Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2400132
lundi 17 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2400132 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Pole Social (JU) |
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistré les 3 janvier et 4 février 2024, Mme A B demande au tribunal d'annuler la décision du 28 novembre 2023 par laquelle la caisse primaire d'assurance maladie (CPAM) des Hauts-de-Seine, après recours administratif préalable obligatoire, lui a refusé le bénéfice de l'aide médicale d'État (AME) à titre rétroactif à compter du 7 novembre 2022.
Elle soutient vivre en France depuis le 1er aout 2022.
Par un mémoire en défense, enregistré le 23 mai 2024, la caisse primaire d'assurance maladie des Hauts-de-Seine conclut au rejet de la requête.
Elle fait valoir que :
- la requête est irrecevable ;
- la décision est fondée.
Vu :
- la décision attaquée ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'action sociale et des familles ;
- le code de la sécurité sociale ;
- le décret n° 2005-860 du 28 juillet 2005 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Lepetit-Collin, vice-présidente, pour statuer sur les litiges en application des dispositions de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.
La rapporteure publique a été dispensée, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme Lepetit-Collin, magistrate désignée, a été entendu au cours de l'audience publique.
La clôture de l'instruction est intervenue après l'appel de l'affaire à l'audience en application des dispositions de l'article R. 772-9 du code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B, ressortissante libyenne, bénéficiaire de l'aide médicale d'État depuis le 15 décembre 2022, a sollicité le bénéfice de cette aide, à titre rétroactif, à compter du 7 novembre 2022 et donc la prise en charge rétroactive de ses soins à compter de cette date. Elle conteste la décision du 28 novembre 2023 par laquelle la caisse primaire d'assurance maladie des Hauts-de-Seine a, après recours administratif préalable obligatoire, refusé de faire droit à sa demande.
2. Aux termes de l'article L. 251-1 du code de l'action sociale et des familles : " Tout étranger résidant en France de manière ininterrompue sans remplir la condition de régularité mentionnée à l'article L. 160-1 du code de la sécurité sociale depuis plus de trois mois, et dont les ressources ne dépassent pas le plafond mentionné au 1° de l'article L. 861-1 de ce code, a droit à l'aide médicale de l'État pour lui-même () ". Aux termes de l'article 44 du décret n°54-883 du 2 septembre 1954 portant règlement d'administration publique pour l'application de l'ensemble des dispositions du décret n° 53-1186 du 29 novembre 1953 relatif à la réforme des lois d'assistance, dans sa rédaction issue du décret n°2020-1325 du 30 octobre 2020 : " Toute personne demandant le bénéfice de l'aide médicale de l'État est tenue de faire connaître à l'autorité mentionnée à l'article L. 252-3 du code de l'action sociale et des familles toutes informations relatives à son identité, à sa résidence, à sa situation de famille, à ses ressources, à ses biens et à ses charges, ainsi qu'à ses droits au regard d'un régime de base ou complémentaire d'assurance maladie. () ". Aux termes de l'article 44-1 du même décret : " La décision d'admission à l'aide médicale de l'État prend effet à la date du dépôt de la demande. / Si la date de délivrance des soins est antérieure à la date du dépôt de la demande, ces soins peuvent être pris en charge dès lors que, à la date à laquelle ils ont été délivrés, le demandeur résidait en France de manière ininterrompue et irrégulière depuis plus de trois mois et que sa demande d'admission a été déposée avant l'expiration d'un délai de quatre-vingt-dix jours à compter de la délivrance des soins ".Aux termes de l'article 4 du décret n° 2005-860 du 28 juillet 2005 relatif aux modalités d'admission des demandes d'aide médicale de l'État : " Conformément à l'article 44 du décret du 2 septembre 1954 susvisé, le demandeur de l'aide médicale de l'État doit, préalablement à la décision d'admission, fournir un dossier de demande comportant, pour la vérification de son identité et des conditions légales de résidence en France et de ressources, les pièces justificatives respectivement