Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2317306
jeudi 1 février 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2317306 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 27 décembre 2023, M. B A, représentée par Me Keles, demande au juge des référés, statuant sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-3 du code de justice administrative :
1°) d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine, sous astreinte de 200 euros par jour de retard, de le convoquer pour qu'il puisse déposer une demande de renouvellement de son titre de séjour, ainsi qu'une demande de carte de résident et de lui délivrer un récépissé l'autorisant à se maintenir légalement en France et à y travailler durant l'examen de son dossier ;
2°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la condition d'urgence est remplie dès lors qu'il se trouve dans l'impossibilité de déposer sa demande de renouvellement de son titre de séjour portant la mention " salarié ", ainsi que sa première demande de carte de résident ; depuis l'expiration de son titre de séjour le 2 octobre 2023, il ne dispose plus d'aucun droit au séjour et au travail et se retrouve en situation irrégulière ; il risque de perdre son emploi et ne disposera plus de ressources pour vivre ;
- la mesure sollicitée, qui ne se heurte à aucune contestation sérieuse, est utile dès lors qu'il se trouve dans l'impossibilité de déposer une demande de titre de séjour.
La requête a été communiquée au préfet des Hauts-de-Seine, qui n'a pas produit d'observations.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Amazouz, premier conseiller, en application des dispositions de l'article L. 511-2 du code de justice administrative, pour statuer sur les requêtes en référé.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissante tunisien né le 25 août 1984, s'est vu délivrer une carte de séjour pluriannuelle portant la mention " salarié ", valable du 3 octobre 2019 au 2 octobre 2023. A l'appui de sa requête, M. A demande au juge des référés, statuant sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine le convoquer pour qu'il puisse déposer une demande de renouvellement de son titre de séjour, ainsi qu'une demande de carte de résident et de lui délivrer un récépissé attestant du dépôt de sa demande.
Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :
2. Aux termes de l'article L. 521-3 du code de justice administrative : " En cas d'urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision ".
3. Eu égard aux conséquences qu'a sur la situation d'un étranger, notamment sur son droit à se maintenir en France et, dans certains cas, à y étudier, la détention du récépissé qui lui est en principe remis après l'enregistrement de sa demande et au droit qu'il a de voir sa situation examinée au regard des dispositions relatives au séjour des étrangers en France, il incombe à l'autorité administrative, après lui avoir fixé un rendez-vous, de le recevoir en préfecture et, si son dossier est complet, de procéder à l'enregistrement de sa demande, dans un délai raisonnable. Lorsque le rendez-vous ne peut être ne peut être demandé qu'après avoir procédé en ligne à des formalités préalables, il résulte de ce qui vient d'être dit que, si l'étranger établit qu'il n'a pu obtenir une date de rendez-vous, malgré plusieurs tentatives n'ayant pas été effectuées la même semaine, il peut demander au juge des référés, saisi sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, d'enjoindre au préfet de lui communiquer, dans un délai qu'il fixe, une date de rendez-vous. Il appartient alors au juge des référés d'apprécier et de motiver l'urgence compte tenu de l'incidence immédiate du dysfonctionnement sur la situation concrète de l'intéressé. La condition d'urgence est ainsi en principe constatée dans le cas d'une demande de renouvellement d'un titre de séjour. Dans les autres cas, il appartient au requérant de justifier de circonstances particulières caractérisant la nécessité pour lui d'obtenir rapidement ce rendez-vous. Si la situation de l'étranger le justifie, le juge peut préciser le délai maximal dans lequel celui-ci doit avoir lieu. Il fixe un délai bref en cas d'urgence particulière.
4. M. A fait valoir sans être contesté par le préfet des Hauts-de-Seine, qui n'a pas produit de mémoire en défense, qu'après avoir obtenu un rendez-vous en vue de solliciter le renouvellement de son titre de séjour le 10 octobre 2023, dont il produit la confirmation de rendez-vous, l'agent de la préfecture l'a invité à renouveler sa démarche en raison d'une erreur de la catégorie de titre de séjour sélectionnée. Le requérant justifie, par les pièces produites à l'appui de sa requête, avoir tenté depuis cette date d'obtenir un rendez-vous auprès de la préfecture des Hauts-de-Seine pour déposer une demande de renouvellement de son titre de séjour, en vain. Dans ces conditions, la demande de M. A présente un caractère utile, en l'absence d'autres voies permettant à l'intéressé de déposer sa demande et de réponse apportée à ses nombreuses sollicitations.
5. L'absence de possibilité de faire enregistrer sa demande de renouvellement de son titre de séjour dans un délai raisonnable a pour effet de placer l'intéressé en situation irrégulière et faire obstacle à l'instruction de son dossier, alors que son employeur lui a demandé de lui transmettre son nouveau titre de séjour. La mesure sollicitée revêt donc un caractère urgent.
6. Enfin, il ne résulte pas de l'instruction que la demande présentée par M. A ferait obstacle à l'exécution d'une décision administrative.
7. Il résulte de tout ce qui précède qu'il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine de lui fixer un rendez-vous pour qu'il puisse déposer sa demande de renouvellement de son titre de séjour, dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la présente ordonnance, sans qu'il y ait lieu, à ce stade, d'assortir cette injonction d'une astreinte. Il n'y a pas lieu en revanche d'enjoindre au préfet de délivrer au requérant un récépissé de demande de titre de séjour, dès lors que cette délivrance est conditionnée au caractère complet du dossier effectivement déposé en préfecture.
Sur les frais liés au litige :
8. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'État une somme de 800 euros au titre des frais exposés par M. A et non compris dans les dépens.
O R D O N N E :
Article 1er : Il est enjoint au préfet des Hauts-de-Seine de délivrer à M. A, dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la présente ordonnance, une convocation afin de lui permettre de faire enregistrer sa demande de renouvellement de son titre de séjour.
Article 2 : L'État versera à M. A une somme de 800 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A et au ministre de l'intérieur et des outre-mer. Copie en sera adressée au préfet des Hauts-de-Seine.
Fait à Cergy, le 1er février 2024.
Le juge des référés,
signé
S. Amazouz
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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