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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2400060

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2400060

lundi 8 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2400060
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
FormationPole Social (JU)
Avocat requérantBROCHARD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 2 janvier 2024, Mme B A, représentée par Me Brochard, demande au tribunal :

1°) de condamner l'État à lui verser la somme de 34 000 euros en réparation des préjudices subis du fait de son absence de relogement ;

2°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 800 euros à verser à son conseil sur le fondement des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 sous réserve qu'il renonce à percevoir la part contributive de l'État versée au titre de l'aide juridictionnelle.

Elle soutient que :

- la responsabilité pour faute de l'État est engagée dès lors qu'elle n'a reçu aucune proposition de logement, alors qu'elle a été reconnue prioritaire par la commission de médiation du droit au logement opposable le 28 avril 2021 et que l'ordonnance du tribunal administratif de Cergy-Pontoise du 31 mars 2022 ordonnant son relogement n'a pas été exécutée ;

- elle subit en conséquence des troubles de toutes natures dans ses conditions d'existence dès lors qu'elle occupe avec ses deux filles majeures un logement au loyer disproportionné, que sa composition est inadaptée à la composition du foyer, que la durée de sa demande est anormalement longue, qu'elle est en situation de handicap, qu'elle a été menacée d'expulsion.

Par un mémoire en défense enregistré le 7 juin 2024, le préfet des Hauts-de-Seine informe le tribunal du relogement de la requérante le 15 mars 2023.

Vu :

- la décision du 31 juillet 2023 par laquelle le président du bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Pontoise a accordé à Mme A le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale ;

- l'ordonnance n° 2113638 du 31 mars 2022 par laquelle le tribunal administratif de Cergy - Pontoise a enjoint au préfet des Hauts-de-Seine de reloger Mme A sous astreinte de 150 euros par mois de retard ;

- la décision par laquelle le président du tribunal a désigné Mme Lepetit-Collin, vice-présidente, pour statuer sur les litiges visés à l'article R. 222-13 du code de justice administrative ;

- la décision par laquelle la présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la construction et de l'habitation ;

- le code général des impôts ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Lepetit-Collin, magistrate désignée, a été entendu au cours de l'audience publique.

La clôture de l'instruction est intervenue après appel de l'affaire à l'audience en application de l'article R. 772-9 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. La commission de médiation du département des Hauts-de-Seine a, par une décision du 28 avril 2021, désigné Mme A comme prioritaire et devant être logée en urgence. Par une ordonnance du 31 mars 2022, le tribunal, saisi par l'intéressée sur le fondement de l'article L. 441-2-3-1 du code de la construction et de l'habitation, a enjoint au préfet des Hauts-de-Seine d'assurer son relogement sous astreinte de 150 euros par mois de retard. N'ayant pas reçu de proposition de logement, Mme A a saisi le préfet d'une demande indemnitaire préalable par un courrier reçu le 17 octobre 2022. Cette demande a été implicitement rejetée. Par la présente requête, Mme A demande au tribunal de condamner l'État à lui verser la somme de 34 000 euros en réparation des préjudices subis.

Sur les conclusions indemnitaires :

2. Aux termes de l'article L. 300-1 du code de la construction et de l'habitation : " Le droit à un logement décent et indépendant () est garanti par l'État à toute personne qui () n'est pas en mesure d'y accéder par ses propres moyens ou de s'y maintenir. Ce droit s'exerce par un recours amiable puis, le cas échéant, par un recours contentieux dans les conditions et selon les modalités fixées par le présent article et les articles L. 441-2-3 et L. 441-2-3-1 ".

3. Lorsqu'une personne a été reconnue comme prioritaire et devant être logée ou relogée d'urgence par une commission de médiation, en application des dispositions de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation, la carence fautive de l'État à exécuter cette décision dans le délai imparti engage sa responsabilité au titre des troubles dans les conditions d'existence résultant du maintien de la situation qui a motivé la décision de la commission, que l'intéressé ait ou non fait usage du recours prévu par l'article L. 441-2-3-1 du code de la construction et de l'habitation. Ces troubles doivent être appréciés en fonction des conditions de logement qui ont perduré du fait de la carence de l'État, de la durée de cette carence et du nombre de personnes composant le foyer du demandeur pendant la période de responsabilité de l'État, qui court à l'expiration du délai de trois ou six mois à compter de la décision de la commission de médiation que l'article R. 441-16-1 du code de la construction et de l'habitation impartit au préfet pour provoquer une offre de logement.

