Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2317481

jeudi 6 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2317481
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème Chambre

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 29 décembre 2023, M. B A, représenté par Me Cukier, doit être regardé comme demandant au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 22 novembre 2023 par lequel le préfet du Val-d'Oise a rejeté sa demande de renouvellement de titre de séjour portant la mention " salarié " et l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours ;

2°) d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " salarié ", ou, à défaut, de réexaminer sa situation, dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, et, dans l'attente, de le munir d'une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

En ce qui concerne la décision portant refus de renouvellement de titre de séjour :

- elle a été signée par une autorité incompétente ;

- elle est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle est entachée d'une erreur de droit dès lors que sa situation relevait de l'article 3 de l'accord franco-sénégalais qui n'est pas visé dans l'arrêté attaqué ;

- elle méconnaît la circulaire du 12 juillet 2021 " Travailleurs étrangers et autorisation de travail - modalités d'application des dispositions du code du travail " ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle et professionnelle.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est illégale en conséquence de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour sur laquelle elle se fonde.

Par un mémoire en défense, enregistré le 7 février 2024, le préfet du Val-d'Oise informe le tribunal qu'il maintient sa décision et transmet les pièces constitutives du dossier.

Il fait valoir que les moyens ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 16 janvier 2024, la clôture d'instruction a été fixée au 18 mars 2024 à 12 heures.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement de la République sénégalaise relative à la circulation et au séjour des personnes, signée à Dakar le 1er août 1995 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Cordary, première conseillère ;

- et les observations de Me Cuckier, représentant M. A.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant sénégalais né le 15 mai 1981, est entré sur le territoire français le 25 novembre 2008 et a été muni de cartes de séjour temporaires portant la mention " salarié ", dont la dernière était valable jusqu'au 14 avril 2023. Par la présente requête, M. A demande au tribunal l'annulation de l'arrêté du 22 novembre 2023 par lequel le préfet du Val-d'Oise a refusé de faire droit à sa demande de renouvellement de son titre de séjour et l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. M. A soutient sans être contesté par le préfet du Val-d'Oise qu'il a demandé le renouvellement de son titre de séjour en qualité de travailleur temporaire. En se bornant à examiner sa demande à l'aune des dispositions de l'article L. 421-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, fondement au demeurant erroné dès lors que M. A relève de l'accord franco-sénégalais, le préfet a entaché sa décision d'un défaut d'examen et commis ce faisant une erreur de droit.

3. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de statuer sur les autres moyens de la requête, que la décision du 22 novembre 2023 portant refus de renouvellement du titre de séjour de M. A doit être annulée. Il en va de même, par voie de conséquence, de la décision du même jour portant obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

4. Eu égard au motif d'annulation retenu, il y a lieu d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise de réexaminer la demande de titre de séjour de M. A, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, en le munissant, dans cette attente, d'une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler.

Sur les frais liés au litige :

5. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Par ces motifs, le tribunal décide :

Article 1er : Les décisions du 22 novembre 2023 par lesquelles le préfet du Val-d'Oise a rejeté la demande de renouvellement du titre de séjour de M. A et l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours sont annulées.

Article 2 : Il est enjoint au préfet du Val-d'Oise de réexaminer la demande de titre de séjour de M. A dans un délai de deux mois et de lui délivrer, dans cette attente, une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler.

Article 3 : L'Etat versera à M. A la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet du Val-d'Oise.

Délibéré après l'audience du 23 mai 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Oriol, présidente, Mme Cordary, première conseillère, et Mme Gay-Heuzey, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 juin 2024.

La rapporteure,

Signé

C. CORDARY

La présidente,

Signé

C. ORIOLLa greffière,

Signé

V. RICAUD

La République mande et ordonne au préfet du Val-d'Oise en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour ampliation,

La greffière