Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2401299

jeudi 27 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2401299
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 25 janvier 2024, M. B, représenté par Me Vicente, doit être regardé comme demandant au tribunal :

1°) d'annuler la décision " 48 SI " du 26 juillet 2023 par laquelle le ministre de l'intérieur et des outre-mer a invalidé son permis de conduire pour solde de points nul, ainsi que les décisions portant retrait de points sur ce permis à la suite des infractions commises le 26 novembre 2009 (1 point), le 23 octobre 2011 (1 point), le 3 juillet 2012 (1 point), le 2 octobre 2012 (1 point), le 5 décembre 2013 (4 points), le 3 janvier 2016 (1 point), le 20 mars 2016 (1 point), le 18 juillet 2017 (1 point), le 28 septembre 2018 (3 points), le 4 janvier 2020 (1 point), le 14 juillet 2022 (1 point), le 23 juillet 2022 (1 point), le 20 août 2022 (1 point), le 11 novembre 2022 (4 points) et le 14 janvier 2023 (1 point), ensemble la décision par laquelle le ministre de l'intérieur et des outre-mer a implicitement rejeté son recours gracieux du 10 octobre 2023 ;

2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de lui restituer son permis de conduire, ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation, dans un délai de 15 jours à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision référencée " 48 SI " est entachée d'un vice d'incompétence ;

- elle est entachée d'une rétroactivité illégale, sa notification étant intervenue le 16 août 2023, postérieurement à son édiction ;

- le ministre n'a pas tenu compte du stage de sensibilisation à la sécurité routière qu'il a suivi et qui aurait dû créditer son capital de 4 points ;

- il n'a pas reçu les informations prévues par les dispositions des articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route ;

- la réalité des infractions qui lui sont reprochées n'est pas établie.

Par un mémoire en défense, enregistré le 24 avril 2024, le ministre de l'intérieur et des outre-mer conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- les conclusions dirigées contre les retraits de points consécutifs aux infractions commises les 26 novembre 2009, 23 octobre 2011, 3 juillet 2012, 2 octobre 2012, 20 mars 2016, 18 juillet 2017 et 4 janvier 2020 sont irrecevables, les points en cause ayant été restitués à M. B en amont de la saisine du tribunal ;

- pour le surplus, les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la route ;

- le code de procédure pénale ;

- le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Par la présente requête, M. B doit être regardé comme demandant au tribunal d'annuler la décision " 48 SI " du 26 juillet 2023 par laquelle le ministre de l'intérieur et des outre-mer a invalidé son permis de conduire pour solde de points nul, ainsi que les décisions portant retrait de points sur ce permis à la suite des infractions commises le 26 novembre 2009 (1 point), le 23 octobre 2011 (1 point), le 3 juillet 2012 (1 point), le 2 octobre 2012 (1 point), le 5 décembre 2013 (4 points), le 3 janvier 2016 (1 point), le 20 mars 2016 (1 point), le 18 juillet 2017 (1 point), le 28 septembre 2018 (3 points), le 4 janvier 2020 (1 point), le 14 juillet 2022 (1 point), le 23 juillet 2022 (1 point), le 20 août 2022 (1 point), le 11 novembre 2022 (4 points) et le 14 janvier 2023 (1 point), ensemble la décision par laquelle le ministre de l'intérieur et des outre-mer a implicitement rejeté son recours gracieux du 10 octobre 2023.

2. Aux termes de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " Les présidents de tribunal administratif () et les présidents de formation de jugement des tribunaux () peuvent, par ordonnance : / () 4° Rejeter les requêtes manifestement irrecevables, lorsque la juridiction n'est pas tenue d'inviter leur auteur à les régulariser ; / 5° Statuer sur les requêtes qui ne présentent plus à juger de questions autres que la condamnation prévue à l'article L. 761-1 ou la charge des dépens ; / () 7° Rejeter, après l'expiration du délai de recours ou, lorsqu'un mémoire complémentaire a été annoncé, après la production de ce mémoire, les requêtes ne comportant que des moyens de légalité externe manifestement infondés, des moyens irrecevables, des moyens inopérants ou des moyens qui ne sont assortis que de faits manifestement insusceptibles de venir à leur soutien ou ne sont manifestement pas assortis des précisions permettant d'en apprécier le bien-fondé.() ".

