Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2400043
mardi 20 février 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2400043 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | Reconduite à la frontière |
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés respectivement les 3 janvier et 5 février 2024, M. B A, représenté par Me Samba, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 1er janvier 2024 par lequel le préfet du Val-d'Oise l'a obligé à quitter le territoire français sans délai de départ volontaire, a fixé le pays de destination et lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée d'un an ;
2°) d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise de lui délivrer une carte de séjour temporaire ou à défaut de réexaminer sa situation personnelle et de lui délivrer dans l'intervalle une autorisation provisoire de séjour, dans les deux cas sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1500 euros au titre de l'article
L. 761-1 du code de justice administrative.
M. A soutient que :
S'agissant de la décision portant refus de séjour :
- le refus de séjour est insuffisamment motivé ;
- il est entaché d'un défaut d'examen ;
- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation et méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme ;
S'agissant de l'obligation de quitter le territoire :
- la décision est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée de défaut d'examen ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation en ce que, prise sur le fondement du 2° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, elle méconnait l'article 19 de la convention d'application de l'accord de Schengen, qui permet à un étranger titulaire d'un visa délivré par l'un des Etats contractants à l'accord, de circuler sur le territoire des autres Etats contractants pendant trois mois maximum ;
- l'arrêté est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation et méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme ;
S'agissant du refus d'octroi d'un délai de départ volontaire :
- la décision est insuffisamment motivée ;
- elle repose sur des erreurs de fait et de droit dans la mesure où il est entré avec un visa italien en cours de validité sur le territoire français ;
- elle est manifestement disproportionnée ;
- elle est illégale en raison de l'illégalité de la mesure d'éloignement ;
S'agissant de la décision fixant le pays de destination :
- la décision est insuffisamment motivée car elle méconnait son droit au retour en Italie ;
- la décision est illégale du fait de l'illégalité de la mesure d'éloignement.
Le préfet du Val d'Oise, à qui la requête a été communiquée, n'a pas présenté d'observations en défense ;
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention d'application de l'accord de Schengen du 19 juin 1990 ;
- le règlement (UE) 2018/1806 du Parlement européen et du Conseil du 14 novembre 2018 fixant la liste des pays tiers dont les ressortissants sont soumis à l'obligation de visa pour franchir les frontières extérieures des États membres et la liste de ceux dont les ressortissants sont exemptés de cette obligation
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Bories, premier conseiller, pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l'article R.776-13-3 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience publique.
A été entendu, au cours de l'audience publique du 13 février 2024, en l'absence des parties ou de leur représentant :
- le rapport de M. Bories, magistrat désigné, qui a soulevé :
- l'irrecevabilité des conclusions dirigées contre le refus de séjour, alors que le requérant n'a pas demandé de titre de séjour et que le préfet n'a prononcé aucun refus de titre ;
- une substitution de base légale des dispositions du 2° de l'article L. 611-1 du Code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, par celles du 1° du même article.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. B A, ressortissant marocain né le 18 novembre 1999, a été interpellé le 31 décembre 2023, à la suite d'un refus d'obtempérer, en possession d'un visa de long séjour délivré par les autorités italiennes, valable du 23 juin 2023 au 6 juillet 2024 ; par un arrêté du 1er janvier 2024, le préfet du Val-d'Oise a pris à son encontre une obligation de quitter le territoire sans délai sur le fondement du 2° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, assorti d'un renvoi de l'intéressé dans son pays d'origine et d'une interdiction de retour d'une durée d'un an, arrêté dont M. A demande l'annulation.
Sur les conclusions dirigées contre un prétendu refus de séjour :
2. M. A conclut dans ses deux mémoires à l'annulation du refus de séjour qui assortirait la mesure d'éloignement litigieuse et soulève à cette occasion plusieurs moyens de droit, repris ensuite contre l'obligation de quitter le territoire ; toutefois, comme le magistrat désigné l'a soulevé d'office lors de l'audience publique, le requérant, interpellé par accident, n'a pas déposé de demande de titre de séjour et l'arrêté attaqué ne comporte aucune décision de refus de séjour ; partant, ses conclusions tendant à l'annulation d'un acte qui n'existe pas sont irrecevables et doivent être rejetées.
Sur les conclusions dirigées contre l'obligation de quitter le territoire français :
3. En premier lieu, contrairement à ce qui est soutenu, la décision est suffisamment motivée en droit et en fait et mentionne le visa italien de l'intéressé ; ce moyen doit être écarté.
