Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2400435

mardi 13 février 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2400435
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantCENTAURE AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires complémentaires enregistrés les 12 et 31 janvier 2024, le syndicat des copropriétaires du 69 rue Anatole France à Levallois-Perret, le syndicat des copropriétaires du 49 rue Aristide Briand à Levallois-Perret, Mme G H, Mme L I, M. K E, M. Q M, M. O M, Mme C A, Mme B J, Mme P F, M. D N et la société JM Invest, représentés Me Sechi, demandent au juge des référés, statuant par application des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) d'ordonner la suspension de l'exécution de l'arrêté n° PC 92044 22 D0021 du 16 mai 2023 par lequel le maire de la commune de Levallois-Perret a délivré à la société Edgar Suites Anatole Levallois un permis de construire, portant sur la transformation des immeubles de bureau en résidence hôtelière, la surélévation d'un bâtiment en R+5 et la construction d'un nouveau bâtiment en R+1, sur un terrain situé au 71 rue Anatole France et 47 rue Aristide Briand, à Levallois-Perret, ensemble la décision du 3 août 2023 rejetant leur recours gracieux ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Levallois-Perret la somme de 2 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, ainsi que les entiers dépens.

Ils soutiennent que :

- la requête est recevable, dès lors qu'ils disposent d'un intérêt à agir en tant que voisins immédiats au projet de construction, et que la cristallisation des moyens sur le recours au fond n'est pas encore intervenue conformément aux dispositions de l'article L. 600-3 du code de l'urbanisme ;

- la condition d'urgence est présumée satisfaite en application de l'article L. 600-3, et dès lors que les travaux de construction du projet ont débuté ;

- il existe des moyens de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision :

* le permis de construire est entaché d'un vice d'incompétence ;

* le dossier de demande de permis de construire est incomplet dès lors que la notice architecturale et le plan de masse ne contiennent pas les éléments nécessaires pour apprécier le respect des règles relatives aux espaces libres, en méconnaissance de l'article UA 14 du règlement du PLU de la commune de Levallois-Perret ;

* le permis de construire est entaché d'un vice de procédure dès lors que le permis n'a pas fait l'objet d'une dérogation pour la gestion des eaux pluviales auprès de la direction de l'eau du département des Hauts-de-Seine, et fera l'objet d'une instruction complémentaire ;

* le projet méconnait les dispositions de l'article UA 4.2.2 du règlement du PLU de la commune de Levallois-Perret relatif à la gestion des eaux pluviales et de l'article 38 du règlement département d'assainissement des Hauts-de-Seine dès lors que le permis n'a pas fait l'objet d'une dérogation pour la gestion des eaux pluviales auprès de la direction de l'eau du département des Hauts-de-Seine ;

* le projet méconnait les dispositions de l'article 4.4.1 du règlement du PLU de la commune de Levallois-Perret dès lors, d'une part, que l'espace de stockage des déchets ne prévoit pas de dispositif fermé et isolé, et, d'autre part, que la manipulation des récipients et des bacs ne peut être assurée sans difficulté ;

* le projet méconnait les dispositions l'article UA 8.1.3 du règlement du PLU de la commune de Levallois Perret en ce qui concerne la distance entre deux bâtiments contigus ;

* le projet méconnait les dispositions de l'article UA 13.2.1.2, UA 13.2.2.1, et UA 13.2.3.1 du règlement du PLU de la commune de Levallois-Perret dès lors qu'il n'est pas vérifié que le projet dispose d'une superficie minimale d'espace libre, que cette superficie est aménagée d'espaces verts, et que les espaces verts comportent une épaisseur suffisante.

Par un mémoire en défense enregistré le 31 janvier 2024, la commune de Levallois-Perret, représentée par Me Moghrani conclut :

1°) au rejet de la requête en raison d'un défaut d'urgence et de moyens de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision ;

2°) à la mise à la charge des requérants de la somme de 4.000 euros au titre des frais liés à l'instance en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Par un mémoire en défense enregistré le 31 janvier 2024 et un mémoire complémentaire enregistré le 1er février 2024, la société Edgar Suites Anatole Levallois, représentée par Me Gosseye conclut:

1°) au rejet de la requête en raison d'un défaut d'intérêt à agir et de moyens de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision ;

2°) à la mise à la charge des requérants de la somme de 5.000 euros au titre des frais liés à l'instance en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête n° 2313437, enregistrée le 2 octobre 2023, par laquelle les requérants demandent l'annulation de l'arrêté contesté.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Thobaty, vice-président, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement convoquées à l'audience du 1er février 2024 à 10h00.

