Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2401103

jeudi 1 février 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2401103
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduite à la frontière

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires complémentaires, enregistrés les 25, 26 et 29 janvier 2024, Mme A C, représentée par Me Berdugo, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 5 décembre 2023 par lequel le préfet des Hauts-de-Seine a retiré et refusé de renouveler son titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de renvoi et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans ;

2°) d'annuler l'arrêté du 19 décembre 2023 par lequel le préfet des Hauts-de-Seine l'a assignée à résidence dans ce département pour une durée de quarante-cinq jours, renouvelable une fois ;

3°) d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour assortie d'une autorisation de travail dans un délai de deux mois à compter de la notification de la décision à intervenir sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

En ce qui concerne l'arrêté du 5 décembre 2023 portant retrait et refus de renouvellement de titre de séjour, l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, fixant le pays de renvoi et prononçant une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans :

S'agissant des moyens dirigés contre l'ensemble des décisions attaquées :

- elles sont insuffisamment motivées ;

- elles sont entachées d'un défaut d'examen particulier de sa situation.

S'agissant de la décision portant retrait et refus de renouvellement du titre de séjour :

- elle a été prise au terme d'une procédure irrégulière en l'absence de saisine de la commission du titre de séjour ;

- elle méconnait l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant retrait et refus de renouvellement du titre de séjour ;

- elle méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnait l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

S'agissant de la décision portant refus d'octroi d'un délai de départ volontaire :

- elle méconnait l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnait l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

S'agissant de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- elle méconnait l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnait l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

En ce qui concerne l'arrêté du 19 décembre 2023 portant assignation à résidence pour une durée de quarante-cinq jours, renouvelable une fois :

- il est insuffisamment motivé ;

- il est entaché d'un défaut d'examen particulier de sa situation ;

- il a été pris au terme d'une procédure irrégulière en l'absence de respect de la procédure contradictoire prévue à l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration ;

- il méconnait l'article L. 731-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense enregistré le 26 janvier 2024, le préfet des Hauts-de-Seine conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens invoqués ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Robert comme juge du contentieux des mesures d'éloignement des étrangers et des décisions relatives à la rétention des étrangers visées aux chapitres VI, VII, VII bis, VII ter, VII quater du titre VII du livre VII de la partie réglementaire du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique qui s'est tenue le 29 janvier 2024 :

- le rapport de M. Robert, magistrat désigné, qui a informé les parties, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, que le jugement était susceptible d'être fondé sur le moyen d'ordre public relevé d'office tiré de l'incompétence de la formation de jugement pour connaître des conclusions tendant à l'annulation de l'arrêté du 5 décembre 2023 en tant qu'il porte retrait et refus du renouvellement du titre de séjour ;

- les observations de Me Berdugo, représentant Mme C, qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens ;

- Le préfet des Hauts-de-Seine n'étant ni présent, ni représenté.

La clôture d'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Des pièces complémentaires ont été produites pour Mme C le 30 janvier 2024. Elles n'ont pas été communiquées.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C, ressortissante géorgienne née le 30 avril 1975, déclare être entrée en France en novembre 2013. L'intéressée a obtenu une première carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " valide du 26 avril 2021 au 25 avril 2022, puis une seconde portant la même mention valide du 6 octobre 2022 au 5 octobre 2023. Le 25 juillet 2023, Mme C a sollicité le renouvellement de ce titre de séjour. Par un arrêté du 5 décembre 2023, le préfet des Hauts-de-Seine a retiré et refusé de renouveler son titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de renvoi et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans. Par un arrêté du 19 décembre 2023, le préfet des Hauts-de-Seine l'a assignée à résidence dans ce département pour une durée de quarante-cinq jours, renouvelable une fois. Par la présente requête, Mme C demande l'annulation de ces deux arrêtés qui lui ont été notifiés par voie postale le 23 janvier 2024.

Sur l'étendue du litige :

2. Aux termes de l'article R. 776-17 du code de justice administrative : " Lorsque l'étranger est placé en rétention ou assigné à résidence () / (), lorsque le requérant a formé des conclusions contre la décision relative au séjour notifiée avec une obligation de quitter le territoire, il est statué sur cette décision dans les conditions prévues à la sous-section 1 ou à la sous-section 2 de la section 2, selon le fondement de l'obligation de quitter le territoire. () ".

