Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2401144

mardi 13 février 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2401144
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des pièces complémentaires, enregistrées le 26 et le 30 janvier 2024, M. B, représenté par Me Berdugo, demande au juge des référés, statuant par application de l'article L. 521-3 du code de justice administrative :

1°) d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine de lui fixer un rendez-vous aux fins de dépôt de sa demande d'admission exceptionnelle au séjour et de lui délivrer un récépissé de demande de titre de séjour, dans le délai d'un mois courant à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à lui verser au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

Sur l'urgence :

- la condition d'urgence est remplie, dès lors qu'il se trouve en situation irrégulière au regard du droit au séjour ;

- son employeur envisage de le licencier du fait de l'irrégularité de sa situation ;

Sur l'utilité de la mesure :

- la mesure demandée est utile, dès lors que malgré plusieurs demandes de rendez-vous transmises par courriels, puis en utilisant la plateforme " démarches-simplifiées.fr " rendue obligatoire dans le courant de l'année 2023, il n'a obtenu aucune réponse de la préfecture des Hauts-de-Seine ;

- elle ne fait obstacle à aucune décision administrative ni ne fait l'objet d'aucune contestation sérieuse.

La requête a été communiquée au préfet des Hauts-de-Seine qui n'a produit aucun mémoire en défense ni communiqué de pièces dans le délai de 15 jours qui lui avait été accordé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme Charlery, première conseillère, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative, pour statuer sur les demandes en référé.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant géorgien né le 8 octobre 2004, est entré en France, selon ses déclarations, le 22 août 2020, en compagnie de sa mère et de ses deux sœurs et alors qu'il était âgé de 15 ans. Il a été scolarisé en lycée professionnel de septembre 2020 à juillet 2022, avant d'intégrer le centre de formation par l'apprentissage GIP-CFIP de Saint-Quentin-en-Yvelines et de conclure, dans le cadre de cette formation, une convention de formation par apprentissage avec la société " l'atelier Déli ", couvrant la période courant du 1er septembre 2022 au 1er août 2024, en vue de l'obtention du CAP cuisine. Le requérant indique avoir adressé à la préfecture des Hauts-de-Seine, le 16 mars 2023, un courriel, par l'intermédiaire de son conseil, sollicitant une convocation en vue de procéder au dépôt d'une demande de titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " sur le fondement des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. En l'absence de toute réponse, il a réitéré sa demande par courriels des 28 juin et 5 juillet 2023. Le 29 novembre 2023, il a déposé un dossier de demande d'admission exceptionnelle au séjour sur la plateforme " démarches-simplifiées.fr " de la préfecture des Hauts-de-Seine dont il a été accusé réception par courriel du 25 janvier 2024. Faute de toute réponse de la préfecture des Hauts-de-Seine, par la présente requête M. B demande au juge des référés, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine de lui fixer une date de rendez-vous en vue du dépôt de sa demande de titre de séjour.

2. Aux termes de l'article L. 521-3 du code de justice administrative : " En cas d'urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative. ".

3. Eu égard aux conséquences qu'a sur la situation d'un étranger, notamment sur son droit à se maintenir en France et, dans certains cas, à y étudier, la détention du récépissé qui lui est en principe remis après l'enregistrement de sa demande et au droit qu'il a de voir sa situation examinée au regard des dispositions relatives au séjour des étrangers en France, il incombe à l'autorité administrative, après lui avoir fixé un rendez-vous, de le recevoir en préfecture et, si son dossier est complet, de procéder à l'enregistrement de sa demande, dans un délai raisonnable. Lorsque le rendez-vous ne peut être ne peut être demandé qu'après avoir procédé en ligne à des formalités préalables, il résulte de ce qui vient d'être dit que, si l'étranger établit qu'il n'a pu obtenir une date de rendez-vous, malgré plusieurs tentatives n'ayant pas été effectuées la même semaine, il peut demander au juge des référés, saisi sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, d'enjoindre au préfet de lui communiquer, dans un délai qu'il fixe, une date de rendez-vous. Il appartient alors au juge des référés d'apprécier et de motiver l'urgence compte tenu de l'incidence immédiate du dysfonctionnement sur la situation concrète de l'intéressé. La condition d'urgence est ainsi en principe constatée dans le cas d'une demande de renouvellement d'un titre de séjour. Dans les autres cas, il appartient au requérant de justifier de circonstances particulières caractérisant la nécessité pour lui d'obtenir rapidement ce rendez-vous. Si la situation de l'étranger le justifie, le juge peut préciser le délai maximal dans lequel celui-ci doit avoir lieu. Il fixe un délai bref en cas d'urgence particulière.

