Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2317367
jeudi 8 février 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2317367 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | Reconduite à la frontière |
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires complémentaires, enregistrés les 28 décembre 2023, 29 décembre 2023 et 29 janvier 2024, Mme A D, représentée par Me Chartier, demande au tribunal :
1°) de l'admettre, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;
2°) d'annuler l'arrêté du 27 novembre 2023 par lequel le préfet du Val-d'Oise lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi ;
3°) d'enjoindre au préfet territorialement compétent de réexaminer sa situation et, dans l'attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2000 euros à verser à son conseil en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve qu'elle renonce à percevoir la part contributive de l'Etat versée au titre de l'aide juridictionnelle, ou à défaut d'admission définitive à l'aide juridictionnelle, à lui verser directement cette somme sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- l'arrêté en litige a été signé par une autorité incompétente ;
- il est entaché d'un défaut d'examen particulier de sa situation personnelle ;
- il méconnait l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- il est entaché d'une erreur de fait et de droit au regard des dispositions des articles L. 542-2 et L. 542-3 code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- il méconnait le 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- il méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- il méconnait l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- il est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
Par un mémoire en défense enregistré le 28 janvier 2024, le préfet du Val-d'Oise conclut au rejet de la requête et transmet les pièces utiles du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Robert, magistrat désigné ;
- les observations de Me Chartier, représentant Mme A D, qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens ;
- le préfet du Val-d'Oise n'étant ni présent ni représenté.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. Mme C A D, ressortissante congolaise né le 21 mars 1982, déclare être entrée sur le territoire français le 1er septembre 2021. La qualité de réfugié lui a été refusée par une décision de l'Office français pour les réfugiés et les apatrides (OFPRA) du 19 novembre 2021, notifiée le 10 décembre 2021, confirmée par une décision de la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) du 17 mars 2022, notifiée le 25 mars 2022. La demande de réexamen présentée le 12 septembre 2023 a été déclarée irrecevable par une décision de l'OFPRA du 13 septembre 2023, notifiée le 20 septembre 2023. Par un arrêté du 27 novembre 2023, dont Mme C A D demande l'annulation, le préfet du Val-d'Oise lui a fait obligation de quitter le territoire et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être éloignée.
Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi susvisée du 10 juillet 1991 susvisée : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président. ".
3. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce et eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête de Mme A D, de prononcer l'admission provisoire de l'intéressée à l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
4. En premier lieu, par arrêté n° 23-064 du 14 novembre 2023 régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture des du même jour, le préfet a donné délégation à Mme E B, adjointe à la cheffe du bureau de l'intégration et des naturalisations, à l'effet de signer toutes décisions portant obligation de quitter le territoire français, fixant le pays de destination. Le moyen tiré de l'incompétence du signataire des décisions attaquées manque ainsi en fait et doit, par suite, être écarté.
5. En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet du Val-d'Oise n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation de Mme A D avant de prendre l'arrêté en litige. Sur ce point, la circonstance qu'un des considérants de l'arrêté attaqué mentionne une date de naissance erronée de la requérante constitue une simple erreur de plume sans incidence sur sa légalité. Par suite, le moyen tiré de l'absence d'examen de sa situation personnelle doit être écarté.
6. En troisième lieu, les stipulations de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne s'adressent non pas aux États membres, mais uniquement aux institutions, organes et organismes de l'Union. Ainsi, le moyen tiré de leur violation par une autorité d'un État membre est inopérant. Toutefois, il résulte de la jurisprudence de la Cour de justice de l'Union européenne qu'une atteinte au droit d'être entendu n'est susceptible d'affecter la régularité de la procédure à l'issue de laquelle une décision faisant grief est prise que si la personne concernée a été privée de la possibilité de présenter des éléments pertinents qui auraient pu influer sur le contenu de la décision.
7. En l'espèce, il ressort des pièces que Mme A D a eu la possibilité, dans le cadre de sa demande d'admission au séjour en qualité de réfugié, de porter à la connaissance de l'administration l'ensemble des informations relatives à sa situation dont elle souhaitait se prévaloir. En outre, il ne ressort nullement des pièces du dossier que l'intéressée aurait été empêchée de porter à la connaissance du préfet toute information qu'elle aurait estimée utile et susceptible d'avoir une incidence sur l'édiction de la mesure querellée. Dans ces conditions, la requérante n'est pas fondée à soutenir que le préfet a méconnu son droit d'être entendu avant l'édiction de la décision attaquée.
8. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 541-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'attestation délivrée en application de l'article L. 521-7, dès lors que la demande d'asile a été introduite auprès de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, vaut autorisation provisoire de séjour et est renouvelable jusqu'à ce que l'office et, le cas échéant, la Cour nationale du droit d'asile statuent ". Aux termes de l'article L. 542-2 du même code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 542-1, le droit de se maintenir sur le territoire français prend fin: 1° Dès que l'Office français de protection des réfugiés et apatrides a pris les décisions suivantes: a) une décision d'irrecevabilité prise en application des 1° ou 2° de l'article L. 531-32; b) une décision d'irrecevabilité en application du 3° de l'article L. 531-32, en dehors du cas prévu au b du 2° du présent article; c) une décision de rejet ou d'irrecevabilité dans les conditions prévues à l'article L. 753-5; () ". Aux termes de l'article L. 542-3 du même code : " Lorsque le droit au maintien sur le territoire français a pris fin dans les conditions prévues aux articles L. 542-1 ou L. 542-2, l'attestation de demande d'asile peut être refusée, retirée ou son renouvellement refusé (). ".
9. Mme A D soutient qu'elle dispose d'un droit au maintien, dès lors que la décision rendue par la CNDA ne lui aurait pas été notifiée. Toutefois, il ressort du relevé des informations de la base de données " Telemofpra ", produit par le préfet du Val-d'Oise, dont les mentions font foi jusqu'à preuve du contraire, que la qualité de réfugié lui a été refusée par une décision de l'OFPRA du 19 novembre 2021, notifiée le 10 décembre 2021, et que la décision par laquelle la CNDA a rejeté son recours contre cette décision a été lue en audience publique le 17 mars 2022 et a été, au surplus, notifiée à la requérante le 25 mars 2022. Dans ces conditions, Mme A D ne disposait plus ainsi d'un droit au maintien sur le territoire français à la date d'édiction de l'arrêté attaqué. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de son droit au maintien sur le territoire français garanti par les dispositions des articles L. 541-1 et L. 541-2 précités doit être écarté.
10. En cinquième lieu, aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : () 9° L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié ".
11. En l'espèce, Si Mme A D fait valoir qu'elle souffre de diabète et d'un papillomavirus, il ne ressort pas des pièces du dossier que l'état de santé de la requérante, qui n'a pas sollicité de titre de séjour en qualité d'étranger malade, nécessiterait une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qu'elle ne pourrait pas bénéficier d'un traitement approprié à ses pathologies dans son pays d'origine. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées ne peut qu'être écarté.
12. En sixième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
13. Si Mme A D fait valoir qu'elle réside en France depuis septembre 2021, elle est célibataire, sans enfant, et ne démontre pas avoir noué des liens d'une particulière intensité au cours des années de présence dont elle se prévaut. En outre, elle ne démontre pas une particulière intégration au sein de la société française. Enfin, il ressort des pièces du dossier qu'elle n'est pas dépourvue d'attaches dans son pays d'origine où elle a vécu jusqu'à l'âge de 39 ans au moins et où résident notamment ses deux frères et ses trois sœurs. Dans ces conditions, Mme A D n'est pas fondée à soutenir que le préfet aurait porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels sa décision a été prise. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.
14. En septième lieu, les moyens tirés de la méconnaissance de l'article L. 513-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, qui ne sont opérants qu'à l'encontre de la décision fixant le pays de destination, ne sont pas assortis des précisions permettant d'en apprécier le bien-fondé et doivent, dès lors, être écartés. Au demeurant, comme exposé aux points précédents, la demande d'asile de la requérante a été rejetée tant par l'OFPRA que par la CNDA et sa demande de réexamen a été déclarée irrecevable.
15. En huitième lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés aux points 7, 9, 11 et 13, Mme A D n'est pas fondée à soutenir que le préfet du Val-d'Oise a entaché son arrêté d'une erreur manifeste d'appréciation.
16. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par Mme A D doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction sous astreinte et celles présentées au titre des frais de l'instance.
D E C I D E :
Article 1er : Mme A D est admise, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Article 2 : La requête de Mme A D est rejetée.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C A D et au préfet du Val-d'Oise.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 février 2024.
Le magistrat désigné,
signé
D. Robert Le greffier,
signé
M. F
La République mande et ordonne au préfet du Val-d'Oise en ce qui le concerne et à tous les commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°23173670
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