Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2400740
mercredi 22 mai 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2400740 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | 10ème Chambre |
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 17 janvier 2024, Mme C B, représentée par Me de Gueroult d'Aublay, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté en date du 28 mars 2023 par lequel le préfet du Val-d'Oise a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination et lui a ordonné la restitution de ses documents administratifs;
2°) d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise, dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 100 euros par jour de retard, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour, ou, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa situation ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son conseil, en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, sous réserve de son renoncement à percevoir la part contributive de l'Etat.
Elle soutient que :
- l'arrêté attaqué a été signé par une autorité incompétente ;
- il est insuffisamment motivé ;
- il est entaché d'un défaut d'examen particulier de sa situation personnelle;
- il est entaché d'une erreur de droit dès lors que le préfet s'est fondé sur l'article L. 433-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et n'a pas fait application a sa situation de l'article 9 de la convention franco-togolaise de 1996 ;
- il méconnaît les stipulations de l'article 9 de la convention franco-togolaise de 1996 ;
- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- il méconnaît les stipulations de l'article 3§1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.
Par un mémoire en défense, enregistré le 28 mars 2024, le préfet du Val-d'Oise conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.
Par ordonnance du 13 mars 2024, la clôture d'instruction a été fixée au 8 avril 2024.
Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 11 septembre 2023.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- la convention franco-togolaise relative à la circulation et au séjour des personnes, signée le 13 juin 1996 à Lomé ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Moinecourt, conseillère,
- et les observations de Me de Gueroult d'Aublay, représentant Mme B.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B, ressortissante togolaise née le 11 novembre 1997 est entrée sur le territoire français le 25 septembre 2019 sous couvert d'un visa de long séjour valant titre de séjour portant la mention " étudiant ", plusieurs fois renouvelés, et dont le dernier expirait le 21 février 2023. Le 30 décembre 2022, elle a sollicité le renouvellement de ce titre de séjour sur le fondement de l'article 9 de la convention franco-togolaise. Par la présente requête, elle demande au tribunal l'annulation de l'arrêté du 28 mars 2023 par lequel le préfet du Val-d'Oise a rejeté sa demande, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination et lui a ordonné la restitution de ses documents administratifs.
2. En premier lieu, les décisions contestées sont signées, pour le préfet du Val-d'Oise, par Mme A, alors cheffe de section du contentieux, qui bénéficiait à cet effet d'une délégation consentie par l'arrêté n°23-014 du préfet du Val-d'Oise en date du 22 février 2023, régulièrement publié le même jour au recueil des actes administratifs de l'Etat dans le département. Par suite, le moyen tiré de ce que ces décisions auraient été signées par une autorité incompétente manque en fait et doit être écarté.
3. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué comporte l'énoncé des considérations de fait et de droit qui en constituent le fondement et est, ainsi, suffisamment motivé.
4. En troisième lieu, il ne ressort pas de l'arrêté attaqué que le préfet du Val-d'Oise n'aurait pas, avant de l'édicter, procédé à un examen particulier et suffisamment approfondi de la situation de Mme B.
5. En quatrième lieu, d'une part, aux termes de l'article 9 de la convention franco-togolaise du 13 juin 1996 : " Les ressortissants de chacun des États contractants désireux de poursuivre des études supérieures ou d'effectuer un stage de formation dans des disciplines spécialisées qui n'existent pas dans l'État d'origine sur le territoire de l'autre État doivent, outre le visa de long séjour prévu à l'article 4, justifier d'une attestation d'inscription ou de préinscription dans l'établissement d'enseignement choisi, ou d'une attestation d'accueil de l'établissement où s'effectue le stage ainsi que, dans tous les cas, de moyens d'existence suffisants". Pour l'application de ces stipulations, il appartient à l'administration de rechercher, à partir de l'ensemble du dossier, si l'intéressé peut être raisonnablement regardé comme poursuivant effectivement des études, en en appréciant la réalité, le sérieux et la progression.
6. D'autre part, aux termes de l'article L. 110-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Le présent code régit, sous réserve () des conventions internationales, l'entrée, le séjour et l'éloignement des étrangers en France () ".
