Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2400131
mercredi 28 février 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2400131 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | Reconduite à la frontière |
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 5 janvier 2024, M. A B, représenté par Me Tordo, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 3 janvier 2024 par lequel le préfet des Hauts-de-Seine lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, et lui a interdit le retour sur le territoire français pendant une durée d'un an ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
S'agissant de l'obligation de quitter le territoire français :
- la décision est insuffisamment motivée ;
- elle méconnait le principe du contradictoire de l'article L 121-1 du code des relations entre le public et l'administration ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d'erreur de droit, en ce que le préfet n'établit pas l'urgence ;
S'agissant de la décision lui refusant un délai de départ volontaire :
- la décision est entachée " d'illégalités externes et internes " ;
S'agissant de l'interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an :
- la décision est entachée " d'illégalités externes et internes " ;
Par un mémoire enregistré le 9 février 2024, le préfet des Hauts-de-Seine conclut au rejet de la requête ;
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Bories, premier conseiller, pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l'article R. 776-13-3 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. Bories, magistrat désigné, a été entendu au cours de l'audience publique du 13 février 2024, les parties n'étant ni présentes ni représentées.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. A B, ressortissant algérien né le 12 août 1984, qui déclare être entré irrégulièrement en France en mars 2017, interpellé le 3 janvier 2024, a fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire sans délai, assortie d'une interdiction de retour d'une année, prise le même jour par un arrêté du préfet des Hauts-de-Seine, dont il demande l'annulation
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
2. L'arrêté attaqué mentionne les éléments de fait propres à la situation de M. B et les considérations de droit sur lesquels il se fonde. Par suite, ce moyen doit être écarté, ainsi que celui tiré du défaut d'examen, par le préfet, de la situation personnelle du requérant qui n'est assorti d'aucune précision permettant d'en apprécier le bien-fondé.
3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Exception faite des cas où il est statué sur une demande, les décisions individuelles qui doivent être motivées en application de l'article L. 211-2, ainsi que les décisions qui, bien que non mentionnées à cet article, sont prises en considération de la personne, sont soumises au respect d'une procédure contradictoire préalable. ". Selon l'article L. 122-1 du même code: " Les décisions mentionnées à l'article L. 211-1 n'interviennent qu'après que la personne intéressée a été mise à même de présenter des observations écrites et, le cas échéant, sur sa demande, des observations orales. Cette personne peut se faire assister par un conseil ou représenter par un mandataire de son choix. ". Il résulte des dispositions du livre VI du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que le législateur a entendu déterminer l'ensemble des règles de procédure administrative et contentieuse auxquelles sont soumises l'intervention et l'exécution de la décision par laquelle l'autorité administrative signifie à un étranger l'obligation dans laquelle il se trouve de quitter le territoire français. Dès lors, l'article L. 121-1 et L. 122-1 du code des relations entre le public et l'administration ne saurait être utilement invoqué à l'encontre d'une décision portant obligation de quitter le territoire français sans délai. Le moyen tiré du non-respect du principe du contradictoire posé par l'article L. 121-1 et L. 122-1 du code des relations entre le public et l'administration doit donc être écarté.
4. Si M. B soutient que l'arrêté méconnait son droit de mener une vie privée et familiale normale tel que garanti par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, il n'assortit pas ce moyen de précisions permettant d'en apprécier le bien-fondé ; en tout état de cause, le requérant se déclare juste en concubinage en France et indique ne pas avoir d'enfant ;
5. Si M. B soutient que la mesure d'éloignement serait entachée d'une " erreur de droit " en ce qu'il n'y a aucune urgence à l'éloigner du territoire alors qu'il est en France depuis mars 2017, ce moyen est inopérant : d'une part, la décision n'est pas fondée sur une quelconque " urgence ", d'autre part, le 1° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne soumet aucunement l'obligation de quitter le territoire à une condition d'urgence ;
En ce qui concerne les moyens communs aux décisions portant refus de délai de départ volontaire et interdiction de retour sur le territoire français :
6. Si le requérant soutient que les décisions portant refus de délai départ volontaire et interdiction de retour sur le territoire français sont entachées d'illégalités externes et internes, ces moyens ne sont pas assortis des précisions permettant d'en apprécier le bien-fondé. Par suite, ces moyens doivent être écartés.
7. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions présentées par M. B tendant à l'annulation de l'arrêté du préfet des Hauts-de-Seine du 3 janvier 2024 doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. A B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet des Hauts-de-Seine.
Rendu public par mise à disposition du greffe le 28 février 2024.
Le magistrat désigné,
signé
A. Bories La greffière,
signé
O. El Moctar
La République mande et ordonne au préfet des Hauts-de-Seine en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°2400131
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