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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2401084

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2401084

lundi 23 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2401084
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
FormationPole Social (JU)
Avocat requérantBAPCERES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 21 janvier 2024 et 9 septembre 2024, Mme A E, représentée par Me Bapceres, demande au tribunal:

1°) d'annuler la décision de 14 juin 2023 en tant que la caisse d'allocations familiales (CAF) du Val-d'Oise a mis à sa charge des indus de primes exceptionnelles de fin d'année au titre des années 2020, 2021 et 2022 pour la somme totale de 457,35 euros et des indus d'aide exceptionnelle de solidarité pour la somme totale de 300 euros versée à tort au titre des mois de mai 2020 et de novembre 2020 ;

2°) d'annuler la décision implicite par laquelle le département du Val-d'Oise a confirmé, sur recours préalable obligatoire du 27 février 2023 contre la décision du 23 février 2023, avoir mis fin au versement du RSA à son bénéfice à compter du mois de février 2023 ;

3°) d'annuler la décision implicite par laquelle le département du Val-d'Oise a confirmé, sur recours préalable formé le 10 février 2023, intégrer M. C dans son dossier d'allocataire ;

4°) d'enjoindre à la CAF du Val-d'Oise de lui restituer l'ensemble des sommes déjà recouvrées ;

5°) d'enjoindre à la CAF du Val-d'Oise de lui verser les sommes dues au titre du RSA depuis le mois de février 2023 ;

6°) de mettre à la charge du département du Val-d'Oise et de la CAF du Val-d'Oise la somme de 1 250 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

s'agissant des indus de primes exceptionnelles de fin d'année et d'aide exceptionnelle de solidarité :

- ces indus, qui lui ont révélés par la consultation de son compte CAF en ligne, ne lui ont jamais été notifiés ;

- ces décisions n'ont pas été précédées par une décision portant fin de droit au RSA ou à l'APL ;

- ces décisions ont méconnu son droit à un procès équitable conformément aux stipulations de l'article 6-1 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, dès lors que la CAF n'a pas fait droit à sa demande de communication des pièces de son dossier ;

- les créances ne sont pas fondés, dès lors qu'elle remplit les conditions d'attribution du RSA, vivant seule, sans ressource avec trois enfants à charge ;

s'agissant de fin de droits au RSA:

- les dispositions de l'article L. 583-3 du code de la sécurité sociale ont été méconnues, dès lors qu'elle n'a jamais fait obstacle à un contrôle de la CAF et ne pouvait donc se voir suspendre le versement du RSA ;

- la décision n'est pas fondée, dès lors que, d'une part, elle remplit les conditions d'attribution du RSA, vivant seule, sans ressource avec trois enfants à charge et d'autre part, qu'en l'absence de communication de son dossier, elle est dans l'impossibilité de contester utilement le motif de cette décision.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 31 mai 2024 et 21 août 2024, le département du Val-d'Oise conclut au rejet de la requête, faisant valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

La CAF du Val-d'Oise, à qui la requête a été communiquée, n'a pas produit de mémoire en défense.

Par un courrier du 12 juillet 2024, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office tiré de ce qu'il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions de Mme E visant à l'annulation de la décision implicite par laquelle le département Val-d'Oise a confirmé, sur recours préalable obligatoire du 27 février 2023, qu'il était mis fin au versement à son bénéfice du RSA, dès lors que le département du Val-d'Oise doit être regardée comme ayant statué explicitement sur le recours préalable de Mme E par la décision du 28 mai 2024, dont Mme E a eu connaissance en cours d'instance.

Vu :

- la décision du 24 juillet 2023 du président du bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Pontoise par laquelle Mme E a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale ;

- la décision par laquelle le président du tribunal a désigné Mme Monteagle, première conseillère, pour statuer sur les litiges visés à l'article R. 222-13 du code de justice administrative ;

- la décision par laquelle la rapporteure publique a été, sur sa proposition, dispensée de prononcer des conclusions à l'audience ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code civil ;

- le code de la sécurité sociale ;

- le code de l'action sociale et des familles ;

- le code de la construction et de l'habitation ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le décret n° 2020-519 du 5 mai 2020 ;

- le décret n° 2020-1453 du 27 novembre 2020 ;

- le décret n° 2020-1746 du 29 décembre 2020 ;

- le décret n° 2021-1657 du 15 décembre 2021 ;

- le décret n° 2022-1568 du 14 décembre 2022 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Monteagle, magistrate désignée, a été entendu au cours de l'audience publique.