7. D'une part, si Mme B soutient que le préfet du Val-d'Oise a commis une erreur de droit en lui faisant application de l'article L. 433-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile relatif au renouvellement d'une carte de séjour pluriannuelle sans changement de motif, tel ne ressort pas des termes de l'arrêté attaqué qui ni ne vise ni ne fait application de ces dispositions à la situation de la requérante. Le moyen tiré de l'erreur de droit qui aurait été commise en lui faisant application de ces dispositions doit donc être écarté.
8. D'autre part, le préfet du Val-d'Oise se fonde, pour refuser de renouveler le titre de séjour en qualité d'étudiant de Mme B, sur la circonstance que sa situation ne répond pas aux critères d'un tel renouvellement au regard de l'article 9 de la convention franco-togolaise. Il ressort des pièces du dossier que Mme B s'est inscrite à une formation à distance dispensée par l'entreprise Educatel du 27 décembre 2022 au 27 décembre 2025 en vue de l'obtention d'un titre professionnel de vendeuse en magasin. Si Mme B soutient que cette formation est " hybride " et comporte des enseignements en présentiel, elle ne l'établit pas, l'attestation de formation versée au dossier ne mentionnant pas d'obligation d'assister à des enseignements en présentiel, mais faisant seulement mention de la " possibilité " pour l'apprenante de réaliser des ateliers en présentiel, et de la nécessité de réaliser des stages sans préciser que ceux-ci doivent nécessairement se dérouler sur le territoire français. Ainsi, la formation suivie par la requérante ne nécessite pas le séjour en France de l'étranger qui désire le suivre. Par suite, en refusant de renouveler la carte de séjour de Mme B au motif qu'elle était inscrite à des cours à distance, le préfet du Val-d'Oise n'a pas commis d'erreur de droit ni d'erreur manifeste d'appréciation au regard des stipulations précitées de l'article 9 de la convention franco-togolaise.
9. En cinquième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
10. D'une part, le moyen tiré d'une atteinte au droit à la vie familiale garanti par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales est inopérant pour contester le refus de renouveler un titre de séjour en qualité d'étudiant. D'autre part, il ressort des pièces du dossier que Mme B a eu une enfant avec un compatriote en situation régulière, avec lequel elle n'allègue pas vivre maritalement, en mai 2023, soit postérieurement à l'arrêté attaqué. A la date de l'obligation de quitter le territoire français qu'elle conteste, Mme B n'établit pas qu'elle avait des liens privés et familiaux stables et intenses sur le territoire français. Dès lors, elle ne peut être fondée à soutenir que l'arrêté contesté serait entaché d'une erreur de fait au motif qu'il ne ferait pas état de sa situation familiale et notamment ne mentionnerait pas la naissance de son enfant. En outre, la requérante n'établit pas davantage être dépourvue d'attaches dans son pays d'origine, où elle a vécu jusqu'à l'âge de 22 ans. Dans ces conditions, Mme B n'est pas fondée à soutenir que l'arrêté litigieux a porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels il a été pris et a ainsi méconnu les stipulations précitées.
11. En sixième lieu, aux termes du premier paragraphe de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. () ". Il résulte de ces stipulations, qui peuvent être utilement invoquées à l'appui d'un recours pour excès de pouvoir dirigé contre un refus de séjour, que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.
12. Ainsi qu'il a été dit au point 10 du présent jugement, l'enfant de Mme B est née postérieurement à la décision attaquée. En tout état de cause, l'arrêté contesté n'a ni pour objet ni pour effet de la séparer de sa fille comme elle l'allègue, dès lors que rien ne s'oppose à ce qu'elle l'accompagne dans son pays d'origine, la présence au quotidien de son père n'étant pas établie. Le moyen tiré de la m "connaissance des stipulations précitées doit par conséquent être écarté.
13. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de Mme B tendant à l'annulation de la décision attaquée doivent être rejetées, comme par voie de conséquence les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte, ainsi que celles présentées sur le fondement des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
DECIDE :
Article 1 : La requête de Mme B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme C B et au préfet du Val-d'Oise.
Délibéré après l'audience du 6 mai 2024, à laquelle siégeaient :
M. Ouillon, président,
Mme Charlery, première conseillère,
Mme Moinecourt, conseillère,
Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 mai 2024.
La rapporteure,
signé
L. Moinecourt
Le président,
signé
S. OuillonLa greffière,
signé
M-J. Ambroise
La République mande et ordonne au préfet du Val-d'Oise en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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