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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2317220

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2317220

lundi 30 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2317220
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
FormationPole Social (JU)
Avocat requérantLUBAKI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 21 décembre 2023, Mme B D, représentée par Me Lubaki, demande au tribunal :

1°) de condamner l'État à lui payer, ainsi qu'à ses enfants mineurs A et C, la somme globale de 60 000 euros en réparation des préjudices subis du fait de son absence de relogement ;

2°) d'ordonner au préfet des Hauts-de-Seine de procéder à la désignation d'une association agréée dans le cadre du dispositif " accompagnement vers ou dans le logement " (AVDL), sous astreinte de 20 euros par jour de retard, à compter du 15 du mois suivant la notification du jugement à intervenir.

Mme D soutient que :

- la responsabilité pour faute de l'État est engagée, dès lors qu'elle n'a reçu aucune proposition de logement, alors qu'elle a été reconnue prioritaire par la commission de médiation du droit au logement opposable du département des Hauts-de-Seine ;

- elle subit en conséquence des troubles de toutes natures dans ses conditions d'existence, dès lorsqu'elle est toujours dépourvue de tout logement social, que son logement est indécent du fait de la présence de moisissures dues à l'humidité et au manque de ventilation, qu'il est sur-occupé, qu'il ne correspond pas aux besoins de sa famille, composée de deux enfants mineurs et de deux enfants majeurs, dont l'un requiert une chambre individuelle en raison de son handicap et ne peut recevoir de soins à domicile par une tierce personne du fait de l'exiguïté des lieux ;

- son préjudice doit être évalué à 60 000 euros, dont 40 000 euros de préjudice moral et 20 000 euros de préjudice matériel.

La requête a été communiquée au préfet des Hauts-de-Seine, qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Vu :

- la décision du 5 juin 2023, par laquelle le président du bureau de l'aide juridictionnelle, près le tribunal judiciaire de Pontoise, a accordé à Mme D l'aide juridictionnelle totale ;

- le jugement du 17 juillet 2019, par lequel le tribunal administratif de Cergy - Pontoise a enjoint au préfet des Hauts-de-Seine de reloger Mme D ;

- la décision, par laquelle le président du tribunal a désigné M. Baude, premier conseiller, pour statuer sur les litiges visés à l'article R. 222-13 du code de justice administrative ;

- la décision, par laquelle la présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la construction et de l'habitation ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Baude, magistrat désigné, a été entendu au cours de l'audience publique.

A l'issue de l'audience, la clôture de l'instruction a été prononcée en application de l'article R. 772-9 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. La commission de médiation du département des Hauts-de-Seine a, par une décision du 30 mai 2018, désigné Mme D, qui était dans l'attente d'un logement social depuis le mois de mai 2012, comme prioritaire et devant être logée en urgence. Par un jugement du 17 juillet 2019, le tribunal administratif de Cergy-Pontoise, saisi par l'intéressée sur le fondement de l'article L. 441-2-3-1 du code de la construction et de l'habitation, a enjoint au préfet des Hauts-de-Seine d'assurer son relogement. N'ayant pas reçu de proposition de logement, Mme D a saisi le préfet des Hauts-de-Seine d'une demande indemnitaire préalable par un courrier du 1er juin 2022, réceptionné le lendemain. Cette demande a été implicitement rejetée. Mme D demande au tribunal de condamner l'État à lui verser la somme de 60 000 euros en réparation des préjudices subis.

Sur les conclusions indemnitaires :

2. Aux termes de l'article L. 300-1 du code de la construction et de l'habitation : " Le droit à un logement décent et indépendant () est garanti par l'État à toute personne qui () n'est pas en mesure d'y accéder par ses propres moyens ou de s'y maintenir. Ce droit s'exerce par un recours amiable puis, le cas échéant, par un recours contentieux dans les conditions et selon les modalités fixées par le présent article et les articles L. 441-2-3 et L. 441-2-3-1 ".

3. Lorsqu'une personne a été reconnue comme prioritaire et devant être logée ou relogée d'urgence par une commission de médiation, en application des dispositions de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation, la carence fautive de l'État à exécuter cette décision dans le délai imparti engage sa responsabilité au titre des troubles dans les conditions d'existence résultant du maintien de la situation qui a motivé la décision de la commission, que l'intéressé ait ou non fait usage du recours prévu par l'article L. 441-2-3-1 du code de la construction et de l'habitation. Ces troubles doivent être appréciés en fonction des conditions de logement qui ont perduré du fait de la carence de l'État, de la durée de cette carence et du nombre de personnes composant le foyer du demandeur pendant la période de responsabilité de l'État, qui court à l'expiration du délai de trois ou six mois à compter de la décision de la commission de médiation que l'article R. 441-16-1 du code de la construction et de l'habitation impartit au préfet pour provoquer une offre de logement.