A l'issue de l'audience, la clôture de l'instruction a été prononcée en application de l'article R. 772-9 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. En consultant son compte allocataire, Mme E a observé que la CAF du Val-d'Oise avait fusionné son compte avec celui de M. C, père de ses trois enfants dont elle se dit séparée. Elle a contesté cette décision par un courriel du 10 février 2023, resté sans réponse. La requérante demande l'annulation de la décision implicite née du silence gardé par la CAF sur cette demande. De plus, par un courrier du 23 février 2023, la CAF du Val-d'Oise a informé Mme E qu'elle était mis fin au versement à son bénéfice du RSA faute pour Mme E d'avoir déclaré les ressources de M. C dans sa déclaration trimestrielle de ressources. L'intéressée a contesté cette décision en exerçant un recours préalable obligatoire le 27 février 2023, qui a également été implicitement rejeté. La requérante demande l'annulation de cette deuxième décision. Enfin, par un courrier du 14 juin 2023, la CAF du Val-d'Oise a notamment confirmé que Mme E était redevable de trois indus de primes exceptionnelles de fin d'année au titre des années 2020, 2021 et 2022 pour la somme totale de 457,35 euros et de deux indus d'aide exceptionnelle de solidarité pour la somme totale de 300 euros pour des aidées versées au titre des mois de mai 2020 et de novembre 2020. Mme E demande également l'annulation de cette décision en tant qu'elle lui a révélé ces indus.

Sur les conclusions d'annulation relatives aux indus :

2. Lorsque le recours dont il est saisi est dirigé contre une décision qui, remettant en cause des paiements déjà effectués, ordonne la récupération d'un indu d'une allocation, il entre dans l'office du juge d'apprécier, au regard de l'argumentation du requérant, le cas échéant, de celle développée par le défendeur et, enfin, des moyens d'ordre public, en tenant compte de l' ensemble des circonstances de fait qui résultent de l'instruction, la régularité comme le bien-fondé de la décision de récupération d'indu. Il lui appartient, s'il y a lieu, d'annuler ou de réformer la décision ainsi attaquée, pour le motif qui lui paraît, compte tenu des éléments qui lui sont soumis, le mieux à même, dans l'exercice de son office, de régler le litige.

3. En premier lieu, Mme E, qui soutient n'avoir jamais reçu de notification des indus en litige, dont elle a pris connaissance par la consultation de son compte CAF en ligne et à réception de la décision du 14 juin 2024 portant sur sa contestation de la qualification de fraude, fait valoir que ces indus de primes exceptionnelles de fin d'année et d'aides exceptionnelles n'ont en conséquence aucune existence juridique. Toutefois, cette circonstance, qui a trait aux conditions de notification des décisions attaquées et n'a donc de conséquences que sur les délais de recours, est sans incidence sur la régularité ou le bien-fondé des indus en litige. Le moyen est par suite inopérant et ne peut qu'être écarté.

4. En deuxième lieu, si la requérante soutient que les décisions d'indu n'ont pas été précédées d'une décision portant fin de droit au RSA ou à l'allocation logement, prestations qui fondent ses droits aux aides exceptionnelles en litige, il ne ressort d'aucun texte, ni d'aucun principe que la CAF doive prendre une décision de fin de droit à ces allocations préalablement à la récupération d'indu d'aides exceptionnelles qui leur sont liées. Le moyen, inopérant, doit être écarté.

5. En troisième lieu, Mme E ne peut utilement se prévaloir des stipulations de l'article 6-1 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, en invoquant le principe du droit à un procès équitable, à l'encontre de décisions qui n'émanent pas d'un tribunal au sens de ces stipulations. En tout état de cause et à supposer que Mme E soit regardée comme contestant le caractère contradictoire de la procédure ayant conduit aux décisions attaquées, il ressort des pièces du dossier que Mme E a été destinataire, par courriel du 7 juin 2022, des observations de l'agent en charge du contrôle de sa situation, précisant les griefs retenus à l'issue de l'enquête, ainsi que les informations détenues par la CAF justifiant de son analyse. La défense fait valoir, sans être contredite par Mme E, qu'elle n'a pas répondu à l'invitation que la CAF lui avait faite de faire valoir ses observations en réponse. Si Mme E fait valoir que la CAF ne lui a pas communiqué l'entier dossier du contrôle, en dépit d'une demande qu'elle a faite en ce sens, cette seule circonstance ne suffit pas établir que le caractère contradictoire de la procédure a été méconnu. Le moyen tiré de la violation du droit à un procès équitable, inopérant, ne pourra qu'être écarté.

