Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2317493
lundi 29 avril 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2317493 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 4ème Chambre |
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés le 30 décembre 2023 et le 22 février 2024, M. B A, représenté par Me Ménage, doit être regardé comme demandant au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 23 novembre 2023 par lequel le préfet du Val-d'Oise a refusé de renouveler son titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours en fixant le pays de renvoi et l'a obligé à remettre son passeport ;
2°) d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise de lui délivrer un titre de séjour " recherche d'emploi ou création d'entreprise " ou à défaut " salarié ", ou de procéder au réexamen de sa situation, dans un délai de deux mois à compter de la présente décision, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, et de lui délivrer dans l'attente une autorisation provisoire de séjour ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :
- elle est signée par une autorité incompétente ;
- elle est entachée d'un défaut de motivation ;
- elle est entachée d'un vice de procédure ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 422-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant à sa situation personnelle et à son insertion professionnelle ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- par voie d'exception, elle est illégale dès lors qu'elle est fondée sur la décision de refus de titre de séjour qui est entachée d'illégalité ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :
- par voie d'exception, elle est illégale dès lors qu'elle est fondée sur une décision illégale.
En ce qui concerne la décision portant obligation de remise de passeport :
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire enregistré le 15 février 2024, le préfet du Val-d'Oise conclut au rejet de la requête.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'accord franco-marocain en matière de séjour et d'emploi du 9 octobre 1987 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 15 avril 2024 :
- le rapport de Mme Bories ;
- et les observations de Me Ngoto, substituant Me Ménage, représentant M. A, présent.
Considérant ce qui suit :
1. M. B A, ressortissant marocain né le 10 novembre 1995, est entré en France le 28 août 2016 sous couvert d'un visa long séjour puis a été mis en possession de titres de séjour en qualité d'étudiant, dont le dernier était valable jusqu'au 4 novembre 2019. M. A a présenté une demande de titre de séjour le 15 juillet 2020, complétée le 5 avril 2022. Par un arrêté du 23 novembre 2023, le préfet du Val-d'Oise a rejeté cette demande, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours en fixant le pays de destination et l'a obligé à remettre son passeport aux autorités françaises. M. A demande l'annulation de cet arrêté.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. Aux termes des dispositions de l'article L. 422-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger titulaire d'une assurance maladie qui justifie soit avoir été titulaire d'une carte de séjour temporaire ou pluriannuelle portant la mention " étudiant " délivrée sur le fondement des articles L. 422-1, L. 422-2 ou L. 422-6 et avoir obtenu dans un établissement d'enseignement supérieur habilité au plan national un diplôme au moins équivalent au grade de master ou figurant sur une liste fixée par décret, soit avoir été titulaire d'une carte de séjour pluriannuelle portant la mention " talent-chercheur " délivrée sur le fondement de l'article L. 421-14 et avoir achevé ses travaux de recherche, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " recherche d'emploi ou création d'entreprise " d'une durée d'un an dans les cas suivants : 1° Il entend compléter sa formation par une première expérience professionnelle, sans limitation à un seul emploi ou à un seul employeur ; 2° Il justifie d'un projet de création d'entreprise dans un domaine correspondant à sa formation ou à ses recherches. ".
3. Pour refuser de délivrer un titre de séjour à M. A, le préfet du Val-d'Oise s'est fondé sur la circonstance qu'il n'entrait pas dans le champ d'application de l'article 3 de l'accord franco-marocain, qu'il ne justifiait pas de motifs exceptionnels ou de considérations humanitaires lui permettant d'être admis exceptionnellement au séjour au titre de son travail ou de sa vie privée et familiale, et qu'il ne démontrait pas non plus pouvoir bénéficier des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il ressort toutefois des pièces du dossier qu'avant de déposer une demande au titre de l'admission exceptionnelle au séjour le 15 avril 2022, M. A, ayant obtenu son diplôme de Master 2 en Logistique en octobre 2019, avait déposé une demande d'autorisation provisoire de séjour afin d'obtenir un titre de séjour " recherche d'emploi ou création d'entreprise " pour lequel il avait obtenu un rendez-vous avec les services de la préfecture du Val-d'Oise le 27 mars 2020, annulé en raison de la pandémie de Covid-19. M. A a alors déposé, le 15 juillet 2020, une seconde demande d'autorisation provisoire de séjour pour un titre de séjour " recherche d'emploi ou création d'entreprise ", dont la préfecture a accusé réception par courrier électronique le 4 janvier 2021. En réponse à ses nombreuses relances, les services de la préfecture ont orienté le requérant, par un courrier électronique du 29 mars 2021, vers une demande d'admission exceptionnelle au séjour en qualité de salarié, laquelle a été enregistrée le 5 avril 2022. Il ressort ainsi des pièces du dossier que si M. A a sollicité un titre de séjour en qualité de salarié, il avait préalablement demandé à ce que sa situation soit examinée au titre des dispositions de l'article L. 422-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et qu'il ne peut être regardé comme ayant renoncé à cette demande. Le préfet du Val-d'Oise n'ayant pas, aux termes de l'arrêté attaqué, examiné la situation du requérant à cet égard, M. A est fondé à soutenir qu'il n'a pas été procédé à l'examen complet de sa demande. Par suite, et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, M. A est fondé à demander l'annulation de cette décision. Il en va de même, par voie de conséquence, de l'obligation qui lui a été faite de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et ayant fixé le pays de renvoi, ainsi que de l'obligation de remise de son passeport.
Sur les conclusions aux fins d'injonction :
4. Eu égard au motif de l'annulation prononcée par le présent jugement, il y a seulement lieu d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise, ou au préfet territorialement compétent, de procéder au réexamen de la situation de M. A dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sans qu'il soit besoin d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais de l'instance :
5. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros à verser à M. A.
Par ces motifs, le tribunal décide :
Article 1er : L'arrêté du préfet du Val-d'Oise du 23 novembre 2023 est annulé.
Article 2 : Il est enjoint au préfet du Val-d'Oise, ou au préfet territorialement compétent, de procéder au réexamen de la demande de M. A dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : L'Etat versera à M. A une somme de 1 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet du Val-d'Oise.
Délibéré après l'audience du 15 avril 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Bories, présidente,
M. Bourragué, premier conseiller,
Mme Goudenèche, conseillère,
Assistés de Mme Nimax, greffière.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 avril 2024.
La présidente-rapporteur,
signé
C. Bories
L'assesseur le plus ancien,
signé
S. BourraguéLa greffière,
signé
S. NimaxLa République mande et ordonne au préfet du Val-d'Oise en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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