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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2317274

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2317274

lundi 30 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2317274
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
FormationPole Social (JU)
Avocat requérantBROCHARD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 22 décembre 2023 et 3 septembre 2024, Mme C A B, représentée par Me Brochard, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) de condamner l'État à lui payer la somme de 106 000 euros en réparation des préjudices subis du fait de son absence de relogement, à actualiser à la date du jugement, assortie des intérêts au taux légal ;

2°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 200 euros à verser à son conseil sur le fondement des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 sous réserve que Me Brochard renonce à percevoir la part contributive de l'État versée au titre de l'aide juridictionnelle.

3°) de de mettre à la charge de l'État la somme de 1 200 euros à lui verser sur le fondement des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Mme A B soutient que :

- la responsabilité pour faute de l'État est engagée, dès lors qu'elle n'a reçu aucune proposition de logement, alors qu'elle a été reconnue prioritaire par la commission de médiation du droit au logement opposable du département des Hauts-de-Seine ;

- elle subit en conséquence des troubles de toutes natures dans ses conditions d'existence, dès lors qu'elle occupe un logement précaire, car lié à son emploi, et dont le loyer est disproportionné au regard de ses capacités financières.

Par un mémoire en défense enregistré le 30 août 2024, le préfet des Hauts-de-Seine conclut au rejet de la requête. Il fait notamment valoir que la requérante a fait l'objet en juillet 2023 d'une proposition de logement social par un bailleur, à laquelle il n'a pas été donné une suite favorable du fait de l'incomplétude du dossier de candidature.

Vu :

- la décision du 12 juin 2023, par laquelle le président du bureau de l'aide juridictionnelle, près le tribunal judiciaire de Pontoise, a accordé à Mme A B l'aide juridictionnelle partielle au taux de 55 % ;

- l'ordonnance du 17 décembre 2020, par laquelle le tribunal administratif de Cergy - Pontoise a enjoint au préfet des Hauts-de-Seine de reloger Mme A B ;

- la décision, par laquelle le président du tribunal a désigné M. Baude, premier conseiller, pour statuer sur les litiges visés à l'article R. 222-13 du code de justice administrative ;

- la décision, par laquelle la présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la construction et de l'habitation ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le décret n°2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Baude, magistrat désigné, a été entendu au cours de l'audience publique.

A l'issue de l'audience, la clôture de l'instruction a été prononcée en application de l'article R. 772-9 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. La commission de médiation du département des Hauts-de-Seine a, par une décision du 4 septembre 2019, désigné Mme A B comme prioritaire et devant être logée en urgence. Par une ordonnance du 17 décembre 2020, le tribunal administratif de Cergy-Pontoise, saisi par l'intéressée sur le fondement de l'article L. 441-2-3-1 du code de la construction et de l'habitation, a enjoint au préfet des Hauts-de-Seine d'assurer son relogement. N'ayant pas reçu de proposition de logement, Mme A B a saisi le préfet des Hauts-de-Seine d'une demande indemnitaire préalable par un courrier du 28 juin 2022, réceptionné le 29 juin 2022. Cette demande a été implicitement rejetée. Mme A B demande au tribunal de condamner l'État à lui verser la somme de 106 000 euros en réparation des préjudices subis.

Sur les conclusions indemnitaires :

2. Aux termes de l'article L. 300-1 du code de la construction et de l'habitation : " Le droit à un logement décent et indépendant () est garanti par l'État à toute personne qui () n'est pas en mesure d'y accéder par ses propres moyens ou de s'y maintenir. Ce droit s'exerce par un recours amiable puis, le cas échéant, par un recours contentieux dans les conditions et selon les modalités fixées par le présent article et les articles L. 441-2-3 et L. 441-2-3-1 ".

3. Lorsqu'une personne a été reconnue comme prioritaire et devant être logée ou relogée d'urgence par une commission de médiation, en application des dispositions de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation, la carence fautive de l'État à exécuter cette décision dans le délai imparti engage sa responsabilité au titre des troubles dans les conditions d'existence résultant du maintien de la situation qui a motivé la décision de la commission, que l'intéressé ait ou non fait usage du recours prévu par l'article L. 441-2-3-1 du code de la construction et de l'habitation. Ces troubles doivent être appréciés en fonction des conditions de logement qui ont perduré du fait de la carence de l'État, de la durée de cette carence et du nombre de personnes composant le foyer du demandeur pendant la période de responsabilité de l'État, qui court à l'expiration du délai de trois ou six mois à compter de la décision de la commission de médiation que l'article R. 441-16-1 du code de la construction et de l'habitation impartit au préfet pour provoquer une offre de logement. Dans le cas où le demandeur a été reconnu prioritaire au seul motif que sa demande de logement social n'a pas reçu de réponse dans le délai réglementaire, son maintien dans le logement où il réside ne peut être regardé comme entraînant des troubles dans ses conditions d'existence lui ouvrant droit à réparation que si ce logement est inadapté au regard, notamment, de ses capacités financières et de ses besoins. Par ailleurs, la circonstance que l'absence de relogement a contraint le demandeur à supporter un loyer manifestement disproportionné au regard de ses ressources, si elle ne peut donner lieu à l'indemnisation d'un préjudice pécuniaire égal à la différence entre le montant du loyer qu'il a payé durant cette période et celui qu'il aurait acquitté si un logement social lui avait été attribué, doit, si elle est établie, être prise en compte pour évaluer le préjudice résultant des troubles dans les conditions d'existence.

