Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2400444

vendredi 9 février 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2400444
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 12 janvier 2024, Mme B A, représentée par Me Toujas, demande au juge des référés sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) d'ordonner la suspension de l'exécution de la décision du préfet des Hauts-de-Seine en date du 21 décembre 2023 portant clôture de sa demande de renouvellement de titre de séjour ;

2°) d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine d'enregistrer sa demande de renouvellement de carte de séjour pluriannuelle et de lui remettre un récépissé portant autorisation de travail dans un délai de cinq jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1.200 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la condition d'urgence est présumée satisfaite dès lors que la clôture de la demande de titre de séjour a les mêmes effets qu'une décision de refus, et qu'elle sera, en l'absence de récépissé de demande de renouvellement de titre de séjour, en situation irrégulière le 10 février prochain et fera face à des difficultés professionnelles et financières ;

Plusieurs moyens sont de nature à créer un doute sérieux sur la légalité de la décision attaquée :

* elle est entachée d'un vice d'incompétence dès lors qu'elle ne comporte aucune mention relative à son auteur ;

* elle méconnait les dispositions de l'article R. 431-20 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire en défense enregistré le 29 janvier 2024, le préfet des Hauts-de-Seine conclut au rejet de la requête au motif que la requête au fond est irrecevable et en l'absence d'urgence et de moyens de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision.

Vu :

- les autres pièces du dossier

- la requête n° 2400434, enregistrée le 12 janvier 2024, par laquelle Mme A demande l'annulation de la décision contestée.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Thobaty, vice-président, en application des dispositions de l'article L. 511-2 du code de justice administrative, pour statuer sur les requêtes en référé.

Les parties ont été régulièrement convoquées à l'audience du 30 janvier 2024 à 10h00.

Ont été entendus au cours de l'audience publique, tenue en présence de Mme Soulier, greffière :

- le rapport de M. Thobaty, juge des référés ;

- et les observations de Me Toujas, représentant Mme A, qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B A, ressortissante marocaine née le 29 février 1996, est entrée régulièrement sur le territoire français muni d'un visa D portant la mention " salarié " valable jusqu'au 10 août 2023. Le 9 août 2023, elle a présenté une demande de renouvellement de son titre de séjour auprès de la préfecture de la Loire-Atlantique. Désormais domiciliée à Puteaux depuis novembre 2023, elle a sollicité la délivrance d'une carte de séjour portant la mention " passeport talent " sur la plateforme de l'administration numérique pour les étrangers en France (ANEF) auprès de la préfecture des Hauts-de-Seine. Sa demande a toutefois été clôturée par une décision du 21 décembre 2023. Par la présente requête, Mme A, demande au juge des référés statuant sur les dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, d'ordonner la suspension de cette décision.

Sur les conclusions à fin de suspension :

2. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 521-1 du code de justice administrative " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".

En ce qui concerne la condition d'urgence :

3. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande de suspension d'une décision refusant la délivrance d'un titre de séjour, d'apprécier et de motiver l'urgence compte tenu de l'incidence immédiate du refus de titre de séjour sur la situation concrète de l'intéressé. Cette condition d'urgence sera, en principe, constatée dans le cas d'un refus de renouvellement du titre de séjour, comme dans le cas d'un retrait de celui-ci. Dans les autres cas parmi lesquels figurent les demandes de changement de fondement de titre de séjour, il appartient au requérant de justifier de circonstances particulières caractérisant la nécessité pour lui de bénéficier, à très bref délai, d'une mesure provisoire dans l'attente d'une décision juridictionnelle statuant sur la légalité de la décision litigieuse.

4. Eu égard au blocage de la situation administrative de Mme A qui résulte du fait que les services de la préfecture des Hauts-de-Seine persistent à refuser d'instruire sa demande de titre de séjour au motif qu'elle ne résiderait pas dans les Hauts-de-Seine et aurait une demande de titre de séjour en cours d'examen dans les services de la préfecture de la Loire-Atlantique, alors même que les services de la Loire-Atlantique ont expressément indiqué que le dossier de Mme A était clôturé dans ce département et que l'attestation de dépôt émise le 17 décembre 2023 par les services de la préfecture des Hauts-de-Seine mentionne une adresse au 46 rue Marius Jacotot à Puteaux, la condition d'urgence prévue par l'article L. 521-1 du code de justice administrative doit être regardée comme remplie.

En ce qui concerne le doute sérieux :

5. Aux termes de l'article R. 431-20 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Sous réserve de l'exception prévue à l'article R. 426-3, le titre de séjour est délivré par le préfet du département dans lequel l'étranger a sa résidence et, à Paris, par le préfet de police ".

