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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2400232

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2400232

mardi 6 février 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2400232
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Avocat requérantSELARL GOUTAL ALIBERT & ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire enregistrés les 8 et 23 janvier 2024, la société Free Mobile, représentée par Me Martin, demande au juge des référés, statuant par application de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) d'ordonner la suspension de l'exécution de l'arrêté du 6 avril 2023 par laquelle le maire de la commune de L'Isle-Adam s'est opposé à une déclaration de travaux déposé le

20 mars 2023 par la société Free mobile portant sur l'implantation d'antennes de téléphonie mobile camouflées dans trois fausses cheminées et d'installations de petites tailles en terrasse et de la décision par laquelle le maire de la commune de L'Isle-Adam a implicitement rejeté son recours gracieux du 22 mai 2023 dirigé contre cette décision ;

2°) d'enjoindre, à titre principal, au maire de la commune de L'Isle-Adam de lui délivrer une décision de non-opposition dans un délai d'un mois à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 500 euros par jour de retard, et à titre subsidiaire de réinstruire sa déclaration dans un délai d'un mois à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de la commune de L'Isle-Adam la somme de 5 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la condition d'urgence est remplie, dès lors qu'il existe un intérêt public à ce que le territoire national soit couvert par le réseau de téléphonie mobile de tous les opérateurs, et que le territoire de la commune de L'Isle-Adam n'est à cet égard que partiellement couvert par le réseau Free Mobile ; que notamment, la partie du territoire sur laquelle la station relais en cause doit être implantée n'est pas couverte par ses réseaux, alors que la société a pris des engagements envers l'Etat en termes de couverture et de qualité de service ; qu'elle se trouve de ce fait dans l'obligation de mettre en œuvre une gestion prévisionnelle à court ou très moyen terme de l'implantation de ses équipements, s'agissant notamment des réseaux 4G, THD et surtout 5G ;

- il existe des moyens de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision :

- elle a été prise par une autorité incompétente, dès lors que le signataire n'a pas justifié d'une délégation de compétence ;

- elle est entachée d'une erreur de droit, dès lors que le maire de la commune de

L'Isle-Adam a fondé son refus de la déclaration préalable de travaux sur les dispositions de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation, dès lors que le maire de la commune de L'Isle-Adam a effectué que le projet d'insère dans un milieu urbain classique composé d'immeubles d'habitat collectif et de commerces et ne faisant l'objet d'aucune protection particulière au titre des paysages.

Par un mémoire en défense enregistré le 18 janvier 2024, le maire de la commune de L'Isle-Adam, représentée par Me Peynet, conclut au rejet de la requête et à la mise à la charge de la société pétitionnaire de la somme de 3.000 euros au titre des dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- l'urgence n'est pas remplie ;

- aucun moyen n'est de nature à faire naître un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée ;

- un substitution de motif est demandée au juge des référés : le maire de la commune de L'Isle-Adam aurait pris la même décision s'il avait retenu que le motif tiré de ce que les installations de la société pétitionnaire ne répondent pas aux prescriptions posées par le règlement de la zone UM du plan local d'urbanisme de L'Isle-Adam en matière de modification de l'aspect extérieur d'une construction existante.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête n° 2312154, enregistrée le 25 août 2023, par laquelle la société Free Mobile demande l'annulation des décisions contestées.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Thobaty, vice-président, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement convoquées à l'audience du 23 janvier 2024 à 14 heures 00.

Ont été entendus lors de l'audience publique qui s'est tenu en présence de Mme El Moctar, greffière d'audience:

- le rapport de M. Thobaty, juge des référés ;

- les observations de Me Candelier, substituant Me Martin, représentant la société Free Mobile, qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens ;

- et les observations de Me Alibay, représentant de la commune de L'Isle-Adam, qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. La société par actions simplifiée (SAS) Free Mobile a déposé le 20 mars 2023 une déclaration préalable port installation d'antennes relais de radiotéléphonie mobile encastrées dans trois fausses cheminées en toiture de l'immeuble, situées au 1 allée des Sablières à

l'Isle-Adam. Par une décision du 6 avril 2023, le maire de la commune de L'Isle-Adam s'est opposé à cette déclaration préalable. Le recours gracieux exercé le 28 avril 2023 par la société requérante a fait l'objet d'une décision implicite de rejet. Par la présente requête, la SAS Free Mobile demande au juge des référés, statuant sur le fondement des dispositions de l'article

L. 521-1 du code de justice administrative, de suspendre l'exécution de l'opposition à sa déclaration préalable et le rejet de son recours gracieux.

Sur les conclusions aux fins de suspension :

2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".

En ce qui concerne l'urgence :

3. La condition d'urgence à laquelle est subordonné le prononcé d'une mesure de suspension doit être regardée comme remplie lorsque la décision contestée préjudicie de manière suffisamment grave et immédiate à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande tendant à la suspension d'une telle décision, d'apprécier concrètement, compte-tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de celle-ci sur la situation de ce dernier ou le cas échéant, des personnes concernées, sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue.

