Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2401058

vendredi 9 février 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2401058
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 24 janvier 2024, M. A B et Mme C B, représentés par Me Bonaglia, demandent au juge des référés, statuant en application des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) de les admettre provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'ordonner la suspension de l'exécution de l'arrêté du préfet des Hauts-de-Seine du

22 décembre 2023 portant mise en demeure de quitter sous trente jours le logement occupé sans droit ni titre par les occupants dudit logement au 37, rue Nationale, appartement 202 à

Boulogne-Billancourt ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à leur conseil d'une somme de 1 500 euros en application des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que ce conseil renonce à percevoir la part contributive de l'Etat allouée au titre de l'aide juridictionnelle, ou, si la demande d'aide juridictionnelle devait être rejetée, de verser cette somme à leur conseil, sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- la condition d'urgence est remplie, dès lors que l'exécution de la décision litigieuse emporterait une atteinte grave, immédiate et irréversibles à leurs intérêts et à ceux de leurs enfants, notamment en période hivernale, qu'elle porte atteinte à leur droit à une vie privée et familiale, que l'appartement est devenu leur domicile ;

- il existe plusieurs moyens de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision :

- elle est entachée d'un défaut de motivation, dès lors que le logement était vide à leur arrivée ne pouvant être qualifié de " domicile d'autrui ", qu'elle ne mentionne pas leur identité et qu'elle ne prend pas en compte leurs enfants mineurs et leur situation familiale et sociale ;

- elle est entachée d'un vice de procédure dès lors que le préfet aurait dû diligenter un diagnostic de leur situation, conformément aux dispositions de l'article 38 de la loi n°2007-290 du 5 mars 2007, et aurait dû leur chercher une solution d'hébergement ou de relogement des occupants vulnérables, conformément à la circulaire du 22 janvier 2021 relative à la réforme de la procédure administrative d'évacuation forcée en cas de " squat " ; qu'en outre, le préfet n'a pas tenu compte ni de la scolarisation de leurs trois enfants mineurs ni du fait que Mme B est atteinte d'un cancer et bénéficie d'un traitement médical lourd ;

- elle est entachée d'une erreur de droit ainsi que d'une erreur manifeste d'appréciation, dès lors qu'elle met en demeure la famille B de quitter le logement sans que les conditions d'engagement de la procédure de l'article 38 de la loi n° 2007-290 du 5 mars 2007 ne soient réunies, qu'en outre le logement ne peut être qualifié de " domicile d'autrui " ;

- elle a été prise en violation des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, dès lors qu'elle entraîne des répercussions graves et disproportionnées à la vie privée et familiale de la famille B.

Par un mémoire en défense, enregistré le 6 février 2024, le préfet des Hauts-de-Seine conclut au non-lieu à statuer.

Il fait valoir qu'il a pris un arrêté n° 2024-03 en date du 25 janvier 2024, abrogeant l'arrêté contesté.

Par un mémoire en réplique, enregistré le 7 février 2024, M. et Mme B informent le tribunal qu'ils se désistent de leurs conclusions aux fins de suspension et maintiennent celles présentées sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 à hauteur de 800 euros.

Vu :

- l'arrêté n° 2024-03 en date du 25 janvier 2024 abrogeant l'arrêté n° 2023-26 du

22 décembre 2023, pris par le préfet des Hauts-de-Seine ;

- la requête n°2401227, enregistrée le 24 janvier 2024, par laquelle M. et Mme B demandent l'annulation de la décision contestée ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention internationale des droits de l'enfant ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code pénal ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n°2007-290 du 5 mars 2007 instituant le droit au logement opposable et portant diverses mesures en faveur de la cohésion sociale ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Poyet, premier conseiller, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative, pour statuer sur les requêtes en référé.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, ressortissant français né le 6 juin 1983 à Versailles, et

Mme C B, ressortissante française née le 14 février 1985 à Roubaix, ont été expulsés de leur logement, le 4 juillet 2023, avec leurs trois enfants mineurs. Le ménage s'est installé, d'après leurs déclarations, le 26 décembre 2023, dans un appartement sis, 37 rue Nationale à Boulogne-Billancourt. Par un arrêté du 22 décembre 2023, le préfet des Hauts-de-Seine a, sur le fondement des dispositions de l'article 38 de la loi du 5 mars 2007, mis en demeure

M. et Mme B et tous occupants éventuels de ce chef de quitter, sous trente jours, l'appartement qu'ils occupent sans droit ni titre, sis au 37 rue nationale, appartement 202, rue Nationale à Boulogne-Billancourt. Par la présente requête, M. et Mme B demandent au juge des référés, statuant sur le fondement des dispositions de l'article L.521-1 du code de justice administrative, de suspendre l'exécution de l'arrêté attaqué.

Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président. () ". Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de prononcer l'admission de M. et Mme B au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Sur les conclusions à fin de suspension :

3. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".

4. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le demandeur, si les effets de l'acte litigieux sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue. L'urgence s'apprécie objectivement compte tenu de l'ensemble des circonstances de chaque espèce.

5. Par un mémoire, enregistré le 7 février 2024, les requérants informent le tribunal qu'ils se désistent de leurs conclusions aux fins de suspensions, à l'exception de celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, en réduisant la somme demandée à hauteur de 800 euros, dès lors que le préfet des

Hauts-de-Seine a pris un arrêté n° 2024-03 en date du 25 janvier 2024, abrogeant l'arrêté contesté. Ce désistement devant être regardé comme étant pur et simple, rien ne s'oppose à ce qu'il en soit donné acte.

Sur les frais du litige :

6. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre à la charge de l'Etat la somme demandée au titre des frais exposés pour les requérants et leur conseil au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et non compris dans les dépens.

O R D O N N E :

Article 1er : M. et Mme B sont admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle, à titre provisoire.

Article 2 : Il est donné acte du désistement des conclusions aux fins de suspension de

M. et Mme B présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B et à Mme C B, à Me Bonaglia et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Copie en sera adressée au préfet des Hauts-de-Seine.

Fait, à Cergy, le 9 février 2024.

Le juge des référés,

Signé

M. Poyet

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.