Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2317225
jeudi 8 février 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2317225 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 26 décembre 2023, Mme A B, représentée par Me Vannier, demande au juge des référés, sur le fondement des dispositions de l'article L. 911-7 du code de justice administrative :
1°) d'ordonner la liquidation de l'astreinte prononcée par l'ordonnance n°2308294 du 10 juillet 2023 du juge des référés du tribunal administratif de Cergy-Pontoise ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 9 000 euros au titre des dispositions de l'article L.911-7 du code de justice administrative ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- le préfet du Val-d'Oise a exécuté tardivement l'ordonnance n°2308294 du 10 juillet 2023 par laquelle le juge des référés du tribunal administratif de Cergy-Pontoise lui a enjoint de réexaminer sa situation dans un délai de quinze jours à compter de la notification de l'ordonnance, soit avant le 25 juillet 2023, et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour lui permettant de travailler, avant le 13 juillet 2023, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;
- que la tardiveté dans l'exécution des mesures d'injonction prononcées a eu des conséquences sur sa situation universitaire, dès lors qu'elle a rencontré des difficultés lors de son inscription administrative à l'Université Lyon 3.
Par un mémoire en défense enregistré le 28 janvier 2024, le préfet du Val-d'Oise conclut au rejet de la requête en raison du réexamen de la demande de Mme B et de la délivrance d'un titre la plaçant en situation régulière sur le territoire français, moins de deux mois après le prononcé de la décision du juge des référés.
Vu :
- l'ordonnance n° 2304702 du 26 avril 2023 rendue par le juge des référés du tribunal administratif de Cergy-Pontoise ;
- l'ordonnance n° 2308294 rendue le 10 juillet 2023 par le juge des référés du tribunal administratif de Cergy-Pontoise ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Beaufaÿs, premier vice-président, en application de l'article L.511-2 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience du 31 janvier 2024 à 10h30.
Ont été entendus au cours de l'audience publique tenue en présence de Mme El Moctar, greffière d'audience :
- le rapport de M. Beaufaÿs, juge des référés ;
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. Par une ordonnance du 26 avril 2023, le juge des référés du tribunal de céans a, à la demande de Mme B, ordonné la suspension de l'exécution de l'arrêté du 19 avril 2023 en tant que le préfet du Val-d'Oise a rejeté sa demande de renouvellement de certificat de résidence mention " étudiant " et a enjoint à ce dernier de réexaminer sa situation dans un délai d'un mois à compter de la notification de cette ordonnance. Par une ordonnance rendue le 10 juillet 2023, le juge des référés du tribunal de céans, saisi sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-4 du code de justice administrative, a assorti l'injonction prévue par l'ordonnance du 26 avril 2023 d'une astreinte de 50 euros par jour de retard, à compter de la notification de cette ordonnance. Par la présente requête, Mme B demande au juge des référés, statuant sur le fondement de l'article L.911-7 du code de justice administrative, de procéder à la liquidation de cette astreinte, faute pour le préfet du Val-d'Oise d'avoir exécuté dans le délai imparti les injonctions précipitées du tribunal prononcées le 26 avril 2023.
Sur les conclusions à fin de liquidation de l'astreinte :
2. Aux termes de l'article L. 911-6 du code de justice administrative : " L'astreinte est provisoire ou définitive. Elle doit être considérée comme provisoire à moins que la juridiction n'ait précisé son caractère définitif. Elle est indépendante des dommages et intérêts. ". Aux termes de l'article L. 911-7 du même code : " En cas d'inexécution totale ou partielle ou d'exécution tardive, la juridiction procède à la liquidation de l'astreinte qu'elle avait prononcée. / Sauf s'il est établi que l'inexécution de la décision provient d'un cas fortuit ou de force majeure, la juridiction ne peut modifier le taux de l'astreinte définitive lors de sa liquidation. / Elle peut modérer ou supprimer l'astreinte provisoire, même en cas d'inexécution constatée ".
3. Il appartient au juge des référés, qui, par une ordonnance prise sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a assorti d'une l'astreinte l'injonction faite à l'une des parties, de procéder à cette liquidation soit d'office, soit à la demande d'une autre partie s'il constate que les mesures qu'il avait prescrites n'ont pas été exécutées ou ne l'ont été que tardivement. Il peut modérer ou supprimer l'astreinte, même en cas d'inexécution constatée, compte tenu notamment des diligences accomplies par l'administration en vue de procéder à l'exécution de la chose jugée.
4. En l'espèce, l'ordonnance n° 2308294 du 10 juillet 2023 prononçant l'astreinte a été notifiée au préfet du Val-d'Oise le 11 juillet 2023. A compter de cette date, il appartenait au préfet de délivrer à la requérante une autorisation provisoire de séjour avant le 13 juillet 2023 et de réexaminer la situation de cette dernière au plus tard jusqu'au 27 juillet 2023.
5. Il résulte de l'instruction que Mme B a été mise en possession le 30 août 2023 d'une autorisation provisoire de séjour valable jusqu'au 29 novembre 2023, et qu'à l'issue d'un réexamen de sa situation, elle s'est vu délivrer, le 4 décembre 2023, un certificat de résidence algérien valable du 27 octobre 2023 au 26 octobre 2024. Si le préfet du Val-d'Oise a tardé à délivrer à la requérante une autorisation provisoire de séjour, cette dernière a été placée en situation séjour régulier à compter du 30 août 2023. Il y a lieu, dès lors, de procéder au bénéfice de Mme B à la liquidation définitive de l'astreinte pour la période courant du 13 juillet au 30 août 2023 où l'ordonnance n° 2308294 du 10 juillet 2023 est demeurée totalement inexécutée. Ainsi, il y a lieu, en application des dispositions de l'article L. 911-7 du code de justice administrative et eu égard aux diligences accomplies par l'administration en vue de procéder à l'exécution de la chose jugée, de modérer et de liquider définitivement l'astreinte à hauteur de 1 000 euros.
Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative:
6. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation. ".
7. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
O R D O N N E :
Article 1er : L'Etat est condamné à verser à Mme B une somme de 1 000 euros au titre de la liquidation définitive de l'astreinte prononcée par l'ordonnance n° 2308294.
Article 2 : L'Etat versera à Mme B la somme de 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A B et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Copie en sera adressée au préfet du Val-d'Oise.
Fait à Cergy, le 8 février 2024
Le juge des référés,
Signé
F. Beaufaÿs
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui le concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision
N°2317225
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