Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2400890
vendredi 16 février 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2400890 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 19 janvier 2024, Mme B A, représentée par Me Chayé, avocate, demande au juge des référés, statuant sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
1°) de l'admettre, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;
2°) d'ordonner la suspension de l'exécution de la décision par laquelle le préfet des Hauts-de-Seine a procédé au classement sans suite de sa demande tendant au renouvellement de son titre de séjour portant la mention " étudiant ", et, par voie de conséquence, de la décision de rejet implicite née de la clôture de cette demande ;
3°) d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine de lui permettre de déposer sa demande de renouvellement de son titre de séjour portant la mention " étudiant " et de lui délivrer un récépissé de demande de titre de séjour, dans le délai de deux semaines à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;
4°) de mettre à la charge de l'État, la somme de 1 500 euros à verser à Me Chayé, en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Mme A soutient que :
- la condition d'urgence est remplie, dès lors que la décision attaquée la place dans une situation irrégulière, qu'il lui est impossible de déposer une nouvelle demande de renouvellement de titre de séjour, la plateforme dédiée étant bloquée et qu'elle est exposée à un risque d'arrestation et de détention ;
- il existe des moyens de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée, qui :
* est insuffisamment motivée ;
* est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation personnelle ;
* est entachée d'une erreur de droit, dès lors qu'en méconnaissance des dispositions des articles L. 422-1 et R. 433-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, sa demande de renouvellement de titre de séjour a été clôturée alors même qu'elle justifie satisfaire aux conditions requises pour l'obtention de son titre de séjour.
La requête a été communiquée au préfet des Hauts-de-Seine, qui n'a produit aucune observation.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- la requête n°2400992, enregistrée le 19 janvier 2024, par laquelle Mme A demande l'annulation de la décision attaquée.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
Le président du Tribunal a désigné M. Kelfani, vice-président, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative, pour statuer sur les demandes en référé.
Les parties ont été régulièrement convoquées à l'audience publique du 15 février 2024 à 16 heures.
Aucune des parties n'était présente ou représentée à l'audience publique, tenue en présence de Mme El Moctar, greffière.
Considérant ce qui suit :
1. Il ressort des pièces du dossier que Mme A, qui est de nationalité chinoise, a présenté au préfet des Hauts-de-Seine, le 23 octobre 2022, une demande tendant au renouvellement de son titre de séjour portant la mention " étudiant ". Elle a bénéficié, depuis lors, d'attestations de prolongation d'instruction dont la dernière en date était valable jusqu'au 25 août 2023. Sa demande a été clôturée sur la plateforme de l'administration numérique pour les étrangers en France (ANEF) au motif que les éléments demandés n'auraient pas été fournis. Mme A demande au juge des référés, statuant sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, d'ordonner la suspension de l'exécution de la décision implicite de rejet de sa demande tendant au renouvellement de son titre de séjour portant la mention " étudiant ", née de la clôture de cette demande par le préfet de Hauts-de-Seine.
2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".
3. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande de suspension d'une décision refusant la délivrance d'un titre de séjour, d'apprécier et de motiver l'urgence compte tenu de l'incidence immédiate du refus de titre de séjour sur la situation concrète de l'intéressée. Cette condition d'urgence sera en principe constatée dans le cas d'un refus de renouvellement du titre de séjour, comme d'ailleurs d'un retrait de celui-ci. Dans les autres cas, il appartient au requérant de justifier de circonstances particulières caractérisant la nécessité pour lui de bénéficier à très bref délai d'une mesure provisoire dans l'attente d'une décision juridictionnelle statuant sur la légalité de la décision litigieuse.
4. Aux termes de l'article R. 431-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Si l'étranger séjourne déjà en France, sa demande est présentée dans les délais suivants : / 1° L'étranger qui dispose d'un document de séjour mentionné aux 2° à 8° de l'article L. 411-1 présente sa demande de titre de séjour entre le cent-vingtième jour et le soixantième jour qui précède l'expiration de ce document de séjour lorsque sa demande porte sur un titre de séjour figurant dans la liste mentionnée à l'article R. 431-2. Lorsque sa demande porte sur un titre de séjour ne figurant pas dans cette liste, il présente sa demande dans le courant des deux mois précédant l'expiration du document dont il est titulaire () ".
5. Il ressort des termes mêmes de la requête que Mme A, titulaire d'une carte de séjour pluriannuelle portant la mention " étudiant ", visée au 4° de l'article L. 411-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, valable du 19 février 2021 au 18 octobre 2022 qui lui avait été délivrée par le préfet des Hauts-de-Seine, en a demandé le renouvellement le 23 octobre 2022. Ainsi, la demande de titre de séjour de la requérante a été présentée postérieurement à l'expiration de la validité de son titre de séjour, soit nécessairement après l'expiration des délais mentionnés à l'article R. 431-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Dans ces conditions, la décision contestée ne saurait être regardée comme présentant le caractère d'un refus de renouvellement d'un titre de séjour en cours de validité pour lequel la condition d'urgence est, en principe, constatée.
6. En se bornant à soutenir qu'elle se trouve dans l'impossibilité de déposer une demande de renouvellement de son titre de séjour sur la plateforme dédiée de l'administration numérique pour les étrangers en France et qu'elle est maintenue en situation irrégulière, Mme A ne justifie pas de circonstances particulières caractérisant la nécessité pour elle de bénéficier à très bref délai d'une mesure provisoire dans l'attente d'une décision juridictionnelle statuant sur la légalité de la décision litigieuse. Il suit de là que les conclusions aux fins de suspension de la requête de Mme A ne remplissent pas la condition d'urgence exigée par l'article L. 521-1 du code de justice administrative.
7. Il résulte de ce qui précède qu'il y a lieu de rejeter, en toutes ses conclusions, la requête de Mme A, sans qu'il y ait lieu d'admettre la requérante, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
O R D O N N E :
Article 1er : Mme A n'est pas admise, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Article 2 : La requête de Mme A est rejetée.
Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme B A et au préfet des Hauts-de-Seine.
Fait, à Cergy-Pontoise, le 16 février 2024.
Le juge des référés,
signé
K. Kelfani
La République mande et ordonne au préfet des Hauts-de-Seine en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°2400890
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