Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2317320

mercredi 22 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2317320
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 26 décembre 2023 et 9 avril 2024, ainsi qu'une pièce complémentaire, enregistrée le 18 avril 2024, M. D B, représenté par Me Caron, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 23 juin 2023 par laquelle la commission de médiation du département du Val-d'Oise a rejeté son recours amiable tendant à la reconnaissance du caractère prioritaire et urgent de sa demande de logement, ensemble la décision du 8 septembre 2023 de rejet de son recours gracieux ;

2°) d'enjoindre à l'État de reconnaitre le caractère prioritaire et urgent de sa demande de logement social ou, à défaut, de réexaminer son recours amiable dans le délai de quinze jours à compter de la décision à intervenir sous astreinte de 500 euros par jours de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 3 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Vu :

- la décision par laquelle le président du tribunal administratif a désigné Mme Monteagle, première conseillère, pour signer les ordonnances visées à l'article R. 222-1 du code de justice administrative ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la construction et de l'habitation ;

- le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " () les présidents de formation de jugement des tribunaux et des cours peuvent, par ordonnance : () 7° Rejeter, après l'expiration du délai de recours ou, lorsqu'un mémoire complémentaire a été annoncé, après la production de ce mémoire, les requêtes ne comportant que des moyens de légalité externe manifestement infondés, des moyens irrecevables, des moyens inopérants ou des moyens qui ne sont assortis que de faits manifestement insusceptibles de venir à leur soutien ou ne sont manifestement pas assortis des précisions permettant d'en apprécier le bien-fondé () ".

2. En premier lieu et d'une part, si M. B soutient que la décision du 23 juin 2023 n'est pas signée, il ressort de la 2ème page de cette décision, que M. B a produit après une mesure de régularisation diligentée par le présent tribunal, qu'elle comporte bien la signature de la présidente de la commission de médiation du département du Val-d'Oise. D'autre part l'arrêté n° DDCS-95-A-426 du 2 janvier 2020, modifiant l'arrêté n° DDCS-95-1-2019-052 fixant la composition de la commission de médiation du département du Val-d'Oise, publiée au recueil départemental des actes administratifs, disponible sur le site Internet de la préfecture du Val-d'Oise, nomme Mme C A, signataire des deux décisions attaquées, présidente de la commission de médiation du Val-d'Oise. Dès lors, les moyens tirés du vice de forme et du vice de compétence sont manifestement infondés.

3. En second et dernier lieu, aux termes de l'article L. 300-1 du code de la construction et de l'habitation : " Le droit à un logement décent et indépendant () est garanti par l'État à toute personne qui, résidant sur le territoire français de façon régulière et dans des conditions de permanence définies par décret en Conseil d'État, n'est pas en mesure d'y accéder par ses propres moyens ou de s'y maintenir. Ce droit s'exerce par un recours amiable puis, le cas échéant, par un recours contentieux () ". L'article L. 441-2-3 du même code dispose que : " () II.- La commission de médiation peut être saisie par toute personne qui, satisfaisant aux conditions réglementaires d'accès à un logement locatif social, n'a reçu aucune proposition adaptée en réponse à sa demande de logement dans le délai fixé en application de l'article L. 441-1-4. / Elle peut être saisie sans condition de délai lorsque le demandeur, de bonne foi, est dépourvu de logement, menacé d'expulsion sans relogement, hébergé ou logé temporairement dans un établissement ou un logement de transition, un logement-foyer ou une résidence hôtelière à vocation sociale, logé dans des locaux impropres à l'habitation ou présentant un caractère insalubre ou dangereux. Elle peut également être saisie, sans condition de délai, lorsque le demandeur est logé dans des locaux manifestement suroccupés ou ne présentant pas le caractère d'un logement décent, s'il a au moins un enfant mineur, s'il présente un handicap au sens de l'article L. 114 du code de l'action sociale et des familles ou s'il a au moins une personne à charge présentant un tel handicap. () ". Ces dispositions sont précisées par celles de l'article R. 441-14-1 du même code, qui disposent que : " La commission, saisie sur le fondement du II ou du III de l'article L. 441-2-3, se prononce sur le caractère prioritaire de la demande et sur l'urgence qu'il y a à attribuer au demandeur un logement () en tenant compte notamment des démarches précédemment effectuées dans le département ou en Ile-de-France dans la région. Peuvent être désignées par la commission comme prioritaires et devant être logées d'urgence en application du II de l'article L. 441-2-3 les personnes de bonne foi qui satisfont aux conditions réglementaires d'accès au logement social qui se trouvent dans l'une des situations prévues au même article et qui répondent aux caractéristiques suivantes : () - être dépourvues de logement. Le cas échéant, la commission apprécie la situation du demandeur logé ou hébergé par ses ascendants en tenant notamment compte de son degré d'autonomie, de son âge, de sa situation familiale et des conditions de fait de la cohabitation portées à sa connaissance ; () - être handicapées, ou avoir à leur charge une personne en situation de handicap, ou avoir à leur charge au moins un enfant mineur, et occuper un logement soit présentant au moins un des risques pour la sécurité ou la santé énumérés à l'article 2 du décret du 30 janvier 2002 ou auquel font défaut au moins deux des éléments d'équipement et de confort mentionnés à l'article 3 du même décret, soit d'une surface habitable inférieure aux surfaces mentionnées à l'article R. 822-25, ou, pour une personne seule, d'une surface inférieure à celle mentionnée au premier alinéa de l'article 4 du même décret. () ".