4. M. B produit un courrier de son employeur du 16 décembre 2023 lui indiquant que, faute de régularisation de sa situation administrative, au regard de l'absence de toute évolution des démarches engagées en ce sens, une procédure de licenciement sera mise en œuvre. De ce fait, la condition d'urgence doit être regardée comme établie.

5. Eu égard aux difficultés rencontrées par les ressortissants étrangers pour déposer leur demande de titre de séjour, en l'absence de plages horaires libres pour la prise de rendez-vous sur le site internet de la préfecture, le préfet des Hauts-de-Seine a mis en place une nouvelle procédure qui permet aux ressortissants étrangers souhaitant demander leur admission exceptionnelle au séjour de déposer un dossier succinct en créant un compte " démarches simplifiées " sur le site de la préfecture, qui leur propose ensuite un rendez-vous pour déposer l'ensemble de leur dossier, suivant la date de dépôt des demandes.

6. En l'espèce, il n'est pas contesté par le préfet des Hauts-de-Seine qui n'a produit aucune observation en défense au-delà du délai de 15 jours qui lui avait été imparti à cet effet, que M. B a déposé une demande d'admission exceptionnelle au séjour au titre de la vie privée et familiale, le 29 novembre 2023, après avoir à plusieurs reprises sollicité une convocation par l'intermédiaire de son conseil par courriels des 16 mars, 26 juin et 5 juillet 2023, sans aucune réponse de l'administration, ni information quant à la mise en place d'une procédure dématérialisée. En outre, il ressort des termes du document dénommé " attestation de dépôt ", délivrée le 25 janvier 2024, que le dossier du requérant est en cours d'instruction par l'administration. Il ne ressort pas des pièces du dossier et il n'est pas soutenu par le préfet des Hauts-de-Seine, qui n'a pas produit d'observations en défense, que le dossier de demande de titre de séjour déposé par M. B serait incomplet.

7. Il résulte de ce qui précède que la demande de M. B revêt un caractère urgent et utile au sens des dispositions de l'article L. 521-3 du code de justice administrative. Par ailleurs, il ne résulte pas de l'instruction que cette demande ferait obstacle à l'exécution d'une décision administrative, ni qu'elle se heurterait à une contestation sérieuse, le préfet des Hauts-de-Seine n'ayant pas présenté d'observations en défense.

8. Par suite, il y a lieu d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine de communiquer à M. B, dans un délai de vingt-et-un (21) jours à compter de la notification de la présente ordonnance, une date de convocation afin de lui permettre de faire enregistrer sa demande de titre de séjour, sans qu'il soit nécessaire à ce stade d'assortir cette injonction d'une astreinte.

9. Il n'y a pas lieu dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat la somme que le requérant demande en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : Il est enjoint au préfet des Hauts-de-Seine de fixer un rendez-vous à M. B en vue du dépôt de son dossier de demande de titre de séjour, dans un délai de vingt-et-un jours (21) à compter de la notification de la présente ordonnance.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B, et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Copie en sera adressée au préfet des Hauts-de-Seine.

Fait, à Cergy, le 13 février 2024.

La juge des référés,

Signé

C. Charlery

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer. en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.