4. En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet du Val-d'Oise aurait manqué à son obligation de procéder à un examen particulier de la situation personnelle de M. A ; ce moyen doit être écarté ;
5. En troisième lieu, M. A soutient que la décision est illégale dans la mesure où elle méconnait l'article 19 de la convention d'application des accords de Schengen, qui prévoit que "1. Les étrangers titulaires d'un visa uniforme qui sont entrés régulièrement sur le territoire de l'une des Parties contractantes peuvent circuler librement sur le territoire de l'ensemble des Parties contractantes pendant la durée de validité du visa, pour autant qu'ils remplissent les conditions d'entrée visées à l'article 5, paragraphe 1, points a, c, d et e () 4. Les dispositions du présent article s'appliquent sans préjudice des dispositions de l'article 22" . Ce moyen doit être regardé comme soulevant l'erreur de droit que le préfet aurait commise, et non une erreur manifeste d'appréciation.
6. L'article 22 de la convention d'application des accords de Schengen prévoit que : " 1. Les étrangers entrés régulièrement sur le territoire d'une des Parties contractantes sont tenus de se déclarer, dans les conditions fixées par chaque Partie contractante, aux autorités compétentes de la Partie contractante sur le territoire de laquelle ils pénètrent. Cette déclaration peut être souscrite au choix de chaque Partie contractante, soit à l'entrée, soit, dans un délai de trois jours ouvrables à partir de l'entrée, à l'intérieur du territoire de la Partie contractante sur lequel ils pénètrent. () ". Aux termes de l'article L. 621-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger en provenance directe du territoire d'un État partie à la convention signée à Schengen le 19 juin 1990 peut se voir appliquer les dispositions de l'article L. 621-2 lorsqu'il est entré ou a séjourné sur le territoire français sans se conformer aux stipulations des paragraphes 1 et 2 de l'article 19, du paragraphe 1 de l'article 20, et des paragraphes 1 et 2 de l'article 21, de cette convention, relatifs aux conditions de circulation des étrangers sur les territoires des parties contractantes, ou sans souscrire, au moment de l'entrée sur ce territoire, la déclaration obligatoire prévue par l'article 22 de la même convention, alors qu'il était astreint à cette formalité ". L'article R. 621-2 du même code dispose que : " Sous réserve des dispositions de l'article R. 621-4, l'étranger souscrit la déclaration d'entrée sur le territoire français mentionnée à l'article L. 621-3 auprès des services de la police nationale ou, en l'absence de tels services, des services des douanes ou des unités de la gendarmerie nationale. À cette occasion, il lui est remis un récépissé qui peut être délivré par apposition d'une mention sur le document de voyage. / Les modalités d'application du présent article, et notamment les mentions de la déclaration et son lieu de souscription, sont fixées par arrêté conjoint du ministre de l'intérieur et du ministre chargé de l'immigration ". L'article R. 621-3 de ce code dispose que : " La production du récépissé mentionné au premier alinéa de l'article R. 621-2 permet à l'étranger soumis à l'obligation de déclaration de justifier, à toute réquisition d'une autorité compétente, qu'il a satisfait à cette obligation ". En application de ces dispositions, la souscription de la déclaration prévue par l'article 22 de la convention d'application de l'accord de Schengen et dont l'obligation figure à l'article L. 621-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile est une condition de la régularité de l'entrée en France de l'étranger soumis à l'obligation de visa et en provenance directe d'un État partie à cette convention qui l'a admis à entrer ou à séjourner sur son territoire.
7. En l'espèce, en sa qualité de ressortissant marocain, M. A est soumis à l'obligation de visa Schengen pour franchir les frontières extérieures des États membres, conformément à l'annexe I du règlement (UE) 2018/1806 du Parlement européen et du Conseil du 14 novembre 2018 fixant la liste des pays tiers dont les ressortissants sont soumis à l'obligation de visa pour franchir les frontières extérieures des États membres et la liste de ceux dont les ressortissants sont exemptés de cette obligation. Par ailleurs, il ressort des pièces du dossier que l'intéressé déclare être entré en France le 27 juillet 2023, en possession de son passeport revêtu d'un visa de type D délivré par les autorités italiennes, valable du 23 juin 2023 au 6 juillet 2024, mais ne justifie pas disposer du récépissé de la déclaration d'entrée sur le territoire français mentionnée au point précédent, ce récépissé pouvant prendre la forme de l'apposition d'une mention sur son document de voyage et permettant seul de régulariser les conditions de son entrée en France. Dès lors, M. A doit être regardé comme étant entré irrégulièrement en France. Par suite, le préfet du Val-d'Oise n'a pas fait une inexacte application des dispositions de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en lui faisant obligation de quitter le territoire français pour ce motif.