6. Il ressort de l'instruction que le refus d'instruire la demande de titre de séjour de

Mme A est fondé sur le fait qu'elle résiderait en Loire-Atlantique, alors que Mme A établit que son dossier est clôturé dans le département de Loire-Atlantique et qu'elle réside au

46 rue Marius Jacotot à Puteaux. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision attaquée méconnaît l'article R. 431-20 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile est propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée. Par suite, il y a lieu d'ordonner la suspension de l'exécution de la décision du 21 décembre 2023 par laquelle le préfet des Hauts-de-Seine a refusé d'instruire la demande titre de séjour de

Mme A.

Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :

7. Aux termes de l'article L. 511-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés statue par des mesures qui présentent un caractère provisoire. Il n'est pas saisi du principal et se prononce dans les meilleurs délais ".

8. Aux termes de l'article L. 431-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La détention d'un document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour, d'une attestation de demande d'asile ou d'une autorisation provisoire de séjour autorise la présence de l'étranger en France sans préjuger de la décision définitive qui sera prise au regard de son droit au séjour. Sous réserve des exceptions prévues par la loi ou les règlements, ces documents n'autorisent pas leurs titulaires à exercer une activité professionnelle ". Aux termes de son article L. 431-5 : " La délivrance d'un document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour, d'une attestation de demande d'asile ou d'une autorisation provisoire de séjour n'a pas pour effet de régulariser les conditions de l'entrée en France, sauf s'il s'agit d'un étranger qui s'est vu reconnaître la qualité de réfugié ou accorder le bénéfice de la protection subsidiaire en application du livre V ".

9. Aux termes de son article R. 431-2 : " La demande d'un titre de séjour figurant sur une liste fixée par arrêté du ministre chargé de l'immigration s'effectue au moyen d'un téléservice à compter de la date fixée par le même arrêté. Les catégories de titres de séjour désignées par arrêté figurent en annexe 9 du présent code. () En outre, une solution de substitution, prenant la forme d'un accueil physique permettant l'enregistrement de la demande, est mise en place pour l'étranger qui, ayant accompli toutes les diligences qui lui incombent, notamment en ayant fait appel au dispositif d'accueil et d'accompagnement prévu à l'alinéa précédent, se trouve dans l'impossibilité constatée d'utiliser le téléservice pour des raisons tenant à la conception ou au mode de fonctionnement de celui-ci. / Le ministre chargé de l'immigration fixe par arrêté les modalités de l'accueil et de l'accompagnement mentionnés au deuxième alinéa ainsi que les conditions de recours et modalités de mise en œuvre de la solution de substitution prévue au troisième alinéa ".

10. Eu égard aux conséquences qu'a sur la situation d'un étranger, notamment sur son droit à se maintenir en France et, dans certains cas, à y travailler, la détention du récépissé qui lui est en principe remis après l'enregistrement de sa demande et au droit qu'il a de voir sa situation examinée au regard des dispositions relatives au séjour des étrangers en France, il incombe à l'autorité administrative, après lui avoir fixé un rendez-vous, de le recevoir en préfecture et, si son dossier est complet, de procéder à l'enregistrement de sa demande, dans un délai raisonnable.

11. Il résulte de l'instruction que la carte de séjour " passeport talent " dont

Mme A a demandé la délivrance figure parmi les catégories de titres relevant de la plateforme " Administration Numérique des Étrangers en France " (ANEF) et que la requérante a recouru à ce téléservice pour présenter sa demande de titre de séjour et a subi un blocage de l'instruction de sa demande pour un motif erroné en fait et en droit.

12. Il résulte de ce qui précède qu'il y a lieu d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine de délivrer à Mme A, dans un délai de trois semaines, une attestation de prolongation de l'instruction de sa demande de titre de séjour valant autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler pendant l'instruction de sa demande de titre de séjour. Il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés à l'instance :

13. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'État une somme de 700 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative à verser à Mme A au titre des frais liés à l'instance en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : L'exécution de la décision du 21 décembre 2023 par laquelle le préfet des

Hauts-de-Seine a refusé d'instruire la demande de titre de séjour de Mme A est suspendue.

Article 2 : Il est enjoint au préfet des Hauts-de-Seine de délivrer à Mme A, dans un délai de trois semaines à compter de la mise à disposition de cette ordonnance, une attestation de prolongation de l'instruction de la demande de titre de séjour de Mme A valant autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler pendant l'instruction de sa demande de titre de séjour.

Article 3 : L'État versera à Mme A une somme de 700 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme B A, au préfet des

Hauts-de-Seine et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Fait à Cergy, le 9 février 2024.

Le juge des référés,

Signé

M. Thobaty

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.0