Ont été entendus, au cours de l'audience publique, tenue en présence de Mme El Moctar, greffière d'audience :

- le rapport de M. Thobaty, juge des référés ;

- les observations de Me Sechi, pour les requérants, qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens ;

- les observations de Me Moghrani, représentant la commune de Levallois-Perret, qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens ;

- les observations de Me Playe, représentant la société Edgar Suites Anatole Levallois, qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens.

Après avoir prononcé, à l'issue de l'audience, la clôture de l'instruction.

Considérant ce qui suit :

1. Par un arrêté du 16 mai 2023, le maire de la commune de Levallois-Perret a délivré un permis de construite à la société Edgar Suites Anatole Levallois en vue de la transformation d'immeubles de bureau en résidence hôtelière, de la surélévation d'un bâtiment en R+5 et de la construction d'un nouveau bâtiment en R+1, sur un terrain situé 71, rue Anatole France et 47, rue Aristide Briand, à Levallois-Perret. Les requérants, résidants au 69 rue Anatole France (parcelle cadastrée n° OT 0096) et au 49 rue Aristide Briand (parcelle cadastrée n° OT 0169) à Levallois-Perret, ont présenté un recours gracieux le 13 juillet 2023 tendant au retrait de ce permis de construire qui a été explicitement rejeté par une décision du 3 août 2023. Par la présente requête, les requérants demandent au juge des référés, statuant sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, de suspendre l'exécution du permis de construire accordé à la société Edgar Suites Anatole Levallois, ensemble la décision du 3 août 2023 rejetant leur recours gracieux ;

Sur les conclusions aux fins de suspension :

2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".

3. En l'état de l'instruction, les moyens soulevés par les requérants, tels que visés dans la présente ordonnance, n'apparaissent manifestement pas propres à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée. Par suite et sans qu'il soit besoin d'examiner si la condition tenant à l'urgence est remplie, il y a lieu de rejeter la requête.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

4. Il résulte des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, que le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée, et peut, même d'office, ou pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation.

5. Ces dispositions font obstacle aux conclusions des requérants présentées en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et dirigées contre la commune de Levallois-Perret qui n'est pas, dans la présente instance de référé, la partie perdante.

6. Il y a lieu, en revanche, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge solidaire des requérants, le syndicat des copropriétaires du 69 rue Anatole France à Levallois-Perret, le syndicat des copropriétaires du 49 rue Aristide Briand à Levallois-Perret, Mme G H, Mme L I, M. K E, M. Q M, M. O M, Mme C A, Mme B J, Mme P F, M. D N et la société JM Invest, la somme de 900 euros au titre des frais liés à l'instance engagés par la commune de Levallois-Perret en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et la somme de 900 euros au titre des frais liés à l'instance engagés par la société Edgar Suites Anatole Levallois en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête est rejetée.

Article 2 : Le syndicat des copropriétaires du 69 rue Anatole France à Levallois-Perret, le syndicat des copropriétaires du 49 rue Aristide Briand à Levallois-Perret, Mme G H, Mme L I, M. K E, M. Q M, M. O M, Mme C A, Mme B J, Mme P F, M. D N et la société JM Invest verseront solidairement la somme de 900 euros à la commune de commune de Levallois-Perret en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le syndicat des copropriétaires du 69 rue Anatole France à Levallois-Perret, le syndicat des copropriétaires du 49 rue Aristide Briand à Levallois-Perret, Mme G H, Mme L I, M. K E, M. Q M, M. O M, Mme C A, Mme B J, Mme P F, M. D N et la société JM Invest verseront solidairement la somme de 900 euros à la société Edgar Suites Anatole Levallois en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée au syndicat des copropriétaires du 69 rue Anatole France à Levallois-Perret, au syndicat des copropriétaires du 49 avenue Aristide Briand à Levallois-Perret, à Mme G H, Mme L I, M. K E, M. Q M, M. O M, Mme C A, Mme B J, Mme P F, M. D N, à la société JM Invest, à la commune de Levallois-Perret et à la société Edgar Suites Anatole Levallois.

Fait à Cergy, le 13 février 2024.

Le juge des référés,

signé

G. Thobaty

La République mande et ordonne au préfet des Hauts-de-Seine en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.0