3. L'obligation de quitter le territoire français adoptée à l'encontre de Mme C est fondée sur le 3° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Dès lors, en application de l'article R. 776-17 du code de justice administrative, il doit être statué sur la décision relative au séjour l'accompagnant dans les conditions prévues à l'article L. 614-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et à la sous-section 1 de la section 2 du chapitre VI du titre VII du livre VII du code de justice administrative. Par suite, il y a lieu de renvoyer, à une formation collégiale du tribunal, les conclusions de la requête tendant à l'annulation de la décision portant retrait et refus de renouvellement de titre de séjour ainsi que les conclusions accessoires qui s'y rapportent.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne l'arrêté du 5 décembre 2023 en tant qu'il porte obligation de quitter le territoire français sans délai, fixe le pays de renvoi et prononce une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans :

S'agissant des moyens communs dirigés contre l'ensemble des décisions attaquées :

4. En premier lieu, l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration dispose que : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police ; () ". Et l'article L. 211-5 du même code prévoit que : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision. ".

5. L'arrêté attaqué mentionne les textes sur lesquels reposent ses décisions. Par ailleurs, il comporte des motifs de fait, non stéréotypés, rappelant l'identité, la nationalité et les conditions d'entrée sur le territoire français ainsi que la situation administrative, personnelle et familiale de Mme C. En outre, il mentionne les motifs pour lesquels le préfet a retiré et refusé le renouvellent de son titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de renvoi et lui a interdit le retour sur le territoire français pendant une durée de deux ans. Au surplus, l'exigence de motivation n'implique pas que l'arrêté attaqué mentionne l'ensemble des éléments particuliers de la situation de la requérante. Dès lors, l'arrêté litigieux comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

6. En second lieu, il ne ressort ni des pièces du dossier, ni des termes de l'arrêté attaqué, que le préfet n'aurait pas procédé, avant son édiction, à l'examen particulier de la situation personnelle de Mme C.

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

7. En premier lieu, aux termes de l'article L. 412-5 du même code : " La circonstance que la présence d'un étranger en France constitue une menace pour l'ordre public fait obstacle à la délivrance et au renouvellement de la carte de séjour temporaire, (). ".

8. En l'espèce, la décision du 5 décembre 2023 par laquelle le préfet des Hauts-de-Seine a retiré la carte de séjour temporaire de Mme C est dépourvue d'objet dès lors que ce titre de séjour était expiré depuis le 5 octobre 2023. Par ailleurs, en l'état des pièces produites à l'instance, il ne ressort pas des pièces du dossier que la décision du même jour par laquelle le préfet des Hauts-de-Seine a refusé de renouveler la carte de séjour temporaire de Mme C dès lors que sa présence en France constitue une menace à l'ordre public serait illégale. Par suite, le moyen tiré de cette illégalité et soulevé, par voie d'exception, à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être écarté.

9. En deuxième lieu, aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

10. Mme C soutient qu'elle réside en France depuis novembre 2013 en compagnie de son époux et de leurs trois enfants, qu'elle justifie d'une insertion professionnelle réussie et que sa présence en France ne constitue pas une menace pour l'ordre public en raison de l'ancienneté des faits reprochés. Toutefois, par un jugement du tribunal judicaire de Paris du 25 janvier 2021, la requérante a été condamnée à une peine de deux ans d'emprisonnement avec sursis et à 10 000 euros d'amende pour non justification de ressources ou de l'origine d'un bien par une personne en relation habituelle avec une personne participant à une association de malfaiteurs, participation à une association de malfaiteurs en vue de la préparation d'un crime, participation à association de malfaiteurs en vue de la préparation d'un délit puni de 10 ans d'emprisonnement et détention non autorisée d'arme, munition ou de leurs éléments de catégorie B. Dans ces conditions, la présence en France de Mme C constitue une menace pour l'ordre public. Par ailleurs, l'époux de Mme C fait également l'objet d'une obligation de quitter le territoire français motivée par la menace à l'ordre public que constitue à sa présence en France et, si la requérante déclare que cette mesure le concernant ne pourrait pas être mise à exécution dès lors que les autorités géorgiennes n'ont pas fait droit à la demande de laissez-passer consulaire présentée par les autorités françaises en novembre 2023, cette circonstance est sans incidence sur l'obligation faite audit époux de quitter le territoire français en rejoignant un pays où il est légalement admissible. En outre, Mme C n'établit pas la réalité d'une vie commune avec son époux et il ressort des pièces du dossier que les deux enfants issus de cette union sont majeurs, alors que l'enfant mineure de la requérante est née de père inconnu. Enfin, Mme C n'établit pas l'existence d'obstacle à une reconstitution de sa cellule familiale en Géorgie, pays dont elle et ses trois enfants ont la nationalité, où elle n'établit pas être dépourvue d'attaches familiales et où elle a vécu jusqu'à l'âge de 38 ans au moins. Dans ces conditions, elle n'est pas fondée à soutenir que le préfet des Hauts-de-Seine aurait porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels sa décision a été prise. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

11. En quatrième lieu, aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant du 26 janvier 1990 : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. ".

12. Pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 10, les moyens tirés de la méconnaissance de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant et d'une erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés.

S'agissant de la décision portant refus d'octroi d'un délai de départ volontaire :

13. En premier lieu, aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ; () "

14. Pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 10, le comportement de Mme C constitue une menace pour l'ordre public. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 612-2 doit être écarté.

15. En second lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 10, les moyens tirés de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant, ainsi que d'une erreur manifeste d'appréciation, doivent être écartés.

S'agissant de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

16. En premier lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français () ".

17. Il appartenait au préfet des Hauts-de-Seine, qui n'a accordé aucun délai de départ volontaire à Mme C, d'assortir l'obligation de quitter le territoire français prise à son encontre d'une interdiction de retour sur le territoire français dont la durée ne pouvait excéder trois ans. Par ailleurs, ainsi qu'il l'a été dit au point 10, le comportement de Mme C constitue une menace pour l'ordre public. Dans ces conditions, Mme C n'est pas fondée à soutenir que la décision attaquée, qui limite à deux ans l'interdiction de retour sur le territoire français, serait disproportionnée au regard du but poursuivi. Par suite, les moyens tiré d'une méconnaissance des dispositions de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

18. En second lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 10, les moyens tirés de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant, ainsi que d'une erreur manifeste d'appréciation, doivent être écartés.

En ce qui concerne l'arrêté du 19 décembre 2023 portant assignation à résidence pour une durée de quarante-cinq jours, renouvelable une fois :

19. Aux termes de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants : / 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins d'un an auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé ; () ". Aux termes de l'article L. 733-1 du même code : " L'étranger assigné à résidence en application du présent titre se présente périodiquement aux services de police ou aux unités de gendarmerie. Il se présente également, lorsque l'autorité administrative le lui demande, aux autorités consulaires, en vue de la délivrance d'un document de voyage ".

20. Aux termes de l'arrêté attaqué, l'assignation à résidence de Mme C est fondée, notamment, sur le fait que celle-ci " est dépourvue de documents d'identité et de voyage, ce qui ne permet pas l'exécution d'office et immédiate de la mesure d'éloignement dont elle fait l'objet " et précise que la réquérante est " astreinte à demeurer dans le lieu où sa résidence est fixée sis 64, rue de la Saussière à Boulogne-Billancourt chaque vendredi de 19h à 20h et chaque samedi de 8h à 10h () ". Toutefois, il ressort des pièces du dossier que Mme C est titulaire d'un passeport géorgien en cours de validité qu'elle a nécessairement produit au préfet des Hauts-de-Seine lors de la première délivrance et du premier renouvellement de la carte de séjour temporaire dont elle était titulaire jusqu'au 5 octobre 2023. En outre, il ressort des pièces du dossier qu'elle ne réside pas à Boulogne-Billancourt, mais à Meudon comme l'atteste notamment les justificatifs de domicile et quittances de loyer produites au soutien de sa requête. Enfin, l'adresse indiquée sur l'arrêté est celle d'une domiciliation postale au sein d'un centre communal d'action sociale où la requérante ne peut être présente aux horaires précités, ce qui rend impossible l'exécution de cette mesure. Par suite, le moyen tiré d'un défaut d'examen particulier de la situation de Mme C doit être accueilli.

21. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens dirigés contre ce second arrêté, que Mme C est seulement fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 19 décembre 2023 par lequel le préfet des Hauts-de-Seine l'a assignée à résidence.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

22. L'annulation de l'arrêté portant assignation à résidence n'implique aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte doivent être rejetées.

Sur les frais de l'instance :

23. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'il en soit fait application à l'encontre de l'Etat, qui n'est pas partie perdante pour l'essentiel.

D E C I D E :

Article 1er : Les conclusions de Mme C dirigées contre la décision du préfet des Hauts-de-Seine du 19 décembre 2023 portant retrait et refus de renouvellement de son titre de séjour, ainsi que les conclusions accessoires qui s'y rapportent, sont renvoyées à une formation collégiale

Article 2 : L'arrêté du 19 décembre 2023 portant assignation à résidence est annulé.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme A C et au préfet des Hauts-de-Seine.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er février 2024.

Le magistrat désigné,

signé

D. RobertLe greffier,

signé

M. B La République mande et ordonne au préfet des Hauts-de-Seine en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

No 24011032