Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2401217

mardi 13 février 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2401217
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 29 janvier et le 8 février 2024, Mme A veuve B, représentée par Me Diarra, demande au juge des référés, statuant par application de l'article L. 521-3 du code de justice administrative :

1°) d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine de lui fixer un rendez-vous aux fins de dépôt de sa demande de renouvellement de titre de séjour et de lui délivrer un récépissé ou de procéder au déblocage de son compte ANEF et de lui délivrer une attestation de prolongation d'instruction, dès notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à lui verser au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

Sur l'urgence :

- la condition d'urgence est remplie, dès lors que la durée de validité de son titre de séjour étant expirée depuis le 27 octobre 2022, elle se trouve en situation irrégulière sur le territoire et exposée de ce fait à faire l'objet d'une mesure d'éloignement ;

- elle se trouve dans l'impossibilité de déposer sa demande de renouvellement de titre de séjour sur la plateforme dématérialisée qui présente des dysfonctionnements, alors que son utilisation est obligatoire ;

- l'irrégularité de sa situation lui a coûté son emploi ;

Sur l'utilité de la mesure :

- la mesure demandée est utile dès lors qu'elle se trouve dans l'incapacité de déposer une demande de titre de séjour par voie dématérialisée.

Sur l'absence d'obstacle à l'exécution d'une décision administrative :

- aucune décision administrative n'a été prise en l'espèce.

Par un mémoire en défense, enregistré le 7 février 2024, le préfet des Hauts-de-Seine conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- l'arrêté du 27 avril 2021 pris en application de l'article R. 431-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile relatif aux titres de séjour dont la demande s'effectue au moyen d'un téléservice ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme Charlery, première conseillère, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative, pour statuer sur les demandes en référé.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, ressortissante centrafricaine née le 4 août 1979, a été mise en possession d'un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " valable du 28 octobre 2021 au 27 octobre 2022. Elle a présenté une demande de renouvellement de ce titre de séjour en préfecture des Hauts-de-Seine en remplissant, le 6 septembre 2022, la fiche de salle habituellement renseignée en préfecture, qu'elle a adressée à la préfecture par voie de lettre recommandée, reçue le 19 septembre 2022. Par lettre du 31 octobre 2022, le préfet des Hauts-de-Seine l'a informée de ce qu'il devait être procédé au dépôt des demandes de renouvellement de titre de séjour en utilisant la plateforme " démarches administratives/étrangers en France/séjour ". Par un nouveau message, adressé le 6 novembre 2023 sur l'espace personnel de la requérante sur la plateforme " démarches-simplifiées.fr ", la préfecture des Hauts-de-Seine a indiqué à Mme A que son dossier adressé par voie postale avait été classé sans suite et l'a invitée à adresser un nouveau dossier via la plateforme. Ne parvenant pas à procéder à la démarche indiquée, Mme A demande au juge des référés, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine de lui fixer une date de convocation en vue du dépôt de sa demande de titre de séjour et de lui délivrer un récépissé ou une attestation de prolongation d'instruction.

2. Aux termes de l'article L. 521-3 du code de justice administrative : " En cas d'urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative. ". Saisi sur le fondement de ces dispositions d'une demande qui n'est pas manifestement insusceptible de se rattacher à un litige relevant de la compétence du juge administratif, le juge des référés peut prescrire, à des fins conservatoires ou à titre provisoire, toutes mesures que l'urgence justifie, notamment sous forme d'injonctions adressées à l'administration, à la condition que ces mesures soient utiles et ne se heurtent à aucune contestation sérieuse. En raison du caractère subsidiaire du référé régi par l'article L. 521-3, le juge saisi sur ce fondement ne peut prescrire les mesures qui lui sont demandées lorsque leurs effets pourraient être obtenus par les procédures de référé régies par les articles L. 521-1 et L. 521-2 du même code. Enfin, il ne saurait faire obstacle à l'exécution d'une décision administrative, même celle refusant la mesure demandée, à moins qu'il ne s'agisse de prévenir un péril grave.

3. Aux termes de l'article R. 431-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La demande d'un titre de séjour figurant sur une liste fixée par arrêté du ministre chargé de l'immigration s'effectue au moyen d'un téléservice à compter de la date fixée par le même arrêté. Les catégories de titres de séjour désignées par arrêté figurent en annexe 9 du présent code. () En outre, une solution de substitution, prenant la forme d'un accueil physique permettant l'enregistrement de la demande, est mise en place pour l'étranger qui, ayant accompli toutes les diligences qui lui incombent, notamment en ayant fait appel au dispositif d'accueil et d'accompagnement prévu à l'alinéa précédent, se trouve dans l'impossibilité constatée d'utiliser le téléservice pour des raisons tenant à la conception ou au mode de fonctionnement de celui-ci. / Le ministre chargé de l'immigration fixe par arrêté les modalités de l'accueil et de l'accompagnement mentionnés au deuxième alinéa ainsi que les conditions de recours et modalités de mise en œuvre de la solution de substitution prévue au troisième alinéa ". Aux termes de l'article R. 431-3 du même code : " La demande de titre de séjour ne figurant pas dans la liste mentionnée à l'article R. 431-2, est effectuée à Paris, à la préfecture de police et, dans les autres départements, à la préfecture ou à la sous-préfecture. / Le préfet peut également prescrire que les demandes de titre de séjour appartenant aux catégories qu'il détermine soient adressées par voie postale ". Les demandes de carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " fondées sur l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne figurent pas parmi les demandes listées à l'article 1er de l'arrêté du 27 avril 2021 visé ci-dessus. Par suite, leurs modalités de dépôt dépendent de l'article R. 431-3.

4. Il résulte de l'instruction, d'une part, que Mme A a présenté une demande de renouvellement de son titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ", en renseignant la fiche de salle dédiée à cet effet, le 6 septembre 2022, puis en l'adressant à la préfecture par voie de lettre recommandée avec accusé de réception, reçu en préfecture le 19 septembre 2022.

5. Il ressort des mentions d'un courriel adressé à Mme A par les services de la préfecture des Hauts-de-Seine, que son dossier a été classé sans suite le 6 novembre 2023 pour ne pas avoir été déposé sur la plateforme de l'administration numérique des étrangers en France (ANEF), lequel ne pouvait pas, à la date de la demande présentée par Mme A, être utilisé à cet effet. Ce classement sans suite caractérise donc une décision de refus d'enregistrement de sa demande, laquelle fait obstacle, en application de ce qui a été développé au point 2, au prononcé de mesures utiles sur le fondement de l'article L. 521-3 précité du code de justice administrative.

6. Par suite, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur l'urgence ou sur le caractère utile des mesures demandées, il convient de rejeter les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 522-3 du code de justice administrative précité. Par voie de conséquence, il convient également de rejeter les conclusions à fin d'injonction, ainsi que celles tendant au bénéfice de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A, et au préfet des Hauts-de-Seine.

Fait, à Cergy, le 13 février 2024

La juge des référés,

Signé

C. Charlery

La République mande et ordonne au préfet des Hauts-de-Seine en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.