6. En cinquième lieu, en application de l'article 3 du décret du 29 décembre 2020 visé ci-dessus, la prime exceptionnelle de fin d'année pour l'année 2020 est versée aux bénéficiaires du revenu de solidarité active qui perçoivent cette allocation pendant les mois de novembre ou décembre de l'année concernée. En outre, aux termes du I de l'article 6 de ce même décret : " Tout paiement indu d'une aide exceptionnelle attribuée en application du présent décret est récupéré pour le compte de l'Etat par l'organisme chargé du service de celle-ci ". Des dispositions identiques ont été prises par le décret du 15 décembre 2021 visé ci-dessus s'agissant de la prime exceptionnelle de fin d'année pour l'année 2021 et par le décret du 14 décembre 2022 visé ci-dessus s'agissant de la prime exceptionnelle de fin d'année pour l'année 2027. D'autre part, aux termes de l'article 1er du décret du 5 mai 2020 portant attribution d'une aide exceptionnelle de solidarité liée à l'urgence sanitaire aux ménages les plus précaires dispose que : " Une aide exceptionnelle de solidarité est attribuée, au titre des mois d'avril ou de mai 2020 et dans les conditions fixées à l'article 2 du présent décret, aux bénéficiaires d'au moins l'une des allocations suivantes : /1° Le revenu de solidarité active mentionné à l'article L. 262-1 du code de l'action sociale et des familles ; () ". L'article 1er du décret du 27 novembre 2020 portant attribution d'une aide exceptionnelle de solidarité liée à la crise sanitaire aux ménages et aux jeunes de moins de vingt-cinq ans les plus précaires dispose que: " I. - Une aide exceptionnelle de solidarité est attribuée, dans les conditions fixées à l'article 2 du présent décret, aux bénéficiaires d'au moins une des allocations suivantes au titre des mois de septembre ou d'octobre 2020 :1° Le revenu de solidarité active mentionné à l'article L. 262-1 du code de l'action sociale et des familles ; ()".

8. Enfin, aux termes de l'article 515-8 du code civil : " Le concubinage est une union de fait, caractérisée par une vie commune présentant un caractère de stabilité et de continuité, entre deux personnes, de sexe différent ou de même sexe, qui vivent en couple "

9. En l'espèce, il est constant que les droits de Mme E aux aides et primes exceptionnelles en litiges ont été initialement ouverts du fait de ses droits au revenu de solidarité active (RSA) pour les années 2020 à 2022 inclus. Il ressort des pièces du dossier que la CAF a finalement estimé que Mme E n'avait aucun droit au RSA entre le 1er juillet 2020 et le 31 janvier 2023, et par conséquent, aucun droit à la prime exceptionnelle de fin d'année au titre des années 2020, 2021 et 2022, ni à l'aide exceptionnelle de solidarité en mai 2020 et en novembre 2020, dès lors qu'il était apparu, à l'occasion d'un contrôle de sa situation, que Mme E menait vie commune avec M. C depuis le 2 mars 2018 et qu'il convenait donc de tenir compte des ressources de ce dernier dans l'appréhension du niveau de ressources du foyer. Si Mme E se borne à soutenir être une mère isolée de trois enfants, il ressort des pièces du dossier, et en particulier du rapport d'enquête établi par un agent assermenté de la CAF le 12 juillet 2022, que Mme E et M. C sont co-titulaires d'un bail locatif social depuis le 2 mars 2018, qu'ils ont eu trois enfants, dont les deux derniers sont nés les 14 décembre 2018 et 12 septembre 2021, que cette adresse commune est déclarée de manière constante par eux auprès de nombreuses administrations et sociétés, qu'elle a été notamment désignée par M. C à l'administration pénitentiaire comme le lieu d'exécution de sa condamnation pénale sous forme de porte d'un bracelet électronique entre le 18 mai 2021 et le 17 décembre 2021 et qu'il existe des échanges financiers entre Mme E et M. C figurant sur leurs relevés bancaires. En outre, le rapport d'enquête a relevé que, lors de sa rencontre le 7 juin 2022 avec l'agent de contrôle où ce dernier lui a fait part oralement de ses conclusions finales, Mme B D n'a pas contesté l'existence d'une vie commune. Sans contester aucun de ces éléments de faits, Mme B D se borne à produire quelques pièces ponctuelles faisant état d'un hébergement de M. C par sa mère sur la période litigieuse. Compte tenu de leur nombre et de leur nature, ces pièces sont insuffisantes à remettre en cause les constatations du rapport d'enquête. De même, la circonstance que la CAF du Val-d'Oise ait considéré, par la suite, que Mme E pouvait être regardée comme séparée de M. C depuis le 15 novembre 2023 est sans incidence sur les indus en litige qui portent sur une période antérieure. Par suite, le moyen de Mme E tiré de ce que les créances seraient mal fondées ne peut qu'être écarté.

10. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation relatives aux indus de prime exceptionnelle de fin d'année au titre des années 2020, 2021 et 2022 et des aides exceptionnelles de solidarité au titre des mois de mai et de novembre 2020 doivent être rejetées. Il y a lieu, par voie de conséquence, de rejeter les conclusions à fin d'injonction qui leur étaient liées.

Sur les conclusions d'annulation de la décision de fin de droit relative au RSA :

En ce qui concerne le cadre du litige :

11. Lorsqu'une décision administrative faisant l'objet d'un recours contentieux est retirée en cours d'instance pour être remplacée par une décision ayant la même portée, le recours doit être regardé comme tendant également à l'annulation de la nouvelle décision. Lorsque que le retrait a acquis un caractère définitif, il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions dirigées contre la décision initiale, qui ont perdu leur objet. Le juge doit, en revanche, statuer sur les conclusions dirigées contre la nouvelle décision.

12. Le département du Val-d'Oise fait valoir que le recours préalable obligatoire du 27 février 2023 de Mme E a fait l'objet d'une décision explicite de rejet le 28 mai 2024, intervenue en cours d'instance. Cette décision a implicitement, mais nécessairement retiré la décision implicite de rejet dont Mme E demandait l'annulation. Il n'y a dès lors pas lieu de statuer sur les conclusions dirigées contre la décision implicite. Il y a toutefois lieu de rediriger les conclusions d'annulation de Mme E contre la décision du 28 mai 2024.

En ce qui concerne le bien-fondé de la décision :

13. Lorsqu'il statue sur un recours dirigé contre une décision par laquelle l'administration, sans remettre en cause des versements déjà effectués, détermine les droits d'une personne à une allocation, il appartient au juge administratif, eu égard tant à la finalité de son intervention dans la reconnaissance du droit à cette allocation ou à cette aide qu'à sa qualité de juge de plein contentieux, non de se prononcer sur les éventuels vices propres de la décision attaquée, mais d'examiner les droits de l'intéressé sur lesquels l'administration s'est prononcée, en tenant compte de l'ensemble des circonstances de fait qui résultent de l'instruction et, notamment, du dossier qui lui est communiqué en application de l'article R. 772-8 du code de justice administrative. Au vu de ces éléments, il appartient au juge administratif d'annuler ou de réformer, s'il y a lieu, cette décision en fixant alors lui-même les droits de l'intéressé, pour la période en litige, à la date à laquelle il statue ou, s'il ne peut y procéder, de renvoyer l'intéressé devant l'administration afin qu'elle procède à cette fixation sur la base des motifs de son jugement.

14. En premier lieu, Mme E soutient qu'elle n'a pas fait obstacle au contrôle de sa situation par la CAF en application de l'article L. 583-3 du code de la sécurité sociale et que le département ne pouvait dès lors suspendre le versement du RSA à son bénéfice. Toutefois, la décision attaquée, qui n'est pas une décision de suspension prise sur le fondement des dispositions de l'article L. 262-37 du code de l'action sociale et des familles, mais un refus de versement, n'est pas fondé sur la circonstance que Mme E aurait fait obstacle au contrôle de sa situation. Le moyen, inopérant, ne peut qu'être écarté.