En ce qui concerne la faute :

4. La commission de médiation du département des Hauts-de-Seine a reconnu, le 4 septembre 2019, le caractère urgent et prioritaire de la demande de Mme A B, au motif qu'elle était dépourvue de logement et hébergée chez un particulier et qu'elle n'avait pas reçu de proposition de logement dans le délai fixé en application des dispositions de l'article L. 441-1-4 du code de la construction et de l'habitation. Toutefois, le préfet des Hauts-de-Seine n'a fait aucune offre de logement à Mme A B dans le délai de six mois qui a suivi cette décision, soit avant le 4 avril 2020. D'autre part, l'ordonnance du 17 décembre 2020, par laquelle le tribunal administratif de Cergy - Pontoise a enjoint au préfet des Hauts-de-Seine d'assurer le logement de Mme A B avant le 1er mars 2021 sous astreinte de 100 euros par mois n'a reçu aucune exécution.

5. Il résulte de ce qui précède que les carences fautives dont l'État a fait preuve dans la mise en œuvre de son obligation de relogement à l'égard de Mme A B sont établies.

En ce qui concerne l'évaluation des préjudices :

6. Il résulte de l'instruction que la requérante est devenue locataire en juillet 2019 de l'appartement dans lequel elle était précédemment hébergée par des tiers, qu'elle a occupé celui-ci jusqu'en novembre 2022, et qu'à cette date, elle a pris à bail un logement lié au contrat renouvelable de trois ans qu'elle a conclu avec l'État pour occuper un emploi permanent dans ses services, bail assorti d'une clause de reconduction tacite mais résiliable à la date ou elle perdrait cet emploi. Ce bail, ainsi couplé à un emploi permanent de l'État, lui assurait des perspectives de logement suffisamment stables pour que la situation locative de la requérante ne soit pas regardée comme précaire. Il résulte en outre de l'instruction que Mme A B acquittait entre 2019 et 2022 un loyer mensuel de 895 euros, manifestement disproportionné au regard de ses ressources, constituées de revenus de remplacement, n'excédant pas 1 125 euros par mois. Elle acquitte, depuis le mois de novembre 2022, un loyer de 534,46 euros pour un traitement de 1 568 euros, loyer n'étant par conséquent pas disproportionné au regard de ses ressources. Par suite, les conditions dans lesquelles Mme A B était logée jusqu'en novembre 2022 n'étaient pas adaptées à ses capacités financières. La requérante est, dès lors, fondée à soutenir que la carence fautive de l'État à assurer son relogement, à compter du 4 avril 2020, a entraîné des troubles dans ses conditions d'existence devant être réparés pour la période comprise entre cette date et le mois de novembre 2022.

7. Il résulte de ce qui précède que, compte tenu des conditions de logement de Mme A B qui ont perduré du fait de la carence de l'État, de la durée de cette carence et de la composition de son foyer, il sera fait une juste appréciation du préjudice subi en évaluant l'indemnisation due à la somme totale de 1 000 euros, tous intérêts confondus au jour du présent jugement.

Sur les frais liés au litige :

8. Mme A B a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle partielle. Par suite, son conseil peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 susmentionnée. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Brochard, conseil de Mme A B, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, de mettre à la charge de l'État le versement à Me Brochard de la somme de 500 euros et le versement à Mme A B d'une somme de 500 euros.

D É C I D E :

Article 1er : L'État est condamné à verser à Mme A B la somme de 1 000 euros, tous intérêts confondus au jour du présent jugement.

Article 2 : L'État versera la somme de 500 euros à Me Brochard, conseil de Mme A B, sous réserve qu'il renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État au titre de l'aide juridictionnelle, sur le fondement des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : L'État versera la somme de 500 euros à Mme A B sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme A B est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme C A B, à Me Brochard et à la ministre du logement et de la rénovation urbaine.

Copie en sera adressée au préfet des Hauts-de-Seine.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 septembre 2024.

Le magistrat désigné,

Signé

M. BaudeLa greffière,

Signé

C. Mas

La République mande et ordonne au à la ministre du logement et de la rénovation urbaine en ce qui la concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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N°2317274

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