Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2400228
jeudi 4 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2400228 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 11ème Chambre |
Résumé IA
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés les 8 janvier 2024 et
6 mars 2024, M. A B, représenté par Me N'Diaye, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 20 avril 2023 par lequel le préfet du Val d'Oise a refusé de renouveler son titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi, ensemble la décision implicite de rejet de son recours gracieux ;
2°) d'enjoindre au préfet du Val d'Oise de réexaminer sa situation dès la notification du jugement à intervenir.
Il soutient que :
En ce qui concerne l'arrêté du 20 avril 2023 :
S'agissant de l'ensemble des décisions attaquées :
- elles sont insuffisamment motivées.
S'agissant de la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour :
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
S'agissant de la décision fixant le pays de renvoi :
- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français.
En ce qui concerne la décision implicite née le 22 août 2023 :
- elle est insuffisamment motivée.
Par un mémoire en défense, enregistré le 28 février 2024, le préfet du Val d'Oise conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. Robert, premier conseiller, a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. A B, ressortissant indien né le 21 avril 1998, est entré en France le 8 février 2022 sous couvert d'un visa de long séjour valant titre de séjour portant la mention " étudiant " valable du 31 janvier 2022 au 31 janvier 2023. Le 23 décembre 2022, l'intéressé a sollicité le renouvellement de ce titre de séjour. Par un arrêté du 20 avril 2023, le préfet du Val d'Oise a refusé de renouveler son titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi. L'intéressé a formé un recours gracieux contre cet arrêté le 21 juin 2023 et, du silence gardé par l'administration, est née une décision implicite de rejet le 22 août 2023. Par la présente requête, M. B demande l'annulation de ces deux décisions.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne la décision implicite de rejet de recours gracieux née le 22 août 2023 :
2. Il est toujours loisible à la personne intéressée, sauf à ce que des dispositions spéciales en disposent autrement, de former à l'encontre d'une décision administrative un recours gracieux devant l'auteur de cet acte et de ne former un recours contentieux que lorsque le recours gracieux a été rejeté. L'exercice du recours gracieux n'ayant d'autre objet que d'inviter l'auteur de la décision à reconsidérer sa position, un recours contentieux consécutif au rejet d'un recours gracieux doit nécessairement être regardé comme étant dirigé, non pas tant contre le rejet du recours gracieux dont les vices propres ne peuvent être utilement contestés, que contre la décision initialement prise par l'autorité administrative.
3. En l'espèce, M. B demande l'annulation de l'arrêté du 20 avril 2023 par lequel le préfet du Val-d'Oise a notamment refusé de renouveler son titre de séjour et de la décision implicite née le 22 août 2023 par laquelle ledit préfet a rejeté le recours gracieux qu'il avait formé à l'encontre de l'arrêté précité. Il s'ensuit que le moyen critiquant le vice propre dont serait affectée la décision implicite née le 22 août 2023, tiré de l'absence de motivation, est inopérant et doit dès lors être écarté.
En ce qui concerne l'arrêté du 20 avril 2023 :
S'agissant de l'ensemble des décisions attaquées :
4. L'arrêté attaqué comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par conséquent, le moyen tiré de son insuffisante motivation doit être écarté comme manquant en fait.
S'agissant de la décision portant refus de titre de séjour :
5. Aux termes des dispositions de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile prévoient que : " L'étranger qui établit qu'il suit un enseignement en France ou qu'il y fait des études et qui justifie disposer de moyens d'existence suffisants se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant " d'une durée inférieure ou égale à un an. () ". Il appartient à l'administration, saisie d'une demande de renouvellement de titre de séjour présentée en qualité d'étudiant, de rechercher à partir de l'ensemble du dossier et notamment au regard de sa progression dans le cursus universitaire, de son assiduité aux cours, et de la cohérence de ses choix d'orientation, si le demandeur peut être regardé comme poursuivant avec sérieux les études entreprises.
6. Il ressort des pièces du dossier que, à l'appui de la demande de renouvellement de son titre de séjour, M. B a présenté une attestation d'inscription en deuxième année de formation supérieure en commercial international au sein de l'établissement ETEC et que le préfet du Val-d'Oise a refusé de procéder au renouvellement sollicité au motif que " cet établissement est un établissement privé supérieur libre hors contrat qui a pour vocation la professionnalisation de ses étudiants au travers de formations et de stages, sans délivrance de diplôme à leur issue; (..) en conséquence, l'inscription dans cet établissement pour une formation ou un stage, quelque soit sa durée, ne peut être regardée comme répondant aux critères permettant le renouvellement de son titre de séjour en qualité d'étudiant ". M. B soutient que cette appréciation est erronée et produit, en ce sens, deux attestations établies par le directeur de l'ETEC les 4 février 2022
et 24 novembre 2022 mentionnant qu'il suit une " formation supérieur [sic] en commerce international équivalant [sic] à bac+5 ou master 2 ". Toutefois, ces attestions n'apportent aucune précision sur l'éventuel diplôme délivré à l'issue de cette formation. Au demeurant, le requérant ne produit aucun autre document, tels des relevés de notes, permettant d'établir le caractère réel et sérieux des études suivies en France. Dans ces conditions, M. B, qui ne démontre pas remplir les conditions prévues par l'article L. 422-1 du code précité, n'est pas fondé à soutenir que la décision par laquelle le préfet du Val-d'Oise a refusé de renouveler son titre de séjour est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation. Par suite, le moyen invoqué doit être écarté.
S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :
7. Ainsi qu'il a été exposé au point 6, M. B n'établit pas le caractère réel et sérieux des études suivies en France. En outre, le requérant, célibataire et sans enfant, n'est pas dépourvu d'attaches dans son pays d'origine où il a vécu jusqu'à l'âge de vingt-trois ans. Par suite, le moyen tiré d'une erreur manifeste d'appréciation doit être écarté.
S'agissant de la décision fixant le pays de renvoi :
8. En l'absence d'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français, le moyen tiré de cette illégalité et soulevé, par voie d'exception, à l'encontre de la décision fixant le pays de renvoi doit être écarté.
9. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. B doit être rejetée, y compris ses conclusions à fin d'injonction.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet du Val-d'Oise.
Délibéré après l'audience du 27 juin 2024, à laquelle siégeaient :
M. d'Argenson, président,
M. Robert, premier conseiller.
Mme Bocquet, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 juillet 2024.
Le rapporteur,
signé
D. Robert
Le président,
signé
P.-H. d'Argenson
Le greffier,
signé
V. Guillaume
La République mande et ordonne au préfet du Val d'Oise en ce qui le concerne, et à tous les commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°2400228
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