15. En second et dernier lieu, aux termes de l'article L. 262-2 du code de l'action sociale et des familles : " Il est procédé au réexamen du montant de l'allocation mentionnée à l'article L. 262-2 selon une périodicité définie par décret. Les décisions qui en déterminent le montant sont révisées entre chaque réexamen dans les situations prévues par décret ". Aux termes de l'article R. 262-7 du même code : " () II.- Pour le calcul de l'allocation, les ressources du trimestre de référence prises en compte sont les suivantes : 1° La moyenne mensuelle des ressources perçues au cours des trois mois précédant la demande ou la révision, à l'exception de celles prévues aux 2° et 3° () ". L'article R. 262-6 de ce code précise que : " Les ressources prises en compte pour la détermination du montant du revenu de solidarité active comprennent, sous les réserves et selon les modalités figurant dans ce chapitre du code, l'ensemble des ressources, de quelque nature qu'elles soient, de toutes les personnes composant le foyer, et notamment les avantages en nature ainsi que les revenus procurés par des biens mobiliers et immobiliers et par des capitaux ". Aux termes de l'article R. 262-35 du même code : " Le revenu de solidarité active cesse d'être dû à compter du premier jour du mois civil au cours duquel les conditions d'ouverture du droit cessent d'être réunies () ". Enfin, aux termes de l'article R. 262-40 de ce code : " Le président du conseil départemental met fin au droit au revenu de solidarité active et procède à la radiation de la liste des bénéficiaires du revenu de solidarité active, selon les cas : / 1o Dans les délais fixés à l'article R. 262-35 lorsque les conditions d'ouverture du droit cessent d'être réunies ; / () ".

16. La requérante indique qu'elle continuait de remplir en février 2023 les conditions d'attribution du RSA, vivant seule avec ses trois enfants et étant dépourvue de ressource. Toutefois, il résulte de l'instruction que le département du Val-d'Oise a refusé de verser le RSA à Mme E à compter du mois de février 2023 au motif qu'elle n'avait pas déclaré l'ensemble de ses ressources, notamment les ressources de son conjoint M. C, sur la période allant de novembre 2022 à janvier 2023, dans sa déclaration trimestrielle de ressources, permettant à la CAF d'évaluer de manière complète ses droits au RSA. Si Mme E conteste qu'elle formait un foyer au sens du code de l'action sociale et des familles avec M. C en février 2023, les quelques pièces qu'elle produit ne permettent pas, compte tenu de leur nature et de leur contenu, d'établir que la situation constatée et étayée par le rapport d'enquête établi le 12 juillet 2022, rappelée au point 9, n'avait plus cours. En outre, la CAF du Val-d'Oise a conclu, par un nouveau rapport d'enquête du 13 août 2024, que la vie commune avec M. C n'avait cessé qu'à compter du 15 novembre 2023 et a repris le paiement du RSA à compter de cette date. Au surplus, et contrairement à ce que soutient l'intéressée, Mme E a elle-même déclaré à la CAF la date de fin de son concubinage au 15 novembre 2023 lors du dépôt d'une nouvelle demande de RSA. Par suite, le moyen de Mme E tiré de ce que ses droits au RSA à compter de février 2023 ont mal été appréciés ne pourra qu'être écarté.

17. Il résulte de tout ce qui précède que c'est à bon droit que le département a refusé à Mme E le bénéfice du RSA à compter du mois de février 2023. Ses conclusions d'annulation devront donc être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction.

Sur les conclusions d'annulation de la décision implicite confirmant la fusion des comptes allocataires de Mme E et de M. C :

18. Mme E a constaté la fusion de son compte allocataire et de celui de M. C sur l'interface en ligne de la CAF du Val-d'Oise, qu'elle a contestée auprès de la CAF, contestations implicitement rejetée. Toutefois, dans la présente instance, elle n'articule aucun moyen à l'encontre de cette décision dont elle demande pourtant l'annulation. Par suite et à supposer que cette décision lui fasse grief, ses conclusions ne pourront qu'être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

19. Ni le département du Val-d'Oise, ni la CAF de ce département n'étant la partie perdante, les conclusions présentées sur le fondement des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 doivent être rejetées.

Par ces motifs, le tribunal décide :

Article 1er : Il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions d'annulation de la décision implicite par laquelle le département du Val-d'Oise a confirmé, sur recours administratif préalable obligatoire du 27 février 2023, qu'il était mis fin au versement du RSA au bénéfice de Mme E.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme E est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme A E, à Me Bapceres, au ministre des solidarités, de l'autonomie et de l'égalité entre les femmes et les hommes et au département du Val-d'Oise.

Copie sera adressée à la caisse d'allocations familiales du Val-d'Oise.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 septembre 2024.

La magistrate désignée,

Signé

M. MonteagleLa greffière,

Signé

C. Mas

La République mande et ordonne au ministre des solidarités, de l'autonomie et de l'égalité entre les femmes et les hommes et au préfet du Val-d'Oise chacun en ce qui les concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

No 2401084

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