indiquées ci-après : () 2° Pour la justification de la présence ininterrompue depuis trois mois sur le territoire français du demandeur, le visa ou le tampon comportant la date d'entrée en France figurant sur son passeport ou, à défaut : / a) Une copie du contrat de location ou d'une quittance de loyer datant de plus de trois mois ou d'une facture d'électricité, de gaz, d'eau ou de téléphone datant de plus de trois mois ; / b) Un avis d'imposition ou de non-imposition à l'impôt sur le revenu des personnes physiques, à la taxe foncière ou à la taxe d'habitation ; / c) Une facture d'hôtellerie datant de plus de trois mois ; / d) Une quittance de loyer ou une facture d'électricité, de gaz, d'eau ou de téléphone établie au nom de l'hébergeant, datant de plus de trois mois, lorsque le demandeur est hébergé à titre gratuit par une personne physique ; / e) Une attestation d'hébergement établie par un centre d'hébergement et de réinsertion sociale datant de plus de trois mois ; / f) Si la personne est sans domicile fixe, une attestation de domiciliation établie par un organisme agréé en application de l'article L. 252-2 du code de l'action sociale et des familles et datant de plus de trois mois ; / g) Tout autre document de nature à prouver que cette condition est remplie.".
3. Lorsqu'il statue sur un recours dirigé contre une décision par laquelle l'administration, sans remettre en cause des versements déjà effectués, détermine les droits d'une personne en matière d'aide ou d'action sociale, de logement ou au titre des dispositions en faveur des travailleurs privés d'emploi, et sous réserve du contentieux du droit au logement opposable, il appartient au juge administratif, eu égard tant à la finalité de son intervention qu'à sa qualité de juge de plein contentieux, non de se prononcer sur les éventuels vices propres de la décision attaquée, mais d'examiner les droits de l'intéressé, en tenant compte de l'ensemble des circonstances de fait qui résultent de l'instruction et, notamment, du dossier qui lui est communiqué en application de l'article R. 772-8 du code de justice administrative. Au vu de ces éléments, il lui appartient d'annuler ou de réformer, s'il y a lieu, cette décision, en fixant alors lui-même tout ou partie des droits de l'intéressé et en le renvoyant, au besoin, devant l'administration afin qu'elle procède à cette fixation pour le surplus, sur la base des motifs de son jugement.
4. Il ressort des pièces du dossier que la décision attaquée a été prise au motif que la requérante ne justifiait pas, à la date du 7 novembre 2022, d'une résidence interrompue de trois mois en situation irrégulière en France. Pour contester cette décision, Mme B soutient avoir quitté la Libye pour la France le 30 juillet 2022 et résider, depuis lors, de manière ininterrompue sur le territoire national. Il résulte toutefois de l'instruction que Mme B, qui est effectivement entrée sur le territoire national le 30 juillet 2022, disposait d'un visa Schengen d'une durée de validité de 30 jours valable du 20 juillet au 2 septembre 2022 l'autorisant donc à séjourner régulièrement sur le territoire national à tout le moins jusqu'au 19 août 2022. Il résulte dès lors de ce qui précède que Mme B ne justifiait pas, à la date à laquelle les soins ont été dispensés, soit le 7 novembre 2022, résider en France de manière ininterrompue et irrégulière depuis plus de trois. Dans ces conditions, Mme B n'est pas fondée à soutenir que la caisse primaire d'assurance maladie des Hauts-de-Seine a, à tort, rejeté, la prise en charge rétroactive de ses soins.
5. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de statuer sur la fin de non-recevoir opposée par la caisse primaire d'assurance maladie en défense, que la requête de Mme B doit être rejetée.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et à la ministre du travail, de la santé et des solidarités.
Copie en sera adressée à la caisse primaire d'assurance maladie des Hauts-de-Seine.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 juin 2024.
La magistrate désignée,
Signé
H. Lepetit-CollinLa greffière,
Signé
C. Mas
La République mande et ordonne à la ministre du travail, de la santé et des solidarités ce qui la concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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