Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2400895
lundi 5 février 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2400895 |
| Type | Ordonnance |
| Recours | Excès de pouvoir |
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 21 janvier 2024, M. A B, représenté par
Me Bonamour, demande au juge des référés, statuant sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
1°) d'ordonner la suspension de l'exécution de la décision du 22 septembre 2023 par laquelle le préfet de Seine-Saint-Denis a refusé de prendre en compte le stage de récupération de points des 12 et 13 juillet 2023, ensemble la décision implicite de rejet du recours gracieux adressé au ministre de l'intérieur et des outre-mer le 1er octobre 2023 ;
2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur et des outre-mer d'enregistrer les quatre points afférents au stage de récupération de points réalisé les 12 et 13 juillet 2023 sur son permis de conduire, dans un délai d'un mois à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la condition d'urgence est établie compte tenu des conséquences graves et irrémédiables de la décision contestée sur sa situation personnelle et professionnelle, dès lors que son permis de conduire lui est indispensable pour exercer sa profession de chauffeur de bus indépendant et que, marié et ayant quatre enfants à charge, la perte de son permis de conduire risque de plonger sa famille dans la précarité, son épouse ne percevant qu'une faible pension d'invalidité ; en outre, il ne représente pas un danger grave et immédiat pour la sécurité routière ;
Un moyen est de nature à créer un doute sérieux quant aux décisions attaquées :
- Les décisions attaquées sont entachées d'une illégalité, dès lors que son permis de conduire était encore valide puisque le stage a été suivi antérieurement à la notification de la décision référencée " 48SI ".
Vu :
- la requête n°2400947 enregistrée le 10 janvier 2024, par laquelle M. B demande l'annulation des décisions attaquées ;
- les autres pièces du dossier ;
Vu :
- le code de la route ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal, a désigné M. Thobaty, vice-président, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative, pour statuer sur les requêtes en référé.
Considérant ce qui suit :
1. M. A B est titulaire d'un permis de conduire depuis le 27 février 1990. Le
26 mai 2023, la cheffe du bureau national des droits à conduire lui a adressé un courrier l'informant de ce que son solde est deux points sur son permis de conduire. Les 12 et 13 juillet 2023, il a effectué un stage de sensibilisation à la sécurité routière afin de se voir réattribuer quatre points. Par une décision référencée " 48SI " en date du 12 juin 2023, notifiée le 18 juillet 2023, le ministre de l'intérieur et des outre-mer a constaté l'invalidité du permis de conduire de M. B pour solde de points nul, lui a fait interdiction de conduire et a enjoint à la restitution de son titre de conduite. Le 5 décembre 2023, le ministre de l'intérieur et des outre-mer a implicitement rejeté son recours gracieux du 1er octobre 2023, notifié le 5 octobre 2023. Par la présente requête, M. B demande au juge des référés, statuant sur le fondement des dispositions de l'article L.521-1 du code de justice administrative, de suspendre ces décisions.
2. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision ". Aux termes de son article L. 522-3 : " Lorsque la demande ne présente pas un caractère d'urgence ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée, le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée sans qu'il y ait lieu d'appliquer les deux premiers alinéas de l'article L. 522-1 ". Enfin, aux termes du premier alinéa de son article R. 522-1 : " La requête visant au prononcé de mesures d'urgence doit () justifier de l'urgence de l'affaire ".
3. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande tendant à la suspension d'une telle décision, d'apprécier concrètement, compte-tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de celle-ci sur la situation de ce dernier ou le cas échéant, des personnes concernées, sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue.
4. Pour justifier de l'urgence qu'il y a à suspendre l'exécution de la décision constatant la perte de validité de son permis de conduire, M. B fait valoir qu'elle a des conséquences graves et irrémédiables sur sa situation personnelle et professionnelle, dès lors que son permis de conduire lui est indispensable pour exercer sa profession de chauffeur indépendant de bus touristique et que, marié et ayant quatre enfants à charge, la perte de son permis de conduire risque de plonger sa famille dans la précarité, son épouse ne percevant qu'une faible pension d'invalidité. Toutefois, il résulte de l'instruction, notamment du relevé d'information intégral de son permis de conduire, que le requérant a commis neuf infractions au code de la route ayant donné lieu à des retraits de points les cinq dernières ayant été commises au cours de la seule année 2022, parmi lesquelles figurent les deux plus graves, à savoir le non-respect de l'arrêt à un feu rouge fixe ou clignotant commises les 11 juin et 20 novembre 2022, qui ont chacune été sanctionnées d'un retrait de quatre points. Ainsi, eu égard à la gravité et au caractère répété des infractions au code de la routecommises sur une courte période par M. B, les exigences de protection et de sécurité routière, dont il appartient au juge des référés de tenir compte, font obstacle à ce que puisse être regardée comme remplie la condition d'urgence au sens des dispositions précitées de l'article L. 521-1 du code de justice administrative.
5. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'examiner si la condition tenant à l'existence d'un moyen de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée est remplie, qu'il y a lieu de rejeter la requête de M. B, en toutes ses conclusions, selon la procédure prévue par l'article L. 522-3 du code de justice administrative.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B.
Fait à Cergy le 5 février 2024.
Le juge des référés,
Signé
G. Thobaty
La République mande au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.
N° 2316558
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