Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2400054
mardi 18 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2400054 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | 7ème Chambre |
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 4 janvier 2024, M. A B, représenté par Me Arifa, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 11 décembre 2023 par lequel le préfet du Val-d'Oise lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;
2°) d'enjoindre, à titre principal, au préfet du Val-d'Oise de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler ;
3°) d'enjoindre, à titre subsidiaire, au préfet du Val-d'Oise de réexaminer sa situation et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
Sur l'arrêté attaqué dans son ensemble :
- il n'est pas établi qu'il a été signé par une autorité compétente ;
Sur la décision portant refus de titre de séjour :
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation personnelle ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le préfet a commis une erreur manifeste d'appréciation en ne faisant pas usage de son pouvoir discrétionnaire de régularisation, eu égard notamment aux éléments de sa situation personnelle ;
Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision de refus de titre de séjour ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.
Par un mémoire en défense, enregistré le 12 avril 2024, le préfet du Val-d'Oise conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 relatif à la circulation, à l'emploi et au séjour en France des ressortissants algériens et de leurs familles ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Par ordonnance du 13 mars 2024, la clôture de l'instruction, initialement fixée au 8 avril 2024, a été reportée au 30 avril 2024.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Drevon-Coblence,
- et les observations de Me Lechable, subsituant Me Arifa, représentant M. B.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, ressortissant algérien né le 29 avril 1991, demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 11 décembre 2023 par lequel le préfet du Val-d'Oise a refusé de lui délivrer un certificat de résidence demandé au titre de sa vie privée et familiale, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être éloigné.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne le moyen commun aux trois décisions :
2. L'arrêté attaqué a été signé par M. D C, directeur des migrations et de l'intégration, qui disposait d'une délégation à cette fin, en vertu d'un arrêté n° 23-044 du 14 novembre 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture du Val-d'Oise du même jour. Par ailleurs, cette délégation n'est pas subordonnée à l'absence ou à l'empêchement du préfet. En tout état de cause, la circonstance que l'arrêté attaqué ne fait pas mention de l'absence ou de l'empêchement du préfet est sans incidence sur sa légalité. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'acte attaqué manque en fait et doit être écarté.
En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :
3. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. À cet effet, doivent être motivées les décisions qui [] restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police ". Et aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".
4. La décision portant refus de titre de séjour vise l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968, en particulier son article 6-5, ainsi que la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, en particulier son article 8, rappelle la situation familiale de M. B et indique notamment que celle-ci n'est pas de nature à permettre la régularisation de l'intéressé. Elle comporte ainsi les considérations de droit et de fait qui la fondent et est, par conséquent, suffisamment motivée, et ce alors même que la scolarisation des enfants du requérant n'est pas mentionnée, le préfet n'ayant pas à faire état de tous les éléments caractérisant la situation de l'intéressé. Par suite, le moyen doit être écarté.
5. En deuxième lieu, il ne ressort pas des termes de la décision attaquée que le préfet du Val-d'Oise n'aurait pas, avant de l'édicter, procédé à un examen particulier et suffisamment approfondi de la situation de M. B.
6. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale (). / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. "
7. M. B soutient avoir le centre de sa vie sociale, personnelle et familiale en France dès lors qu'il y séjourne depuis son entrée en 2016, que deux de ses quatre enfants y sont nés et que trois d'entre eux y sont scolarisés. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que l'épouse de M. B, également de nationalité algérienne, qui fait aussi l'objet d'une décision portant refus de titre de séjour de séjour et obligation de quitter le territoire français, ne disposait pas d'un titre de séjour à la date de la décision attaquée. Ni la naissance en France de certains des enfants du requérant ni leur scolarisation ne font dès lors obstacle à ce que la cellule familiale se reconstitue en dehors du territoire français, notamment en Algérie où M. B a vécu jusqu'à l'âge de vingt-cinq ans et où résident sa sœur et son frère. Il ressort en outre des pièces du dossier que le requérant ne présente aucune insertion professionnelle sur le territoire français alors même qu'il soutient y résider depuis plus de sept années. Dans ces conditions, et alors qu'il ne ressort pas des pièces du dossier que son épouse, également en situation irrégulière, aurait vocation à se voir reconnaître un droit au séjour, M. B n'est pas fondé à soutenir que la décision litigieuse a porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.
8. En quatrième lieu, si les conditions de délivrance d'un titre de séjour aux ressortissants algériens sont régies de manière exclusive par l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968, il est toujours loisible au préfet de délivrer un certificat de résidence à un ressortissant algérien qui ne remplit pas l'ensemble des conditions auxquelles est subordonnée sa délivrance de plein droit, en faisant usage du pouvoir discrétionnaire dont il dispose sur ce point, et d'apprécier, compte tenu de l'ensemble des éléments de la situation personnelle de l'intéressé, l'opportunité d'une mesure de régularisation.
9. Pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 7 du présent jugement, le préfet du Val-d'Oise, qui a examiné la situation de M. B dans le cadre de son pouvoir discrétionnaire de régularisation, a pu estimer, sans commettre d'erreur manifeste dans son appréciation des conséquences de sa décision sur la situation personnelle et familiale du requérant, que la régularisation de sa situation administrative ne se justifiait pas au regard notamment de la possibilité pour la cellule familiale de se reconstituer en Algérie où le requérant dispose d'attaches familiales et en l'absence de toute autre preuve d'intégration des époux B en France.
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :
10. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que la décision portant obligation de quitter le territoire français n'est pas fondée sur une décision de refus de séjour illégale. Par suite, le moyen tiré de l'exception d'illégalité invoqué à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être écarté.
11. En second lieu, aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale relatives aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, les tribunaux des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Il résulte de ces stipulations, qui peuvent utilement être invoquées à l'appui d'un recours pour excès de pouvoir, que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.
12. La circonstance que l'obligation de quitter le territoire français de M. B a pour conséquence d'interrompre la scolarité en France de trois de ses quatre enfants, scolarisés en classe de CM2, de CM1 et de CE1 à la date de la décision attaquée, ne suffit pas, dès lors qu'il n'existe pas d'obstacle à la poursuite de cette scolarité en Algérie, à faire regarder cette décision comme ne prenant pas suffisamment en compte l'intérêt supérieur des enfants du requérant. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doit être écarté.
13. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. B doivent être rejetées.
Sur les conclusions accessoires :
14. Par voie de conséquence du rejet de ses conclusions à fin d'annulation, les conclusions à fin d'injonction présentées par M. B ainsi que celles relatives aux frais exposés et non compris dans les dépens doivent également être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet du Val-d'Oise.
Délibéré après l'audience du 28 mai 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Drevon-Coblence, présidente,
Mme Fléjou, première conseillère et Mme Moinecourt, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 juin 2024.
La présidente rapporteure,
signé
E. Drevon-Coblence
La rapporteure la plus ancienne,
signé
V. FléjouLa greffière,
signé
D. Charleston
La République mande et ordonne au préfet du Val-d'Oise en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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