoire français pendant une durée d'un an ;
2°) d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise, à titre principal, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour et de réexaminer sa situation dans un délai de quinze jours à compter de la notification du présent jugement sous astreinte de 100 euros par jours de retard et à titre subsidiaire d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour, de réexaminer sa situation dans un délai de quinze jours à compter de la notification du présent jugement ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- il est entaché d'une erreur de droit en ce que le préfet n'a pas examiné la situation personnelle du requérant ;
- il est entaché d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;
- il est entaché d'une erreur de fait en ce que le requérant dispose bien d'une résidence effective et permanente, contrairement à ce que soutient le préfet.
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation en ce que le préfet n'a pas pris en considération la situation familiale du requérant.
En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
- il est entaché d'une erreur d'appréciation en ce que le requérant sera éloigné de son fils.
Par un mémoire en défense, enregistré le 6 février 2024, le préfet du Val-d'Oise conclut au rejet de la requête.
Le préfet du Val-d'Oise fait valoir que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.
Des pièces produites par le requérant le 7 février 2024 n'ont pas été communiquées.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 7 février 2024 :
- le rapport de M. D,
- les observations de Me Baouali, représentant M. A, assisté de Mme C, interprète en langue roumaine, qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens et fait valoir en outre que le requérant a un enfant mineur à charge, celui-ci est malade et a une pathologie chronique, que l'arrêté attaqué est entaché d'une erreur d'appréciation, que le préfet n'a pas apprécié l'ensemble du dossier du requérant et qu'il travaille dans le bâtiment,
- les observations de M. A,
- le préfet du Val-d'Oise n'étant ni présent ni représenté.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. B A, ressortissant moldave né le 27 juin 1976, est entré sur le territoire français en mars 2019, selon ses déclarations. Il a été interpelé par les services de police, le 23 décembre 2023, dans le cadre d'un contrôle routier. Par un arrêté du 23 décembre 2023, dont M. A demande l'annulation, le préfet du Val-d'Oise a fait obligation à l'intéressé de quitter le territoire français, a refusé de lui accorder un délai de départ volontaire, a fixé le pays de renvoi et lui a interdit le retour sur le territoire français pendant une durée d'un an.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. En premier lieu, l'arrêté attaqué comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Il est, par suite, suffisamment motivé. En outre, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet du Val-d'Oise n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation de M. A avant de prendre ses décisions d'obligation de quitter le territoire sans délai et d'interdiction de retour. Par suite, les moyens tirés d'une insuffisance de motivation de l'arrêté contesté et de l'absence d'examen de sa situation personnelle ainsi que le moyen tiré de l'erreur de droit doivent être écartés.
3. En second lieu, si le requérant soutient que l'arrêté attaqué est entaché d'une erreur de fait en ce qu'il indique que le requérant ne présente pas de garanties de représentation alors qu'il ressort des pièces du dossier que celui-ci fournit une attestation d'hébergement attestant qu'il habite au même logement depuis le 10 août 2020, cette circonstance, qui n'est évoquée par le préfet que de manière surabondante, est sans incidence sur la légalité de la décision attaquée. Dès lors, il y a lieu d'écarter le moyen tiré de l'erreur de fait.
Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :
4. Aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale (). ".
5. Il ressort des pièces du dossier que M. A est de nationalité Moldave et a vécu en Moldavie jusqu'à son entrée en France, en 2019, à l'âge de 43 ans. S'il soutient qu'il vit en concubinage, qu'il a deux enfants à charge dont l'un est scolarisé, il ne produit pas d'éléments probants de nature à établir qu'il participe effectivement à l'entretien et à l'éducation de ces derniers. En outre, si le requérant produit de nombreux documents médicaux le concernant directement, ces éléments sont insuffisants à considérer que le requérant a des liens suffisamment intenses, anciens et stables sur le territoire français. Il n'établit pas plus être dépourvu de toute attache dans son pays d'origine où il a vécu jusqu'à l'âge de 45 ans et il n'établit aucune circonstance qui s'opposerait à ce que la cellule familiale se reconstitue en Moldavie. Dans ces conditions, eu égard au caractère récent de sa présence et des conditions de son séjour sur le territoire national, le requérant n'est pas fondé à soutenir que le préfet du Val-d'Oise en lui faisant obligation de quitter le territoire, a porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale, garanti par l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels l'obligation de quitter le territoire français a été prise ou qu'il a entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation.
Sur la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
6. Pour les mêmes motifs que ceux évoqués au point 5 de la présente décision, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doit être écarté.
7. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de M. A doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fins d'injonction sous astreinte et celles présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A et au préfet du Val-d'Oise.
Rendu public par mise à disposition du greffe le 23 février 2024.
Le Président,
signé
J-P. D La greffière,
signé
M. E
La République mande et ordonne au préfet du Val-d'Oise en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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