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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2400451

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2400451

mardi 6 février 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2400451
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Avocat requérantBAZIN & ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 12 janvier 2024, Mme A B, représentée par

Me Mazza, demande au juge des référés, statuant en application des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) d'ordonner la suspension de l'exécution de la décision du 21 octobre 2023 par laquelle l'Autorité nationale des jeux (ANJ) a prononcé son licenciement ;

2°) d'ordonner la suspension de la décision du 21 décembre 2023 par laquelle l'ANJ l'a placée en congé sans traitement pour une durée de trois mois à compter du 31 décembre 2023 et reportant d'autant la date d'effet de son licenciement ;

3°) d'enjoindre à l'Autorité nationale des jeux (ANJ) de la réintégrer dans ses effectifs à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir ;

4°) de mettre à la charge de l'Autorité nationale des jeux (ANJ) la somme de

2.000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la condition d'urgence est présumée, dès lors qu'elle est placée en congé sans traitement et que les décisions attaquées lui suppriment toute rémunération et la privent d'un emploi, la plaçant dans une situation de précarité financière ;

- il existe des moyens de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité des décisions attaquées :

* elles sont entachées d'un vice de procédure, dès lors que la composition de la commission consultative paritaire chargée de rendre un avis sur la mesure de licenciement est irrégulière ; que la commission qui s'est réunie le 28 septembre 2023 pour émettre un avis sur son licenciement n'a pas été informée des motifs empêchant son reclassement ;

* elles sont entachées d'un vice de procédure, dès lors que l'intégralité de son dossier ne lui a pas été communiqué en contradiction avec les dispositions de l'article 45-2 du décret du 17 janvier 1986 et de l'article 65 de la loi du 12 avril 1905;

* elles sont insuffisamment motivées, dès lors que l'Autorité nationale des jeux (ANJ) ne rapporte pas la preuve de la suppression de son poste qui selon les termes de la décision du 31octobre 2023 aurait été supprimé en 2013, entachant cette décision d'une erreur matérielle ;

* l'ANJ a méconnu les dispositions de l'article 45-5 du décret n°86-83 du 17 janvier 1986 relatif aux dispositions générales applicables aux agents contractuels de l'Etat, dès lors qu'aucune offre de reclassement ne lui a été proposée et sans justifier les motifs de refus de proposition de reclassement ;

* l'ANJ a méconnu les dispositions de l'article 45-3 du décret n°86-83 du 17 janvier 1986 relatif aux dispositions générales applicables aux agents contractuels de l'Etat, dès lors que son licenciement n'est pas motivé par la suppression du besoin ou de l'emploi qui a justifié son recrutement ;

* l'ANJ a méconnu les dispositions des articles L. 131-1 et L. 131-8 du code général de la fonction publique, dès lors que la procédure de licenciement constitue une discrimination liée à son état de santé et à son handicap ;

Par un mémoire enregistré le 22 janvier 2024, l'Autorité nationale des jeux (ANJ) conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir :

- en ce qui concerne la condition d'urgence, elle entend s'en rapporter à la sagesse du tribunal

- aucun des moyens invoqués n'est de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité des décisions attaquées.

Vu :

- la requête n° 2400889, enregistrée le 19 janvier 2024, par laquelle Mme B demande l'annulation des décisions attaquées ;

- les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la loi du 12 avril 1905 ;

- le décret n°86-83 du 17 janvier 1986 relatif aux dispositions générales applicables aux agents contractuels de l'Etat ;

- le code général de la fonction publique ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal, a désigné Mme Le Griel, vice-présidente, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative, pour statuer sur les requêtes en référé.

Les parties ont été régulièrement convoquées à l'audience du 24 janvier 2024 à 10h00.

Ont été entendus lors de l'audience publique, tenue en présence de M. Grospierre, greffier d'audience :

- le rapport de Mme Le Griel, juge des référés ;

- les observations de Me Gass, subsitutant Me Mazza, représentant la requérante

Mme A B, qui conclut par les mêmes moyens aux mêmes fins et insiste sur l'absence de proposition de reclassement et sur le caractère discriminatoire de la mesure contestée.

