Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2400893
vendredi 16 février 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2400893 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Avocat requérant | SELARL AEQUAE |
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 21 janvier 2024, Mme C A B, représentée par Me Charles, avocate, demande au juge des référés statuant par application des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
1°) de l'admettre, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;
2°) d'ordonner la suspension de l'exécution de l'arrêté du 6 novembre 2023 par lequel le préfet du Val-d'Oise a rejeté sa demande de titre de séjour et l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de trente jours ;
3°) d'enjoindre au préfet territorialement compétent de réexaminer sa situation dans un délai de huit jours à compter de la décision à intervenir ;
4°) d'enjoindre au préfet territorialement compétent de lui remettre sans délai une autorisation de séjour l'autorisant à travailler ;
5°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros à verser à Me Charles en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve de sa renonciation à percevoir la part contributive de l'État.
Mme B soutient que :
- la condition d'urgence est remplie, dès lors que l'arrêté contesté porte une atteinte grave et immédiate à sa situation en la plaçant dans une situation irrégulière et l'empêche ainsi de poursuivre ses études universitaires avec pour conséquence de mettre fin au versement de sa bourse universitaire qui constitue son seul revenu.
- il existe des moyens propres à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de l'arrêté attaqué, qui :
S'agissant de la décision portant refus de titre de séjour :
* est entachée d'un défaut de motivation ;
* est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation et d'erreurs de fait grossières, dès lors que le préfet du Val-d'Oise s'est fondé sur des faits matériellement inexacts quant à sa situation personnelle et
administrative ;
* méconnaît les dispositions de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors que le préfet du Val-d'Oise n'a pas examiné la possibilité de lui faire bénéficier d'une absence de visa ;
* méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors qu'elle remplit les conditions pour l'obtention de sa demande ;
* méconnaît les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors que le préfet du Val-d'Oise n'a pas pris en compte dans son appréciation de sa situation, son parcours scolaire et académique en France ;
* méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
* et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :
* est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation, dès lors qu'elle serait totalement isolée en cas de retour dans son pays d'origine ;
* méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, dès lors qu'elle porte une atteinte disproportionnée à son droit à mener une vie privée et familiale normale du fait qu'elle serait totalement isolée en cas de retour en République Démocratique du Congo ;
* est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation, eu égard à sa situation familiale en France.
Par un mémoire en défense enregistré le 14 février 2024, le préfet du Val-d'Oise conclut au rejet de la requête.
Le préfet du Val-d'Oise fait valoir que :
- la condition d'urgence n'est pas remplie, dès lors que Mme B est entrée en France le 7 août 2014 et n'a demandé son admission au séjour que le 12 juin 2023, qu'elle n'a rencontré aucune difficulté pour poursuivre ses études en étant dépourvue de titre de séjour et ne démontre pas qu'elle aurait bénéficié d'une bourse universitaire précédemment ;
- aucun des moyens invoqués par la requérante n'est de nature à faire naître un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée.
Par un mémoire en réplique enregistré le 15 février 2024, Mme B, représentée par Me Charles, maintient l'ensemble de ses conclusions et moyens.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- l'ordonnance n° 2316927 du 2 janvier 2024 du juge des référés du Tribunal de Cergy-Pontoise ;
- la requête n° 2316477 enregistrée le 9 décembre 2023, par laquelle Mme B demande l'annulation de la décision contestée.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
Le président du Tribunal a désigné M. Kelfani, vice-président, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative, pour statuer sur les requêtes en référé.
Les parties ont été régulièrement convoquées à l'audience publique du 15 février 2024 à 16 heures 15.
Après avoir entendu, au cours de l'audience publique, tenue en présence de Mme El Moctar, greffière d'audience :
- le rapport de M. Kelfani, juge des référés qui a informé les parties, en application des dispositions des articles R. 522-9 et R. 611-7 du code de justice administrative, que l'ordonnance à intervenir était susceptible d'être fondée sur le moyen d'ordre public tiré de ce que les conclusions aux fins de suspension de l'exécution de la décision portant obligation de quitter le territoire français étaient irrecevables dès lors que le recours en annulation formé à leur encontre a déjà entraîné cet effet suspensif en application des dispositions de l'article
L. 722-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- les observations de Me Charles et de Mme B.
Mme B a produit une pièce à l'audience.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A B, ressortissante de la République démocratique du Congo, demande au juge des référés statuant sur le Fondement de l'article L-521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de l'arrêté, en date du 6 novembre 2023, par lequel le préfet du Val-d'Oise a rejeté sa demande de titre de séjour et l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours. Mme B demande au juge des référés, statuant sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, de suspendre l'exécution de cet arrêté.
Sur la demande d'admission, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'appréciation des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président. ".
3. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'admettre Mme B, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions aux fins de suspension de l'exécution de la décision portant obligation de quitter le territoire français :
4. Aux termes de l'article L. 722-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'éloignement effectif de l'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français ne peut intervenir avant l'expiration du délai ouvert pour contester, devant le tribunal administratif, cette décision et la décision fixant le pays de renvoi qui l'accompagne, ni avant que ce même tribunal n'ait statué sur ces décisions s'il a été saisi () ".