4. Eu égard à l'intérêt public qui s'attache à la couverture du territoire national par les réseaux de téléphonie mobile, à la nécessité d'une transition des infrastructures de téléphonie vers la technologie 5G, aux intérêts propres de la société de la société Free Mobile qui a pris des engagements vis-à-vis de l'Etat quant à la couverture du territoire par son réseau, à la circonstance que la commune se contente de produire une carte de couverture par les réseaux 3G et 4G qui ont vocation à disparaitre et à la saturation de la capacité des antennes relais existantes au regard du nombre d'utilisateurs de la commune, il ressort des pièces du dossier que le projet d'installation dans de nouvelles fausses cheminées permettant d'étendre la couverture du territoire de la commune par la technologie 5G est de nature à améliorer la qualité du service rendu aux usagers dans le secteur concerné de la commune. Dès lors la condition d'urgence doit être regardée comme remplie.

En ce qui concerne le doute sérieux quant à la légalité des actes attaqués :

5. Aux termes de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme : " Le projet peut être refusé ou n'être accepté que sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales si les constructions, par leur situation, leur architecture, leurs dimensions ou l'aspect extérieur des bâtiments ou ouvrages à édifier ou à modifier, sont de nature à porter atteinte au caractère ou à l'intérêt des lieux avoisinants, aux sites, aux paysages naturels ou urbains ainsi qu'à la conservation des perspectives monumentales ".

6. Pour s'opposer à la déclaration préalable déposée par la société Free Mobile, le maire de la commune de L'Isle-Adam s'est fondé sur les dispositions de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme qui sont relatives à " l'atteinte au caractère ou à l'intérêt des lieux avoisinants ", et entend désormais se fonder de façon complémentaire sur une base légale tirée du règlement de la zone UM du plan local d'urbanisme de la commune de L'Isle-Adam relatives à la

" modification de l'aspect extérieur d'une construction ".

7. Il résulte de l'instruction que le projet est situé en zone UM du plan local d'urbanisme, qui est caractérisee par la présence d'immeubles d'habitat collectif et de commerces. Le bâtiment sur lequel est implanté la cheminée est un bâtiment d'habitation qui ne présente aucune caractéristique esthétique ou architecturale particulière et fait face à un parc de stationnement de véhicules automobiles. En outre, le projet consiste en l'implantation d'antennes relai insérées dans une fausse cheminée qui a la même apparence qu'une cheminée existante et que celles situés sur un bâtiment à proximité immédiate. Si le bâtiment d'assiette est situé à 150 mètres de l'Etang des Trois Sources et à 300 mètres du Parc de la commune, la parcelle concernée est située dans une zone qui ne fait l'objet d'aucune protection particulière. Dans ces conditions, le motif tiré de la méconnaissance par la déclaration de travaux de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme n'est pas susceptible de fonder le refus d'autorisation d'urbanisme attaqué. Dès lors, le moyen tiré de ce que la décision attaquée ne peut être fondée sur les prescriptions de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme est propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant la légalité de cette décision.

8. Si la commune de L'Isle-Adam entend désormais se fonder sur une base légale complémentaire tirée de l'application du règlement de la zone UM du plan local d'urbanisme de la commune relatif à la " modification de l'aspect extérieur d'une construction ", il résulte de l'instruction que les dispositions dont la substitution est demandée se situent dans un paragraphe intitulé " prescription particulières " qui n'est applicable qu'aux " constructions identifiées comme présentant un intérêt pour le patrimoine commun ". Dès lors que la construction hébergeant les antennes ne fait pas l'objet d'une telle identification, la base légale dont la substitution est demandée n'est pas susceptible de fonder la décision attaquée.

9. Aux termes de l'article L. 600-4-1 du code de l'urbanisme : " Lorsqu'elle annule pour excès de pouvoir un acte intervenu en matière d'urbanisme ou en ordonne la suspension, la juridiction administrative se prononce sur l'ensemble des moyens de la requête qu'elle estime susceptibles de fonder l'annulation ou la suspension, en l'état du dossier ". Aucun autre moyen n'est susceptible de fonder, en l'état du dossier, l'annulation de la décision attaquée.

10. Il résulte de tout ce qui précède que la société Free Mobile est fondée à demander la suspension de l'exécution de décision de 6 avril 2023 du maire de la commune de L'Isle-Adam portant opposition à la déclaration de travaux déposé le 20 mars 2023 par la société Free mobile et de la décision par laquelle le maire de la commune de L'Isle-Adam a rejeté son recours gracieux.

Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :

11. Aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution ".

12. Aux termes de L. 424-3 du Code de l'urbanisme : " Lorsque la décision rejette la demande ou s'oppose à la déclaration préalable, elle doit être motivée. Cette motivation doit indiquer l'intégralité des motifs justifiant la décision de rejet ou d'opposition, notamment l'ensemble des absences de conformité des travaux aux dispositions législatives et réglementaires mentionnées à l'article L 421-6 ". Aux termes de l'article R*424-13 de ce code : " En cas de permis tacite ou de non-opposition à un projet ayant fait l'objet d'une déclaration, l'autorité compétente en délivre certificat sur simple demande du demandeur, du déclarant ou de ses ayants droit. Ce certificat mentionne la date d'affichage en mairie ou la date de publication par voie électronique de l'avis de dépôt prévu à l'article R. * 423-6. En cas de permis tacite, ce certificat indique la date à laquelle le dossier a été transmis au préfet ou à son délégué dans les conditions définies aux articles L. 2131-1 et L. 2131-2 du code général des collectivités territoriales ".

13. Les dispositions de l'article L. 424-3 du code de l'urbanisme visent à imposer à l'autorité compétente de faire connaitre tous les motifs susceptibles de fonder le rejet de la demande d'autorisation d'urbanisme ou de l'opposition à la déclaration préalable. Combinées avec les dispositions de l'article L. 600-4-1 du code de l'urbanisme, elles mettent le juge administratif en mesure de se prononcer sur tous les motifs susceptibles de fonder une telle décision. Il ressort des travaux parlementaires de la loi du 6 août 2015 que ces dispositions ont pour objet de permettre d'accélérer la mise en œuvre de projets conformes aux règles d'urbanisme applicables en faisant obstacle à ce qu'en cas d'annulation par le juge du refus opposé à une demande d'autorisation d'urbanisme ou de l'opposition à la déclaration préalable, et compte tenu de ce que les dispositions de l'article L. 600-2 conduisent à appliquer le droit en vigueur à la date de la décision annulée, l'autorité compétente prenne une nouvelle décision de refus ou d'opposition.

14. Il résulte de ce qui précède que, lorsque le juge suspend l'exécution d'un refus d'autorisation ou une opposition à une déclaration après avoir censuré l'ensemble des motifs que l'autorité compétente a énoncés dans sa décision conformément aux prescriptions de l'article L. 424-3 du code de l'urbanisme ainsi que, le cas échéant, les motifs qu'elle a pu invoquer en cours d'instance, il doit, s'il est saisi de conclusions à fin d'injonction, ordonner à l'autorité compétente de délivrer l'autorisation ou de prendre une décision de non-opposition. Il n'en va autrement que s'il résulte de l'instruction soit que les dispositions en vigueur à la date de la décision annulée, qui eu égard aux dispositions de l'article L. 600-2 demeurent applicables à la demande, interdisent de l'accueillir pour un motif que l'administration n'a pas relevé, ou que, par suite d'un changement de circonstances, la situation de fait existant à la date du jugement y fait obstacle.

15. Eu égard à l'illégalité du seul motif opposé dans la décision attaquée, à la circonstance que la base légale dont la substitution est demandée ne peut fonder le refus d'autorisation d'urbanisme attaqué et en l'absence de motif non relevé par l'administration qui permettrait de le fonder, la suspension de l'exécution de la décision du 6 avril 2023 par laquelle le maire de la commune de L'Isle-Adam s'est opposé à la déclaration préalable déposée par la société Free Mobile implique nécessairement la délivrance d'une décision provisoire de non opposition à déclaration préalable. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu d'enjoindre au maire de la commune de L'Isle-Adam de délivrer à la société Free mobile, dans un délai de quinze jours à compter de la mise à disposition de la présente ordonnance, une décision provisoire de non opposition à la déclaration préalable de travaux déposée le 20 mars 2023 par la société Free mobile, jusqu'à ce que le tribunal statue sur la requête au fond. En revanche, il n'y a pas lieu de prononcer une astreinte.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

16. Il résulte des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, que le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée, et peut, même d'office, ou pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation.

17. Ces dispositions font obstacle à ce qu'il soit fait droit aux conclusions dirigées contre la SAS Free Mobile qui n'est pas, dans la présente instance de référé, la partie perdante. En revanche, il y a lieu de mettre à la charge de la commune de L'Isle-Adam la somme de 1. 000 euros au titre des frais liés à l'instance exposés par la SAS Free Mobile en application de l'article L. 761-1 du code de la justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : L'exécution de l'arrêté du 6 avril 2023 par lequel le maire de la commune de

l'Isle-Adam s'est opposé à la déclaration préalable de travaux déposée le 20 mars 2023 par la société Free Mobile et de la décision implicite rejetant un gracieux est suspendue.

Article 2 : Il est enjoint au maire de la commune de L'Isle-Adam de délivrer à la société Free mobile, dans un délai de quinze jours à compter de la mise à disposition de la présente ordonnance, une décision provisoire de non opposition à la déclaration préalable de travaux déposée le 20 mars 2023 par la société Free mobile

Article 3 : La commune de l'Isle-Adam versera à la société Free Mobile la somme de 1.000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête et les conclusions de la commune de

L'Isle-Adam au titre des frais liés à l'instance en application de l'article L.761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à la société Free Mobile et à la commune de l'Isle-Adam.

Fait à Cergy, le 6 février 2024.

Le juge des référés,

Signé

G. Thobaty

La République mande et ordonne au préfet du Val-d'Oise en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.0

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