- et les observations de Me Bazin pour l'Autorité nationale des jeux (ANJ) qui confirme ses écritures et insiste sur le fait que l'ANJ, petite structure, ne dispose pas de poste vacant correspondant aux compétences et au profil de la requérante. Le poste de responsable ressources humaines et carrière et paie a été supprimé. Les missions y afférentes ne correspondant pas à un équivalent temps plein au regard de l'effectif de l'autorité nationale des jeux 55 agents en 2020 et 79 en 2023. Ces activités correspondent à une semaine de travail mensuel et ont été réaffectées au portefeuille de l'autre agent RH. Le poste occupé à titre provisoire par la requérante à la direction de la protection des joueurs revêtait un aspect administratif mais cette affectation n'a pas été concluante, elle s'est vu ensuite confier des remplacements à titre temporaire. Le télétravail n'était pas possible eu égard à la nature des activités. Ces postes pour autant ne nécessitaient que peu de technique contrairement aux autres postes. La réorganisation en 2020 a conduit à la suppression du poste de responsable RH et au transfert des activités RH carrière et paie dans le portefeuille de l'agent RH formation sociale. La requérante qui était absente n'a donc pas été remplacée sur son poste. L'ANJ comporte sur la totalité de l'effectif 7 postes dits ressources, (RH, budget, logistique). Les 8 postes vacants à l'ANJ ne correspondent pas au profil de la requérante et nécessite une compétence très spécialisée.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".

2. Aux termes de l'article 1-2 du décret du 17 janvier 1986 : " L'administration porte à la connaissance de la commission consultative paritaire les motifs qui, le cas échéant, empêchent le reclassement de l'agent dans les conditions prévues au 3° de l'article 17 et à l'article 45-5 du présent décret. ". Aux termes de l'article 45-3 de ce décret : Sans préjudice des dispositions relatives au licenciement pour faute disciplinaire, pour insuffisance professionnelle ou pour inaptitude physique, le licenciement d'un agent contractuel recruté pour répondre à un besoin permanent doit être justifié par l'un des motifs suivants :/ 1° La suppression du besoin ou de l'emploi qui a justifié le recrutement de l'agent ; " Aux termes de l'article 45-5 de ce décret : " Le licenciement pour un des motifs prévus aux 1° à 4° de l'article 45-3 ne peut être prononcé que lorsque le reclassement de l'agent, dans un autre emploi que le code général de la fonction publique autorise à pourvoir par un agent contractuel et dans le respect des dispositions légales régissant le recrutement des agents contractuels, n'est pas possible() ./ Il s'effectue sur un emploi relevant de la même catégorie hiérarchique ou à défaut, et sous réserve de l'accord exprès de l'agent, d'un emploi relevant d'une catégorie inférieure./ L'offre de reclassement concerne les emplois des services relevant de l'autorité ayant recruté l'agent. L'offre de reclassement proposée à l'agent est écrite et précise. L'emploi proposé est compatible avec ses compétences professionnelles./ II.- Lorsque l'administration envisage de licencier un agent pour l'un des motifs mentionnés au I du présent article, elle convoque l'intéressé à un entretien préalable selon les modalités définies à l'article 47. A l'issue de la consultation de la commission consultative paritaire prévue à l'article 1er-2 elle lui notifie sa décision par lettre recommandée avec demande d'avis de réception ou par lettre remise en main propre contre décharge. / Cette lettre précise le ou les motifs du licenciement et la date à laquelle celui-ci doit intervenir, compte tenu des droits à congés annuels restant à courir et de la durée du préavis prévu à l'article 46. / Cette lettre invite également l'intéressé à présenter une demande écrite de reclassement, dans un délai correspondant à la moitié de la durée du préavis prévu à l'article 46 et indique les conditions dans lesquelles les offres de reclassement sont susceptibles de lui être adressées. / III.- En cas de reclassement, ne sont pas applicables à la rupture ou à la modification du contrat antérieur de l'agent les dispositions relatives à la fin de contrat prévues au chapitre Ier ni celles relatives au licenciement prévues au chapitre II. / ()/ V.- Dans l'hypothèse où l'agent a formulé une demande de reclassement et lorsque celui-ci ne peut être proposé avant l'issue du préavis prévu à l'article 46, l'agent est placé en congé sans traitement, à l'issue de ce délai, pour une durée maximale de trois mois, dans l'attente d'un reclassement dans les conditions prévues au I. / Le placement de l'agent en congé sans traitement suspend la date d'effet du licenciement. Une attestation de suspension du contrat de travail du fait de l'administration est délivrée à l'agent. / L'agent peut à tout moment, au cours de la période de trois mois mentionnée au premier alinéa du V, revenir sur sa demande de reclassement. Il est alors licencié. / En cas de refus de l'emploi proposé par l'administration ou en cas d'impossibilité de reclassement au terme du congé sans traitement de trois mois, l'agent est licencié ".

