Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2400701

mardi 13 février 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2400701
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantFOULD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 17 janvier 2024 et un mémoire complémentaire enregistré le 1er février 2024, l'Ecole Nationale Supérieure de l'Electronique et de ses Applications (ENSEA), représenté par Me Agostini, demande au juge des référés, saisi en application des dispositions de l'article L. 521-3 du code de justice administrative :

1°) d'enjoindre à la société Neocorner de procéder au retrait de ses distributeurs automatiques du domaine public dans un délai de 48 heures à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir ;

2°) à titre principal, d'autoriser l'ENSEA, passé ce délai et en cas de carence de la société, à organiser elle-même le retrait desdits distributeurs automatiques ;

3°) à titre subsidiaire, de prononcer une astreinte de 250 euros par jour de retard dans l'exécution de la mesure passé ce délai ;

4°) de mettre à la charge de la société Neocorner la somme de 2 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, ainsi que les entiers dépens.

La société soutient que :

- la mesure demandée ne se heurte à aucune contestation sérieuse dès lors que les distributeurs automatiques sont encore implantés au sein de ses locaux alors même que la société Neocorner ne dispose d'aucun titre autorisant cette occupation ;

- la condition d'urgence est remplie dès lors que, d'une part, elle a lancé un appel à candidature en vue de l'attribution d'une autorisation d'occupation du domaine public à des fins économiques à compter d'une date prévisionnelle fixée au 4 décembre 2023 et que l'attributaire aura besoin des emplacements actuellement occupés et d'autre part, les automates irrégulièrement maintenus dysfonctionnent et ne sont pas régulièrement entretenus, présentant ainsi un risque de contamination ;

- la condition d'utilité est remplie dès lors que l'occupant sans titre du domaine public génère un risque pour la santé publique et risque d'entraver la bonne exécution de la future convention d'occupation du domaine public conclue.

Par un mémoire en défense, enregistré le 30 janvier 2024, la société Neocorner, représentée par Me Fould, conclut au rejet de la requête et à la mise à la charge de l'ENSEA de la somme de 3 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ainsi que des entiers dépens.

Elle fait valoir que le contrat d'exploitation prenant fin le 9 mars 2024, elle procèdera au retrait des distributeurs le 8 mars 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général de la propriété des personnes publiques ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Thobaty, vice-président, en application des dispositions de l'article L. 511-2 du code de justice administrative, pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement convoquées à l'audience publique du 1er février 2024 à 10 heures.

Ont été entendus, au cours de l'audience publique, tenue en présence de Mme El Moctar, greffière d'audience :

- le rapport de M. Thobaty, juge des référés ;

- les observations de Me Agostini, représentant l'ENSEA, qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens ;

- les observations de Me Fould, représentant la société Neocorner, qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens et soutient en outre qu'un nouveau contrat d'exploitation a démarré le 9 mars 2018 lors de l'installation de nouveaux appareils comme l'indique une mention manuscrite portée sur le contrat initial.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.

Le 2 février 2024, l'Ecole Nationale Supérieure de l'Electronique et de ses Applications a adressée une note en délibéré.

Considérant ce qui suit :

Sur la requête en référé mesures utiles :

1. L'Ecole nationale supérieure de l'électronique et de ses applications (ENSEA) bénéficie d'une convention, conclue avec l'Etat, l'autorisant à occuper une dépendance du domaine public en vue de l'exécution de sa mission de service public. Le 11 juillet 2011, a été conclu un contrat en vue de l'exploitation et la maintenance sur le site de l'école de distributeurs automatiques de boissons et de confiseries entre, d'une part, l'Union des Personnels de l'ENSEA et l'Ecole nationale supérieure de l'électronique et de ses applications et, d'autre part, la société Nadal Société d'Exploitation de Distributeurs Automatiques (NSEDA). Par lettre recommandée avec accusé de réception du 18 avril 2023, notifiée le 20 avril 2023, l'Union des Personnels de l'ENSEA a fait part à la société Neocorner, venant aux droits de la société NSEDA, a procédé à la résiliation de ce contrat avec effet au 1er décembre 2023 du fait de l'insuffisance de service proposé et l'a mise en demeure de procéder au retrait des machines à compter de cette date. Un procès-verbal de constat établi par un commissaire de justice le 2 janvier 2024 atteste que les cinq automates étaient toujours installés sur domaine public sans autorisation à cette date. Par la présente requête, l'ENSEA demande au juge des référés, statuant sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, d'enjoindre à la société Neocorner de procéder au retrait de ses distributeurs automatiques du domaine public dans un délai de 48 heures à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir.

Sur les conclusions formées sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative :

2. Aux termes de l'article L. 521-3 du code de justice administrative : " En cas d'urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative ". Saisi sur le fondement de ces dispositions d'une demande qui n'est pas manifestement insusceptible de se rattacher à un litige relevant de la compétence du juge administratif, le juge des référés peut prescrire, à des fins conservatoires ou à titre provisoire, toutes mesures que l'urgence justifie, notamment sous forme d'injonctions adressées à l'administration, à la condition que ces mesures soient utiles et ne se heurtent à aucune contestation sérieuse.