4. Il résulte de ces dispositions que, pour être désigné comme prioritaire et devant se voir attribuer d'urgence un logement social, le demandeur doit être de bonne foi, satisfaire aux conditions réglementaires d'accès au logement social et justifier qu'il se trouve dans une des situations prévues au II de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation et qu'il satisfait à un des critères définis à l'article R. 441-14-1 de ce code. Dès lors que l'intéressé remplit ces conditions, la commission de médiation doit, en principe, reconnaître le caractère prioritaire et urgent de sa demande.

5. D'une part, la commission de médiation du département du Val-d'Oise a rejeté le recours amiable et le recours gracieux de M. B au motif que sa demande de logement social était récente au regard du délai d'attente minimal de trois années fixé dans le département. M. B, qui est représenté par un avocat, ne conteste pas ce premier motif.

6. D'autre part, la commission de médiation du Val-d'Oise a rejeté les recours de M. B comme irrecevable au motif que le recours amiable de l'intéressé comportait de nombreuses incohérences entre les informations qu'il donnait dans son recours amiable et celles qu'il avait transmises à la caisse d'allocations familiales (CAF) du Val-d'Oise, quant à son adresse et sa situation conjugale, ne permettant pas à la commission de se prononcer en toute connaissance de cause sur sa situation. Pour contester ce motif, si M. B soutient qu'il a clarifié sa situation lors de la présentation de son recours gracieux et que la commission de médiation a entaché sa décision d'une erreur de fait en estimant que les incohérences de son dossier étaient encore présentes à ce stade. Toutefois il ne précise pas les modifications qu'il aurait obtenues auprès de la CAF dont il se réclame en des termes très peu circonstanciés tant dans sa requête que dans son recours gracieux du 3 août 2023, ni ne produit devant le tribunal aucune pièces précisant les modifications qu'il aurait obtenues en vue de clarifier sa situation. Par suite, son moyen n'est manifestement pas assorti des précisions suffisantes permettant d'en apprécier le bien-fondé.

7. Par ailleurs, si la commission de médiation a également recommandé à M. B de solliciter d'autres dispositifs, telle la labellisation au titre du plan départemental d'action pour le logement et l'hébergement des personnes défavorisées ou le dispositif Action logement, ces conseils ne constituent pas des motifs de refus et leur contestation par M. B est donc inopérante.

8. Enfin, le requérant se borne à rappeler qu'il est dépourvu de logement, atteint d'une pathologie aggravée par sa situation au regard du logement et dans l'impossibilité d'exercer son droit de garde. Toutefois, ces circonstances sont sans incidence sur la décision attaquée au regard des motifs qui y figurent et qui ont été rappelés aux points 5 et 6.

9. Dès lors, M. B n'assortit sa requête que de moyens de légalité externe manifestement infondés, de moyens qui ne sont manifestement pas assortis des précisions suffisantes permettant d'en apprécier le bien-fondé ou qui ne sont assortis que de faits manifestement insusceptibles de venir à leur soutien au regard des motifs que la commission de médiation lui a opposés.

10. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. B doit être rejetée dans toutes ses conclusions en application des dispositions précitées du 7° de l'article R. 222-1 du code de justice administrative.

Par ces motifs, le tribunal ordonne :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. D B et au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires.

Copie sera délivrée au préfet du Val-d'Oise.

Fait à Cergy le 22 mai 2024.

La magistrate désignée,

M. Monteagle

La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.