3. D'une part, la lettre recommandée, mentionnée au II de l'article 45-5 précité, par laquelle l'administration, après avoir convoqué l'agent contractuel à un entretien préalable et consulté la commission consultative paritaire, lui notifie sa décision de le licencier en précisant les motifs de son licenciement, la date à laquelle celui-ci doit intervenir et l'invite à présenter une demande écrite de reclassement dans un délai correspondant à la moitié de la durée du préavis prévu à l'article 46, a pour effet de priver l'agent de son emploi tel qu'il résulte de son contrat et, s'il n'est pas fait usage de la faculté de reclassement, de mettre fin à son emploi au sein de l'administration. D'autre part, il résulte des termes mêmes de ces dispositions que l'administration n'est tenue de procéder à une recherche de reclassement que lorsque l'agent auquel elle a notifié sa décision de le licencier et l'a invité à présenter une demande écrite de reclassement a présenté une telle demande, et que cette recherche ne peut être alors engagée que postérieurement à la lettre de notification de la décision de licenciement. Dès lors l'administration n'est ainsi tenue de procéder à une recherche de reclassement qu'après que l'agent, invité à le faire dans la décision de licenciement, a présenté une demande en ce sens.

4. Il résulte de l'instruction, que par lettre recommandée en date du 21 octobre 2023, l'ANJ a décidé du licenciement de Mme B, agent contractuel à durée indéterminée, après que l'intéressée a été convoquée à un entretien préalable le 22 août 2023 et après avis favorable de la commission consultative paritaire du 28 septembre 2023. Ce même courrier lui indiquait le motif de son licenciement à savoir, à la suite de la suppression du poste qu'elle occupait en qualité de responsable ressources humaines, carrière et paie de l'ANJ par décision du 27 avril 2023, et l'a invitée à présenter une demande de reclassement si elle le souhaitait, ce qu'elle a fait par courrier du 24 novembre 2023 confirmant une première demande laquelle était au demeurant préalable à la décision de licenciement. Par décision du 21 décembre 2023, l'ANJ l'a informée qu'aucun poste vacant susceptible de lui être confié n'avait été identifié et qu'elle était placée en congé sans traitement pour une durée de trois mois à compter du 31 décembre 2023 à la suite de sa demande de reclassement. Mme B demande au juge des référés, statuant sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, d'ordonner la suspension de l'exécution des décisions des 21 octobre et 21 décembre 2023.

5. En l'Etat de l'instruction, le moyen tiré de la méconnaissance par l'ANJ du droit au reclassement de la requérante n'apparait pas propre à créer un doute sérieux quant à la légalité des décisions attaquées, dès lors que, à la date de la présente ordonnance, la date d'effet du licenciement de la requérante est suspendue dans l'attente d'un reclassement et ce, jusqu'au 31 mars 2023, la période de recherche de reclassement n'étant donc pas expirée à la date de la présente ordonnance et d'autre part, eu égard, également à la liste et aux fiches descriptives des postes vacants produits par l'ANJ, non sérieusement contestée, exigeant des compétences techniques et spécialisées dont la requérante ne démontre pas disposer. Par ailleurs, les autres moyens invoqués tels que visés dans la présente ordonnance, n'apparaissent pas davantage de nature à créer un doute sérieux sur la légalité des décisions attaquées.

6. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'examiner si la condition tenant à l'urgence est remplie, qu'il y a lieu de rejeter les conclusions à fin de suspension présentées par Mme B ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A B et à l'Autorité nationale des jeux (ANJ).

Fait à Cergy le 6 février 2024.

La juge des référés,

Signé

H. Le Griel

La République mande au ministre de l'Économie, des Finances et de la Souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

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