En ce qui concerne la faute :

4. La carence fautive de l'État à assurer le logement du bénéficiaire de la décision de la commission de médiation dans le délai imparti engage sa responsabilité à l'égard du seul demandeur, au titre des troubles dans les conditions d'existence qu'elle a entraînés pour ce dernier. Il résulte de ce qui vient d'être dit que les conclusions indemnitaires présentées par Mme D au nom de ses deux enfants mineurs doivent être rejetées. Il y a lieu, en revanche, de tenir compte de cette situation familiale pour apprécier le préjudice de Mme D.

5. La commission de médiation du département des Hauts-de-Seine a reconnu, le 30 mai 2018, le caractère urgent et prioritaire de la demande de Mme D, aux motifs qu'elle occupait un logement sur-occupé avec une personne mineure ou handicapée à charge et qu'elle n'avait pas reçu de proposition de logement dans le délai fixé en application des dispositions de l'article L. 441-1-4 du code de la construction et de l'habitation. Toutefois, le préfet des Hauts-de-Seine n'a fait aucune offre de logement à Mme D dans le délai de six mois qui a suivi cette décision, soit avant le 30 novembre 2018. D'autre part, le jugement du 17 juillet 2019, par lequel le tribunal administratif de Cergy - Pontoise a enjoint au préfet des Hauts-de-Seine d'assurer le logement de Mme D avant le 1er octobre 2019 sous astreinte de 200 euros par mois de retard, n'a reçu aucune exécution.

6. Il résulte de ce qui précède que les carences fautives dont l'État a fait preuve dans la mise en œuvre de son obligation de relogement à l'égard de Mme D sont établies.

En ce qui concerne l'évaluation des préjudices :

7. Il résulte de l'instruction que Mme D occupe, depuis novembre 2016, un logement de 36 m² avec ses trois enfants, dont la situation de handicap de l'un d'entre eux impose qu'il puisse disposer d'une chambre individuelle pour y recevoir des soins à domicile et s'isoler, alors que la surface et la configuration du logement y font obstacle. Il ressort par ailleurs du rapport du service communal d'hygiène et de santé de la commune d'Asnières-sur-Seine du 9 mars 2018 que le logement présente des moisissures, de l'humidité et une absence de ventilation dans le séjour. Il ne résulte pas de l'instruction que des travaux de remédiation des lieux auraient été réalisés. Si la situation de sur-occupation a cessé depuis la date de la décision de la commission, l'un des enfants de Mme D n'étant plus à sa charge, il est établi, eu égard notamment aux besoins spécifiques de son enfant handicapé, qu'elle subit des troubles dans ses conditions d'existence en raison de l'exiguïté des lieux et de leur état dégradé. La requérante est toujours dépourvue de logement social et la situation de précarité au vu de laquelle la commission l'a reconnue comme demandeur prioritaire de logement social persiste. Elle est, dès lors, fondée à soutenir que la carence fautive de l'État à assurer son relogement à compter du 30 novembre 2018 a entraîné des troubles dans ses conditions d'existence devant être réparés.

8. Il résulte de ce qui précède que, compte tenu des conditions de logement de Mme D qui ont perduré du fait de la carence de l'État, de la durée de cette carence et de la composition de son foyer, il sera fait une juste appréciation du préjudice subi en évaluant l'indemnisation due à la somme totale de 12 000 euros, tous intérêts confondus au jour du présent jugement.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

9. Lorsque le juge administratif statue sur un recours indemnitaire tendant à la réparation d'un préjudice imputable à un comportement fautif d'une personne publique et qu'il constate que ce comportement et ce préjudice perdurent à la date à laquelle il se prononce, il peut, en vertu de ses pouvoirs de pleine juridiction et lorsqu'il est saisi de conclusions en ce sens, enjoindre à la personne publique en cause de mettre fin à ce comportement ou d'en pallier les effets.

10. Dans les circonstances de l'espèce, il ne résulte pas de l'instruction que la désignation d'une association agréée dans le cadre du dispositif AVDL serait de nature à mettre fin ou à pallier les effets de la carence de l'État. Par suite, les conclusions à fin d'injonction doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

11. Mme D a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, son conseil peut se prévaloir des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Lubaki, conseil de Mme D , renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, de mettre à la charge de l'État le versement à Me Lubaki de la somme de 1 000 euros.

D É C I D E :

Article 1er : L'État est condamné à verser à Mme D la somme de 12 000 euros, tous intérêts confondus au jour du présent jugement.

Article 2 : L'État versera la somme de 1 000 euros à Me Lubaki, conseil de Mme D, sous réserve qu'il renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État au titre de l'aide juridictionnelle, sur le fondement des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme D est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme B D, à Me Lubaki et à la ministre du logement et de la rénovation urbaine.

Copie en sera adressée au préfet des Hauts-de-Seine.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 septembre 2024

Le magistrat désigné,

Signé

M. BaudeLa greffière,

Signé

C. Mas

La République mande et ordonne à la ministre du logement et de la rénovation urbaine en ce qui la concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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N°2317220

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