8. A cet égard cependant, le préfet du Val-d'Oise a motivé l'obligation de quitter le territoire sur le fondement du 2° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, considérant à tort, comme le révèle la décision, que le visa italien de l'intéressé avait expiré. Lorsqu'il constate que la décision contestée devant lui aurait pu être prise, en vertu du même pouvoir d'appréciation, sur le fondement d'un autre texte que celui dont la méconnaissance est invoquée, le juge de l'excès de pouvoir peut substituer d'office ce fondement à celui qui a servi de base légale à la décision attaquée, sous réserve que l'intéressé ait disposé des garanties dont est assortie l'application du texte sur le fondement duquel la décision aurait dû être prononcée. En l'espèce, et comme le magistrat désigné l'a soulevé lors de l'audience publique, il y a lieu de substituer d'office aux dispositions du 2° de l'article
L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, celles du 1° du même article, qui prévoient que l'autorité administrative peut obliger à quitter le territoire, " 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, [qui] s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité " ; sous cette réserve et ce correctif, le moyen tiré de ce que le préfet du Val d'Oise ne pouvait pas obliger M. A, entré irrégulièrement en France, à quitter le territoire au motif qu'il disposait d'un visa de long séjour italien en cours de validité, doit être écarté.
9. Au surplus et pour faire reste de droit, si M. A soutient qu'il fait des allers-retours entre l'Italie et la France, qu'il a sa résidence en Italie, et qu'il n'a pas séjourné plus de trois mois sur le territoire français, délai maximum mentionné par l'article 19 précité de la convention de Schengen, ces allégations ne sont étayées par aucune pièce et sont d'ailleurs contredites par ses déclarations lors de l'interpellation du 31 décembre 2023, puisqu'il a indiqué être en France depuis le 27 juillet 2023.
10. En dernier lieu, M. A soutient que son éloignement vers le Maroc porte une atteinte excessive à son droit de mener une vie privée et familiale normale, tel que protégé par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, et que cette décision est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de sa situation personnelle ; toutefois, ainsi que l'arrêté attaqué le mentionne, l'intéressé est célibataire, sans charge de famille, et n'allègue pas être venu rejoindre des membres de sa proche famille en France ; partant, ces deux moyens doivent être écartés, sans qu'ait d'incidence à leur égard le fait qu'il effectuerait des allers-retours en Italie, qu'il y aurait sa résidence et qu'il ne serait pas resté en France plus de 3 mois, ces allégations n'étant, au surplus, pas établies.
11. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que les conclusions dirigées contre l'obligation de quitter le territoire opposée le 1er janvier 2024 à M. A doivent être rejetées.
Sur les conclusions dirigées contre le refus de lui accorder un délai de départ volontaire :
12. Contrairement à ce qui est soutenu, le refus de délai est suffisamment motivé, tant en droit qu'en fait, et n'est pas rendu illégal par l'illégalité de la mesure d'éloignement, dont les conclusions à fin d'annulation sont rejetées par le présent jugement ;
13. Aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. " L'article L. 612-3 du même code, précise que " le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; 2° L'étranger s'est maintenu sur le territoire français au-delà de la durée de validité de son visa ou, s'il n'est pas soumis à l'obligation du visa, à l'expiration d'un délai de trois mois à compter de son entrée en France, sans avoir sollicité la délivrance d'un titre de séjour ;
14. Pour refuser à M. A un délai de départ volontaire, le préfet du Val-d'Oise s'est fondé sur le risque qu'il se soustraie à l'obligation de quitter le territoire français dont il a fait l'objet, sans du reste préciser expressément s'il se plaçait sur le terrain du 1° ou du 2° de l'article L. 612-3 précité. Comme il a été dit aux points 7 et 8, M. A qui n'a pas souscrit de déclaration d'entrée sur le territoire français, doit être regardé comme y étant entré irrégulièrement, en dépit de son visa de long séjour délivré par l'Italie ; il suit de là, ainsi que l'arrêté le mentionne, que M. A présente un risque de soustraction à l'exécution de sa mesure d'éloignement, et le préfet du Val-d'Oise pouvait ainsi l'éloigner sans lui accorder de délai de départ volontaire ; le moyen tiré de l'erreur de fait, de l'erreur de droit ou de l'erreur d'appréciation qu'aurait commises le préfet doit donc être écarté.