4. Doivent être considérées comme personnes vivant au foyer le ou les titulaires du bail, ainsi que leur concubin notoire ou leur partenaire d'un PACS, mais aussi les personnes figurant sur les avis d'imposition de ces titulaires et les personnes réputées à charge au sens du code général des impôts. A cet égard, sont réputées à charge au sens des articles 194, 196, 196 A bis et 196 B du code général des impôts, les enfants majeurs de moins de 21 ans s'ils sont rattachés au foyer fiscal, les enfants de moins de 25 ans s'ils sont rattachés au foyer fiscal et justifient du statut d'étudiant et, enfin, les enfants de tout âge s'ils sont atteints d'une infirmité.

En ce qui concerne les fautes :

5. D'une part, la commission de médiation a reconnu, le 28 avril 2021, le caractère urgent et prioritaire de la demande de Mme A aux motifs qu'elle était en attente d'un logement social depuis un délai supérieur à celui fixé par arrêté préfectoral et qu'elle était menacée d'expulsion sans relogement. Toutefois, le préfet n'a fait aucune offre de logement à Mme A avant le 28 octobre 2021, date à laquelle cette absence de relogement a revêtu un caractère fautif. D'autre part, l'ordonnance n° 2113638 du 31 mars 2022 par laquelle le tribunal administratif de Cergy - Pontoise a enjoint au préfet des Hauts-de-Seine de reloger Mme A sous astreinte de 150 euros par mois de retard n'a reçu aucune exécution.

6. La requérante établit donc l'existence de carences fautives imputables à l'État dans la mise en œuvre de son obligation de relogement.

En ce qui concerne l'évaluation du préjudice :

7. Il résulte de l'instruction que Mme A a été reconnue prioritaire aux motifs qu'elle était menacée d'expulsion et qu'elle attendait un logement social depuis un délai anormalement long. La persistance de cette situation, à compter du 28 octobre 2021, date à laquelle la carence de l'État a revêtu un caractère fautif, a causé à Mme A des troubles de toutes natures dans ses conditions d'existence. Si Mme A soutient également avoir occupé avec ses deux filles, nées en 1998 et 2001, un studio dont le montant du loyer s'élevait à 711 euros par mois charges comprises depuis le 22 avril 2017, et ce alors qu'elle percevait un revenu mensuel de l'ordre de 1 277, 65 euros, il ressort de ses propres affirmations que ses deux filles, qui étaient en alternance, percevaient également des revenus à hauteur d'environ 1 200 et 1 000 euros par mois soit un total de 2 300 euros de revenus entre octobre 2021 et août 2022, puis de 3 300 euros pour le foyer à partir d'août 2022. Dans ces conditions, l'existence d'une disproportion entre le montant du loyer et les revenus du foyer ne peut être retenue. Si la requérante se prévaut également du caractère inadapté de ce logement, où elle aurait été victime de menaces de la part de proches de son bailleur à raison de loyers impayés, et qui serait par ailleurs inadapté à son état de santé, elle ne n'établit pas en se bornant à se prévaloir d'une situation de promiscuité s'agissant d'un " studio " doté d'une chambre de 47,01 mètres carrés, donc sans situation de suroccupation établie. Enfin il résulte de l'instruction que la requérante a été relogée le 15 mars 2023 dans un logement social de type F3 d'une surface habitable de 55 mètres carrés, dont le montant du loyer s'élève à 369, 15 euros par mois, situé au n° 4 rue Cartault à Puteaux (92800), qu'elle ne soutient pas ne pas être adapté à ses besoins et capacités.

8. Dès lors, compte tenu des conditions de logement de Mme A qui ont perduré du fait de la carence de l'État jusqu'au 15 mars 2023 date à laquelle la requérante a été relogée, de la durée de cette carence et de la composition de son foyer, ses deux enfants étant devenus majeurs avant l'intervention de la commission de médiation mais l'avis de dégrèvement concernant l'impôt sur le revenu pour 2023 faisant état de deux enfants majeurs célibataires à charge, il sera fait une juste appréciation du préjudice subi en évaluant l'indemnisation due à la somme totale de 2 000 euros.

9. Il résulte de ce qui précède qu'il y a lieu de condamner l'État à verser à Mme A la somme de 2 000 euros tous intérêts confondus au jour du présent jugement.

Sur les frais liés au litige :

10. Mme A a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle. Par suite, son conseil peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 susmentionnée. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Brochard, conseil de Mme A, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, de mettre à la charge de l'État le versement à Me Brochard de la somme de 1 000 euros.

D É C I D E :

Article 1er : L'État est condamné à verser à Mme A la somme de 2 000 (deux mille) euros.

Article 2 : L'État versera la somme de 1 000 euros à Me Brochard, conseil de Mme A, sous réserve qu'elle renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État au titre de l'aide juridictionnelle, sur le fondement des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A, à Me Brochard et au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires.

Copie en sera adressée au préfet des Hauts-de-Seine.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 juillet 2024.

La magistrate désignée

signé

H. Lepetit-CollinLa greffière

signé

C. Mas

La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière

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