5. Il résulte de ces dispositions que la requête en annulation formée par Mme B le 9 décembre 2023 a eu pour effet de suspendre l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français prise à son encontre. Dès lors, les conclusions de la requête tendant à la suspension de l'exécution de cette décision sont irrecevables et ne peuvent par suite qu'être rejetées.
Sur les conclusions aux fins de suspension de l'exécution de la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour :
6. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".
7. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande de suspension d'une décision refusant la délivrance d'un titre de séjour, d'apprécier et de motiver l'urgence compte tenu de l'incidence immédiate du refus de titre de séjour sur la situation concrète de l'intéressée. Cette condition d'urgence sera en principe constatée dans le cas d'un refus de renouvellement du titre de séjour, comme d'ailleurs d'un retrait de celui-ci. Dans les autres cas, il appartient au requérant de justifier de circonstances particulières caractérisant la nécessité pour lui de bénéficier à très bref délai d'une mesure provisoire dans l'attente d'une décision juridictionnelle statuant sur la légalité de la décision litigieuse.
8. Il ressort des pièces du dossier, notamment des certificats de scolarité et bulletins scolaires produits à l'appui de la requête, que Mme B, née en Italie le 19 octobre 2002, séjourne habituellement en France depuis au moins le 4 décembre 2014, où elle a été régulièrement scolarisée. Il en ressort également que la requérante, inscrite à l'Université de la Sorbonne en troisième année de licence d'italien au titre de l'année universitaire 2023-2024 est titulaire d'une bourse d'enseignement supérieur sur critères sociaux dont elle a justifié à l'audience qu'elle ne lui était plus versée compte tenu de l'irrégularité de son séjour en France Il n'est, par ailleurs, pas contesté que cette bourse, d'un montant annuel de 635 euros, constituait ses seules ressources. Dans ces conditions, et alors même qu'elle n'a présenté sa demande de titre de séjour que le 12 juin 2023, la requérante justifie de circonstances particulières caractérisant la nécessité pour elle de bénéficier à bref délai d'une mesure provisoire dans l'attente d'une décision juridictionnelle statuant sur la légalité de la décision litigieuse. Il suit de là que la condition d'urgence posée à l'article L. 521-1 du code de justice administrative doit être regardée comme satisfaite.
9. En l'état de l'instruction, compte tenu de l'ancienneté de son séjour en France et de son engagement dans un parcours d'insertion sociale et professionnelle, le moyen invoqué par Mme B et tiré de ce que le préfet du Val-d'Oise a, en rejetant sa demande de titre de séjour, entaché son appréciation des conséquences de cette décision sur sa situation personnelle d'une erreur manifeste, paraît, notamment, susceptible de créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision en date du 6 novembre 2023.
10. Il résulte de ce qui précède que les deux conditions auxquelles les dispositions, rappelées au point 4, de l'article L. 521-1 du code de justice administrative subordonnent le prononcé d'une mesure de suspension, sont réunies. Dès lors, il y a lieu de faire droit aux conclusions de Mme B aux fins de suspension de l'exécution de la décision, en date du 6 novembre 2023, par laquelle le préfet du Val-d'Oise a rejeté sa demande tendant à la délivrance d'un titre de séjour.
Sur les conclusions aux fins d'injonction :
11. Aux termes de l'article L. 511-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés statue par des mesures qui présentent un caractère provisoire () ". En vertu de ces dispositions, il appartient au juge des référés d'assortir sa décision de suspension des obligations provisoires qui en découlent pour l'administration. Il y a lieu, par suite, d'ordonner au préfet du Val-d'Oise, d'une part, de procéder, dans un délai de deux mois à compter de la notification de la présente ordonnance, au réexamen de la situation de Mme B, et, d'autre part, de délivrer à l'intéressée, dans un délai de dix jours à compter de la notification de la présente ordonnance, une autorisation provisoire de séjour.
Sur les conclusions aux fins d'application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique :
12. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, sous réserve que l'admission définitive de Mme B à l'aide juridictionnelle soit prononcée et que son avocate renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, de mettre à la charge de l'État le versement à Me Charles d'une somme de 1 000 (mille) euros au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.
O R D O N N E :
Article 1er : Mme B est admise, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Article 2 : L'exécution de la décision, en date du 6 novembre 2023, par laquelle le préfet du Val-d'Oise a rejeté la demande de Mme B tendant à la délivrance d'un titre de séjour, est suspendue.
Article 3 : Il est fait injonction au préfet du Val-d'Oise de procéder, dans un délai de deux mois à compter de la notification de la présente ordonnance, au réexamen de la situation de
Mme B.
Article 4 : Il est fait injonction au préfet du Val-d'Oise de délivrer à Mme B, dans un délai de dix jours à compter de la notification de la présente ordonnance, une autorisation provisoire de séjour.
Article 5 : Sous les réserves mentionnées au dernier point de la présente ordonnance, l'État versera à Me Charles, avocate de Mme B, la somme de 1 000 euros au titre des articles
L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.
Article 6 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme B est rejeté.
Article 7 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme C A B et au préfet du Val-d'Oise.
Fait, à Cergy-Pontoise, le 16 février 2024.
Le juge des référés,
Signé
K. KelfaniLa République mande et ordonne au préfet du Val-d'Oise en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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