Sur la décision fixant le pays de destination :
15. Contrairement à ce qui est soutenu, la décision fixant le pays de destination est suffisamment motivée et n'est pas rendue illégale par la décision d'éloignement qui n'est pas annulée par le présent jugement.
16. Par ailleurs, à supposer le moyen soulevé sous le vocable inadapté de " l'insuffisance de motivation ", le préfet pouvait renvoyer M. A au Maroc et non en Italie, quand bien même il y disposerait d'un visa de long séjour encore valable : en effet, le champ d'application des mesures obligeant un étranger à quitter le territoire français et celui des mesures de remise d'un étranger à un autre Etat ne sont pas exclusifs l'un de l'autre et le législateur n'a pas donné à l'une de ces procédures un caractère prioritaire par rapport à l'autre. Il s'ensuit que, lorsque l'autorité administrative envisage une mesure d'éloignement à l'encontre d'un étranger dont la situation entre dans le champ d'application de l'article
L. 621-2 à L. 621-7, elle peut légalement soit le remettre aux autorités compétentes de l'Etat membre de l'Union Européenne ou partie à la convention d'application de l'accord de Schengen d'où il provient, sur le fondement de ces dispositions, soit l'obliger à quitter le territoire français sur le fondement de l'article L. 611-1. Ces dispositions ne font pas non plus obstacle à ce que l'administration engage l'une de ces procédures alors qu'elle avait préalablement engagée l'autre ; Il suit de là que le moyen doit être écarté, en précisant que M. A n'est pas demandeur d'asile, ni en France ni en Italie.
Sur les conclusions dirigées contre l'interdiction de retour d'une année :
17. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français () ".
18. Il résulte de ces dispositions que, lorsque le préfet prend, à l'encontre d'un étranger, une décision portant obligation de quitter le territoire français ne comportant aucun délai de départ, il lui appartient d'assortir sa décision d'une interdiction de retour sur le territoire français, sauf dans le cas où des circonstances humanitaires y feraient obstacle. Seule la durée de cette interdiction de retour doit être appréciée au regard des quatre critères énumérés à l'article L. 612-10, à savoir la durée de la présence de l'étranger sur le territoire français, la nature et l'ancienneté de ses liens avec la France, l'existence ou non d'une précédente mesure d'éloignement et, le cas échéant, la menace pour l'ordre public que constitue sa présence sur le territoire.
19. Il ressort des termes de l'arrêté attaqué que M. A fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français qui n'est assortie d'aucun délai de départ volontaire. De plus, les éléments dont le requérant fait état n'établissent pas l'existence de circonstances humanitaires faisant obstacle au prononcé d'une décision d'interdiction de retour sur le territoire français. En particulier, comme indiqué au point 10, il est célibataire, sans enfant et sans attache proche sur le territoire national. Ainsi, les moyens tirés du défaut de motivation de la décision, de l'atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale et de l'existence d'une erreur manifeste d'appréciation, doivent être écartés.
20. Enfin, l'intéressé ne peut se prévaloir, par la voie de l'exception, de l'illégalité de la mesure d'éloignement, alors que le présent jugement rejette les conclusions à fin d'annulation dirigées contre cette décision.
21. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 1er janvier 2024 par lequel le préfet du Val-d'Oise l'a obligé à quitter le territoire français sans délai de départ volontaire, a fixé le pays de destination et lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée d'un an. Les conclusions à fin d'annulation de la présente requête ne peuvent donc qu'être rejetées, ainsi que par voie de conséquence, celles à fin d'injonction et d'astreintes, et celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. B A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet du
Val-d'Oise.
Rendu public par mise à disposition par le greffe le 20 février 2024.
Le magistrat désigné,
Signé
A. Bories La greffière,
Signé
O. El Moctar
La République mande et ordonne au préfet du Val-d'Oise en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°24000430
Décisions similaires
Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — N° TA95-2600300
01/10/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2612179
01/10/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2604311
01/10/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2603832
01/10/2026