Sur la recevabilité des conclusions :

3. Il ressort des pièces du dossier, notamment du relevé d'information intégral de M. B édité le 19 avril 2024, versé à l'instance par le ministre de l'intérieur et des outre-mer, que les retraits de points consécutifs aux infractions commises les 26 novembre 2009, 23 octobre 2011, 3 juillet 2012, 2 octobre 2012, 20 mars 2016, 18 juillet 2017 et 4 janvier 2020 lui ont été restitués en amont du dépôt de sa requête, respectivement les 10 février 2011, 1er août 2012, 12 mars 2013, 2 juillet 2013, 30 décembre 2016, 23 mai 2018 et 15 mars 2021. Il y a donc lieu de rejeter ces conclusions comme étant manifestement irrecevables, sur le fondement des dispositions précitées du 4° de l'article R. 222-1 du code de justice administrative.

Sur le surplus des conclusions :

En ce qui concerne la décision référencée " 48 SI " :

4. En premier lieu, par une décision du 18 septembre 2023, régulièrement publiée le 21 septembre 2023 au journal officiel de la République Française, délégation a été donnée à Mme Carolyne Charlet, conseillère d'administration de l'intérieur et de l'outre-mer, cheffe du bureau national des droits à conduire, placée directement sous l'autorité de la sous-directrice de l'éducation routière et du permis de conduire, pour tous actes, décisions et correspondances courantes relatifs au dispositif du permis à points. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision attaquée aurait été signée par une autorité incompétente doit être écarté comme étant manifestement infondé.

5. En deuxième lieu, il est constant que les décisions portant retraits de points d'un permis de conduire, de même que celles qui constatent la perte de validité du permis pour solde de points nuls, ne sont opposables à son titulaire qu'à compter de la date à laquelle elles lui sont notifiées. Par conséquent, la circonstance que la décision référencée " 48 SI " ait été notifiée à M. B le 16 août 2023, 21 jours après son édiction, ne l'a pas entachée d'une rétroactivité illégale. Un tel moyen doit donc être écarté comme n'étant assorti que de faits manifestement insusceptibles de venir à son soutien.

6. En troisième lieu, il ressort du relevé d'information intégral de M. B que le capital de points affectés à son permis de conduire a été crédité de 4 points à deux reprises, les 24 janvier 2018 et 19 janvier 2023, à la suite de stages de sensibilisation à la sécurité routière suivis les 1er et 2 décembre 2017 et 14 et 15 décembre 2022 respectivement. Dès lors que M. B ne justifie d'aucun autre stage suivi ultérieurement, le moyen tiré de ce que le ministre de l'intérieur et des outre-mer aurait refusé de créditer son permis de conduire de 4 nouveaux points doit être écarté comme n'étant assorti que de faits manifestement insusceptibles de venir à son soutien.

En ce qui concerne les décisions portant retraits de points :

Quant au moyen tiré du défaut d'information préalable :

7. La délivrance, au titulaire du permis de conduire à l'encontre duquel est relevée une infraction donnant lieu à retrait de points, de l'information prévue aux articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route constitue une garantie essentielle donnée à l'auteur de l'infraction pour lui permettre, avant d'en reconnaître la réalité par le paiement d'une amende forfaitaire ou l'exécution d'une composition pénale, d'en mesurer les conséquences sur la validité de son permis et, éventuellement, d'en contester la réalité devant le juge pénal. Elle revêt le caractère d'une formalité substantielle et conditionne la régularité de la procédure au terme de laquelle le retrait de points est décidé.

S'agissant de l'infraction commise le 5 décembre 2013 :