3. Lorsque le juge des référés est saisi, sur le fondement de ces dispositions, d'une demande d'expulsion d'un occupant du domaine public, il lui appartient de rechercher si, au jour où il statue, cette demande présente un caractère d'urgence et ne se heurte à aucune contestation sérieuse. S'agissant de cette dernière condition, dans le cas où la demande d'expulsion fait suite à la décision du gestionnaire du domaine de retirer ou de refuser de renouveler le titre dont bénéficiait l'occupant et où, alors que cette décision exécutoire n'est pas devenue définitive, l'occupant en conteste devant lui la validité, le juge des référés doit rechercher si, compte tenu tant de la nature que du bien-fondé des moyens ainsi soulevés à l'encontre de cette décision, la demande d'expulsion doit être regardée comme se heurtant à une contestation sérieuse.

4. Il résulte de l'instruction qu'il est stipulé à l'article 7 du contrat d'exploitation signé le 11 juillet 2011 que " la date de départ des accords est celle de la mise à disposition des appareils, le 1er décembre 2011 ", que la duré du contrat est de 36 mois, renouvelable par tacite reconduction et que la résiliation intervient par lettre recommandée six mois avant l'expiration d'une période. Le 27 novembre 2017 un avenant a été signé entre, d'une part, l'Union des Personnels de l'ENSEA et l'Ecole nationale supérieure de l'électronique et de ses applications et, d'autre part, la société Nadal Société d'Exploitation de Distributeurs Automatiques (NSEDA) qui ne modifie pas le terme du contrat mais porte sur la modification des appareils installés et la revalorisation de la redevance. Si la société se fonde sur une mention manuscrite sur un exemplaire du contrat apposée à une date inconnue et par une personne non identifiée mais à une date postérieure à la signature du 11 juillet 2011 pour faire valoir qu'un nouveau contrat d'exploitation a démarré le 9 mars 2018 lors de l'installation de nouveaux appareils le 9 mars 2018, une mention manuscrite portée sur un document signé 7 ans auparavant et non signé ne peut avoir modifié le terme du contrat. Dans ces conditions, ce contrat a pu être résilié au 1er décembre 2023 par une lettre du 18 avril 2023, notifiée le 20 avril 2023. Dans ces conditions, à la date de la présente ordonnance, aucune contestation sérieuse du caractère irrégulier de l'occupation du domaine public communal ne peut être retenue.

5. Il résulte de l'instruction que le maintien dans les lieux de distributeurs de nourritures sans maintenance, présente des risques pour la sécurité et l'hygiène publiques et qu'une nouvelle procédure a été engagée en vue de définir un nouveau contrat d'exploitation. La condition d'urgence au sens de l'article L. 521-3 du code de justice administrative est dans ces conditions caractérisée.

6. Il résulte de ce qui précède que la mesure d'enlèvement d'appareils illégalement installés sur le domaine public sollicitée présente un caractère d'urgence et d'utilité. Il y a donc lieu de faire droit aux conclusions de l'Ecole Nationale Supérieure de l'Electronique et de ses Applications et d'ordonner l'enlèvement, dans un délai de 14 jours, des appareils installés par la société Neocorner sur le site de cette école. A défaut d'enlèvement de ces appareils dans les 14 jours suivant la mise à disposition de cette ordonnance, l'Ecole Nationale Supérieure de l'Electronique et de ses Applications pourra procéder d'office à leur enlèvement aux frais et risques de la société Neocorner. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette mesure d'une astreinte.

Sur les conclusions formées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

7. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation. ".

8. Ces dispositions font obstacle aux conclusions de dirigées contre L'Ecole Nationale Supérieure de l'Electronique et de ses Applications, qui n'est pas, dans la présente instance de référé, la partie perdante. Il y a lieu en revanche, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la société Neocorner, une somme de 1.000 euros au titre des frais liés à l'instance engagés par l'Ecole Nationale Supérieure de l'Electronique et de ses Applications en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : Il est enjoint à la société Neocorner de procéder à l'enlèvement des appareils installés sur le site de l'Ecole Nationale Supérieure de l'Electronique et de ses Applications, dans un délai de 14 jours. A défaut d'enlèvement de ces appareils dans les 14 jours suivant la mise à disposition de cette ordonnance, l'Ecole Nationale Supérieure de l'Electronique et de ses Applications pourra procéder d'office à leur enlèvement aux frais et risques de société Neocorner.

Article 2 : La société Neocorner versera à l'Ecole Nationale Supérieure de l'Electronique et de ses Applications la somme de 1.000 euros au titre des frais liés à l'instance en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à l'Ecole Nationale Supérieure de l'Electronique et de ses Applications et à la société Neocorner.

Fait à Cergy, le 13 février 2024.

Le juge des référés,

signé

G. Thobaty

La République mande et ordonne au ministre de l'Économie et des Finances, en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.