Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2400360

mercredi 22 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2400360
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation10ème Chambre

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 10 janvier 2024 et le 4 avril 2024, M. B A, représenté par Me Monconduit, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

à titre principal :

1°) d'annuler l'arrêté en date du 4 décembre 2023 par lequel le préfet des Hauts-de-Seine a refusé de renouveler son titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an ;

2°) d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine, dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " ou " salarié " ou " travailleur temporaire " ;

à titre subsidiaire :

3°) d'annuler les décisions en date du 4 décembre 2023 par lesquelles le préfet des Hauts-de-Seine l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an ;

4°) d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine, dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, de réexaminer sa situation ;

à titre infiniment subsidiaire :

5°) d'annuler la décision en date du 4 décembre 2023 par lequel le préfet des Hauts-de-Seine l'a interdit de retour sur le territoire français pour une durée d'un an ;

en tout état de cause :

6°) d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans un délai de sept jours à compter de la notification du jugement à intervenir ;

7°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation personnelle;

- elle est entachée d'un vice de procédure dès lors que la commission des titres de séjour n'a pas été saisie ;

- elle est entachée d'une erreur de droit dès lors que sa demande a été examinée sur le fondement du L. 421-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et non sur celui du paragraphe 32 de l'article 3 de l'accord franco-sénégalais ;

- elle est entachée d'une erreur de fait dès lors qu'elle indique qu'il est entré en France en 2017 alors qu'il est entré en 2008 ;

- elle est entachée d'une erreur de fait dès lors que le préfet a considéré qu'il ne présentait pas de contrat de travail visé alors qu'il avait déposé avant l'édiction de la décision attaquée une demande d'autorisation de travail qui n'a pas été examinée ;

- elle est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation au regard du paragraphe 32 de l'article 3 de l'accord franco-sénégalais et de l'article L. 421-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il a été involontairement privé d'emploi et perçoit des allocations de retour à l'emploi, ce qui devait conduire à lui faire application de ce dernier article et de prolonger son titre de séjour ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation commise par le préfet dans l'exercice de son pouvoir discrétionnaire de régularisation ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

- elle est illégale dès lors qu'elle est fondée sur une décision portant refus de titre de séjour elle-même illégale.

En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français :

- elle est illégale dès lors qu'elle est fondée sur une décision portant obligation de quitter le territoire français elle-même illégale ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation personnelle ;

- elle est privée de base légale dès lors qu'elle se fonde sur l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile au lieu de l'article L. 612-8 du même code ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des articles L. 612-8 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

Par un mémoire en défense, enregistré le 2 avril 2024, le préfet des Hauts-de-Seine conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.

Par ordonnance du 8 avril 2024, la clôture d'instruction a été fixée au 23 avril 2024.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord du 23 septembre 2006 entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement de la République du Sénégal relatif à la gestion concertée des flux migratoires ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Moinecourt, conseillère,

- et les observations de Me Veillat, substituant Me Monconduit.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant sénégalais né le 14 août 1985 indique être entré sur le territoire français en 2008. Il a sollicité le renouvellement de son titre de séjour sur le fondement de l'article L. 421-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par la présente requête, il demande au tribunal l'annulation de l'arrêté du 4 décembre 2023 par lequel le préfet des Hauts-de-Seine a rejeté sa demande, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et l'a interdit de retour sur le territoire français pour une durée d'un an.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de la décision attaquée, M. A aurait déclaré être entré en France en 2017. Il ressort pourtant des pièces du dossier que M. A, qui présente plusieurs justificatifs pour chaque année, est présent en France depuis 2008. Ainsi, le préfet des Hauts-de-Seine, a estimé que M. A ne pouvait bénéficier d'une mesure de régularisation à titre discrétionnaire au regard de sa situation personnelle et a examiné l'ancienneté de ses liens personnels et de sa présence sur le territoire français au regard d'une durée de séjour de six années au lieu de quinze. Dans ces conditions, M. A est fondé à soutenir que le préfet des Hauts-de-Seine a commis une erreur de fait en indiquant une date d'entrée sur le territoire français postérieure de neuf années à celle établie par le requérant.

3. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de statuer sur les autres moyens de la requête, que M. A est fondé à demander l'annulation de l'arrêté attaqué du 4 décembre 2023 en toutes ses dispositions.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

4. Eu égard au motif d'annulation retenu, il y a seulement lieu, en application de l'article L. 911-1 du code de justice administrative, d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine, ou au préfet territorialement compétent compte-tenu du lieu de résidence de M. A, de réexaminer sa situation dans un délai de deux mois à compter de la date de notification du présent jugement et de le munir dans cette attente, dans un délai de quinze ours, d'une autorisation provisoire de séjour.

Sur les frais liés au litige :

5. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

DECIDE :

Article 1 : L'arrêté du préfet des Hauts-de-Seine en date du 4 décembre 2023 est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet des Hauts-de-Seine, ou au préfet compétent au regard du lieu de résidence actuel de M. A, de procéder au réexamen de sa demande de titre de séjour dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement et de le munir, dans cette attente, dans un délai de quinze jours, d'une autorisation provisoire de séjour.

Article 3 : L'Etat versera à M. A la somme de 1 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet des Hauts-de-Seine.

Délibéré après l'audience du 6 mai 2024, à laquelle siégeaient :

M. Ouillon, président,

Mme Charlery, première conseillère,

Mme Moinecourt, conseillère,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 mai 2024.

La rapporteure,

signé

L. Moinecourt

Le président,

signé

S. OuillonLa greffière,

signé

M-J. Ambroise

La République mande et ordonne au préfet des Hauts-de-Seine en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.