8. Il ressort des mentions du relevé d'information intégral produit par le ministre que l'infraction commise par M. B le 5 décembre 2013 a donné lieu à l'émission d'un titre exécutoire d'amende forfaitaire majorée, dont il ne ressort pas des pièces du dossier que l'intéressé l'aurait réglée après avoir reçu les informations exigées par les articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que M. B s'est acquitté du paiement des amendes forfaitaires majorées consécutives aux infractions commises les 3 juillet 2012 et 2 octobre 2012, comme cela ressort des attestations versées à l'instance du trésorier du contrôle automatisé de Rennes. Ces paiements permettent d'établir que M. B a reçu les avis d'amende forfaitaire dont le formulaire reprend l'ensemble des informations exigées par les articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route. M. B, qui n'établit pas que les avis reçus n'auraient pas comporté cette information, a donc bénéficié, à l'occasion de précédentes infractions, de l'ensemble des informations légalement exigées. Dès lors, à supposer même qu'il n'ait pas reçu les informations lors de la constatation de l'infraction du 5 décembre 2013, il n'a pas été privé d'une garantie. Par suite, il n'est pas fondé à soutenir que la décision ayant retiré des points de son permis de conduire à la suite de l'infraction en cause est intervenue à la suite d'une procédure irrégulière. Le moyen tiré d'un défaut d'information doit donc être écarté comme manifestement infondé.

S'agissant des infractions commises le 3 janvier 2016, le 23 juillet 2022, le 20 août 2022 et le 14 janvier 2023 :

9. Il ressort du relevé d'information intégral de M. B que les infractions commises les 3 janvier 2016, le 23 juillet 2022, le 20 août 2022 et le 14 janvier 2023 ont été relevées par radar automatique, avec envoi d'un avis de contravention au domicile du titulaire de la carte crise du véhicule flashé. Le ministre de l'intérieur et des outre-mer produit les attestations de paiement du trésorier du contrôle automatisé relatives à l'encaissement du montant des amendes forfaitaires majorées afférentes à ces contraventions. Ces paiements permettent d'établir que M. B a reçu les avis d'amende forfaitaire dont le formulaire reprend l'ensemble des informations exigées par les articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route. Le contrevenant n'établit pas que les avis reçus n'auraient pas comporté cette information. Par suite, le moyen tiré d'un défaut d'information doit être écarté comme manifestement infondé.

S'agissant de l'infraction commise le 28 septembre 2018 :

10. Lorsqu'il est établi que le titulaire du permis de conduire a payé l'amende forfaitaire prévue à l'article 529 du code de procédure pénale au titre d'une infraction constatée par radar automatique, il découle de cette seule constatation qu'il a nécessairement reçu l'avis de contravention. Eu égard aux mentions dont cet avis doit être revêtu, la même constatation conduit également à regarder comme établi que l'administration s'est acquittée envers lui de son obligation de lui délivrer, préalablement au paiement de l'amende, les informations requises en vertu des dispositions de l'article L. 223-3 du code de la route, à moins que l'intéressé, à qui il appartient à cette fin de produire l'avis qu'il a nécessairement reçu, ne démontre avoir été destinataire d'un avis inexact ou incomplet.

11. Il ressort des pièces du dossier, notamment des mentions du relevé d'information intégral de M. B, que l'infraction commise le 28 septembre 2018 a été constatée par l'intermédiaire d'un procès-verbal électronique et que l'intéressé a payé l'amende forfaitaire émise à l'issue de cette infraction. L'indication de ce paiement de l'amende forfaitaire sur le relevé intégral de M. B, formalisé pour cette infraction par la mention " AF amende forfaitaire ", suffit à établir que l'intéressé a nécessairement été mis en possession d'un avis de contravention et d'une carte de paiement, dont la détention est indispensable pour payer l'amende forfaitaire. Par suite, alors que M. B n'apporte aucun élément tendant à démontrer que les documents qui lui ont été envoyés seraient inexacts ou incomplets au regard des dispositions précitées des articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route, le ministre doit être regardé comme apportant la preuve que les informations pertinentes lui ont été délivrées. Dès lors, le moyen tiré du défaut d'information préalable ne peut être qu'écarté comme étant manifestement infondé.

S'agissant de l'infraction commise le 14 juillet 2022 :

12. 12. Il ressort du relevé d'information intégral afférent au permis de conduire de M. B que l'infraction commise le 14 juillet 2022 a été relevée par radar automatique, avec envoi d'un avis de contravention au domicile du titulaire de la carte grise du véhicule flashé. Il ressort des pièces du dossier que le pli recommandé contenant l'avis d'amende forfaitaire majorée correspondant à cette infraction a été expédié à l'adresse de M. B, 35 rue de la Tournade à Herblay (Val-d'Oise), qui en a été avisé le 16 janvier 2023. L'enveloppe contenant le pli en cause a été revêtue d'une étiquette sur laquelle a été cochée la mention " pli avisé et non réclamé ", correspondant au motif de non-distribution du pli à M. B. Celui-ci est donc réputé avoir reçu l'avis d'amende forfaitaire majorée en cause, dont le formulaire reprend l'ensemble des informations exigées par les articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route. Par suite, le moyen tiré d'un défaut d'information doit être écarté.

