Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2400506

jeudi 27 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2400506
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation4ème Chambre

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 15 janvier 2024, M. C, représenté par Me Chemin, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 28 décembre 2023 par lequel le préfet du Val-d'Oise a refusé de renouveler son titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être renvoyé ;

2°) d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise de lui délivrer un titre de séjour ou à défaut de réexaminer sa situation et dans cette attente de le munir d'une autorisation provisoire de séjour, le tout dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement et sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il doit être regardé comme soutenant que :

- l'arrêté est dépourvu de base légale dès lors que le préfet du Val-d'Oise n'apporte pas la preuve qu'il a sollicité par courrier son employeur afin qu'il lui indique le montant du salaire applicable ;

- il méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- il méconnaît les dispositions de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par une décision du 19 janvier 2024, la clôture de l'instruction a été fixée au 4 mars 2024.

Le préfet du Val-d'Oise a produit un mémoire en défense, le 31 mai 2024, après la clôture de l'instruction, qui n'a pas été communiqué.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Goudenèche ;

- et les observations de Me Chemin, représentant M. B, présent.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, ressortissant sri lankais né le 4 juin 1984, déclare être entré en France en décembre 2011. Il a bénéficié d'un titre de séjour salarié, dont il a sollicité le renouvellement 15 juin 2022 sur le fondement des dispositions de l'article L. 421-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 28 décembre 2023 le préfet du Val-d'Oise a refusé de renouveler son titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être renvoyé. Le requérant conteste cette décision.

2. En premier lieu, d'une part, il ressort de la décision attaquée qu'elle a été prise sur le fondement des dispositions des articles L. 421-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que sur le fondement des dispositions des articles L. 5221-1 et suivants du code du travail. D'autre part, le requérant ne peut utilement soutenir que le préfet du Val-d'Oise doit apporter la preuve qu'il a sollicité par courrier son employeur afin qu'il lui indique le montant du salaire fixé par la convention collective, cette information comptant parmi les renseignements à fournir spontanément dans la demande d'autorisation de travail. Par suite, le moyen tiré du défaut de base légale doit être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République. ". Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

4. Le requérant fait valoir qu'il réside sur le territoire français depuis 2011 et produit des contrats de travail auprès de différents employeurs ainsi que des bulletins de salaire attestant d'une activité salariée continue entre mai 2018 et janvier 2022. Ces pièces ne permettent toutefois pas d'établir qu'il a fixé le centre de ses intérêts privés et familiaux en France. Par suite, les moyens doivent être écartés.

5. En troisième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier et eu égard aux motifs énoncés aux points 2 et 4 que le préfet du Val-d'Oise a entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation. Par suite, le moyen doit être écarté.

6. En dernier lieu, si le requérant se prévaut des dispositions de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile il n'assortit pas son moyen des précisions suffisantes permettant d'en apprécier le bienfondé.

7. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par le requérant doivent être rejetées ainsi que par voie de conséquence celles présentées à fin d'injonction et au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Par ces motifs, le tribunal décide:

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C et au préfet du Val-d'Oise.

Délibéré après l'audience du 13 juin 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Bories, présidente,

M. Bourragué, premier conseiller,

Mme Goudenèche, conseillère,

Assistés de Mme Nimax, greffière.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 juin 2024.

La rapporteure,

signé

C. GoudenècheLa présidente,

signé

C. Bories

La greffière,

signé

S. Nimax

La République mande et ordonne au préfet du Val-d'Oise ou au préfet territorialement compétent en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.