S'agissant de l'infraction commise le 11 novembre 2022 :

13. Depuis une mise à jour logicielle effectuée le 15 avril 2015, tous les appareils électroniques utilisés par les agents verbalisateurs font apparaître sur la page présentée au contrevenant, en cas d'infraction entraînant un retrait de points, l'ensemble des informations exigées par la loi. Dès lors, pour les infractions constatées à compter de cette date, la signature apposée par l'intéressé et conservée par voie électronique établit que ces informations lui ont été délivrées. La mention certifiée par l'agent selon laquelle le contrevenant a refusé d'apposer sa signature sur la page qui lui était présentée possède la même valeur probante.

14. Il ressort des pièces du dossier, notamment des pièces produites en défense par le ministre de l'intérieur et des outre-mer, que l'infraction commise par M. B le 11 novembre 2022 a été constatée au moyen d'un procès-verbal électronique, que l'intéressé a signé, puis à l'émission d'une amende forfaitaire majorée. La signature de M. B sur le procès-verbal électronique du 11 novembre 2022 établit que les informations prévues par les articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route lui ont été délivrées. Dès lors, le moyen tiré de l'irrégularité de la procédure s'agissant de l'infraction en cause, qui manque en fait, doit être écarté comme étant manifestement infondé.

Quant à la réalité des infractions :

15. Aux termes de l'article L. 223-1 du code de la route : " () La réalité d'une infraction entraînant retrait de points est établie par le paiement d'une amende forfaitaire ou l'émission du titre exécutoire de l'amende forfaitaire majorée, l'exécution d'une composition pénale ou par une condamnation définitive (). Le mode d'enregistrement et de contrôle des informations relatives aux infractions au code de la route conduit à considérer que la réalité de l'infraction est établie dans les conditions prévues à l'article L. 223-1 du code de la route dès lors qu'est inscrite, dans le système national des permis de conduire, la mention du paiement de l'amende forfaitaire ou de l'émission du titre exécutoire de l'amende forfaitaire majorée, sauf si l'intéressé justifie avoir présenté une requête en exonération dans les quarante-cinq jours de la constatation de l'infraction ou de l'envoi de l'avis de contravention ou formé, dans le délai prévu à l'article 530 du code de procédure pénale, une réclamation ayant entraîné l'annulation du titre exécutoire de l'amende forfaitaire majorée. ".

16. Ainsi qu'il a été dit ci-dessus, il ressort des mentions du relevé d'information intégral versé au dossier que les infractions en litige ont donné lieu à l'émission de titres exécutoires de l'amende forfaitaire majorée, devenus définitifs, ou au paiement d'une amende forfaitaire. En l'absence de tout élément de nature à mettre en doute l'exactitude des mentions du relevé d'information intégral, la réalité des infractions reprochées à M. B est, dès lors, établie dans les conditions prévues à l'article L. 223-1 du code de la route. Il s'ensuit que le moyen tiré de la méconnaissance de cet article ne peut qu'être écarté comme n'était assorti que de faits insusceptibles de venir à son soutien.

17. La requête de M. B ne comporte que des moyens manifestement infondés et n'étant assortis que de faits insusceptibles de venir à leur soutien. Dès lors, à défaut de moyen utile soulevé dans le délai de recours contentieux, il y a lieu de rejeter les conclusions à fin d'annulation de M. B, qui n'a pas annoncé de mémoire complémentaire, sur le fondement des dispositions précitées du 7° de l'article R. 222-1 du code de justice administrative. Il y a également lieu, par voie de conséquence, de rejeter ses conclusions à fin d'injonction, ainsi que celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Par ces motifs, le tribunal ordonne :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Fait à Cergy, le 27 juin 2024.

La présidente de la 3ème chambre,

signé

C. Oriol

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.