Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2401377
jeudi 16 mai 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2401377 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 4ème Chambre |
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 30 janvier 2024, Mme E C B, représentée par Me Jeddi, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 28 décembre 2023 par lequel le préfet du Val-d'Oise a refusé de lui délivrer un titre de séjour et l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours en fixant le pays de renvoi ;
2°) d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise de procéder au réexamen de sa situation dans un délai de quinze jours suivant la notification du jugement à intervenir ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative
Elle soutient que :
En ce qui concerne le moyen commun à l'arrêté :
- il est entaché d'un vice d'incompétence.
En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation personnelle ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de la menace qu'elle représente pour l'ordre public ;
- elle méconnait les dispositions de l'article L. 611-3, 5° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire :
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par lettre du 5 avril 2024, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de la compétence liée du préfet du Val-d'Oise pour prendre les décisions de refus de séjour et d'obligation de quitter le territoire français attaquées, dès lors que Mme C B a fait l'objet d'une interdiction judiciaire du territoire français d'une durée de dix ans prononcée par le tribunal correctionnel de Bordeaux le 5 mars 2021.
Par un mémoire en défense, enregistré le 16 avril 2024, le préfet du Val-d'Oise conclut au rejet de la requête.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code pénal ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a décidé de dispenser le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme Bories a été entendu au cours de l'audience publique du 29 avril 2024.
Considérant ce qui suit :
1. Mme E C B, ressortissante vénézuélienne née le 23 janvier 1991, déclare être entrée en France le 30 décembre 2020. Par un arrêté du 17 mai 2023, le préfet du Val-d'Oise l'a obligée à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée d'un an. Par un jugement n°2306728 du 1er juin 2023, le tribunal administratif de Cergy-Pontoise a annulé cette décision et a enjoint au préfet de réexaminer la situation de l'intéressée. Par un nouvel arrêté du 28 décembre 2023, le préfet du Val-d'Oise a rejeté la demande de titre de séjour de la requérante et l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours en fixant le pays de renvoi. Mme C B demande au tribunal d'annuler cet arrêté.
Sur la décision portant refus de titre de séjour :
2. Aux termes de l'article 131-30 du code pénal, auquel renvoie l'article L. 641-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'elle est prévue par la loi, la peine d'interdiction du territoire français peut être prononcée, à titre définitif ou pour une durée de dix ans au plus, à l'encontre de tout étranger coupable d'un crime ou d'un délit./ L'interdiction du territoire entraîne de plein droit la reconduite du condamné à la frontière, le cas échéant, à l'expiration de sa peine d'emprisonnement ou de réclusion./ Lorsque l'interdiction du territoire accompagne une peine privative de liberté sans sursis, son application est suspendue pendant le délai d'exécution de la peine. Elle reprend, pour la durée fixée par la décision de condamnation, à compter du jour où la privation de liberté a pris fin ".
3. Aussi longtemps que la personne condamnée n'a pas obtenu de la juridiction qui a prononcé la condamnation pénale le relèvement de la peine complémentaire que constitue l'interdiction judiciaire du territoire, laquelle est imprescriptible, l'autorité administrative est tenue de pourvoir à son exécution.
4. Il ressort des pièces du dossier que le tribunal correctionnel de Bordeaux a condamné, le 5 mars 2021, Mme C B à une peine de quatre ans d'emprisonnement, dont deux ans avec sursis, assortie d'une amende douanière et de la peine complémentaire d'interdiction du territoire français pendant dix ans. Il ne ressort d'aucune pièce du dossier, ni n'est allégué, que l'intéressée aurait sollicité le relèvement de cette peine complémentaire. Dès lors, et ainsi que les parties en ont été informées par lettre du 5 avril 2024, le préfet du Val-d'Oise était en situation de compétence liée pour refuser un titre de séjour à Mme C B, qui ne pouvait être légalement autorisée à séjourner en France. Par suite, les moyens soulevés par la requérante à l'encontre de la décision portant refus de séjour sont inopérants et ne peuvent qu'être écartés.
Sur la décision portant obligation de quitter le territoire :
5. En premier lieu, l'arrêté en litige a été signé par M. D A, directeur des migrations et de l'intégration de la préfecture du Val-d'Oise, qui disposait d'une délégation à cet effet du préfet de ce département, consentie par l'arrêté n°23-071 du 22 décembre 2023, régulièrement publié le même jour au recueil des actes administratifs de la préfecture. Par suite, le moyen tiré de ce que l'arrêté attaqué aurait été signé par une autorité incompétente doit être écarté.
6. En second lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
7. Mme C B se prévaut de sa présence en France depuis trois ans et de ce que sa fille, née en 2022, a la nationalité française. Toutefois, d'une part, ainsi qu'il a été dit précédemment, la requérante se maintient irrégulièrement sur le territoire depuis une peine d'interdiction judiciaire du territoire prononcée le 5 mars 2021. D'autre part, elle n'établit ni même n'allègue vivre en concubinage avec le père de son enfant. Enfin, l'intéressée ne justifie d'aucune insertion particulière à la société française. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ne peut qu'être écarté.
8. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du préfet du Val-d'Oise du 28 décembre 2023 ne peuvent qu'être rejetées. Il en va de même, par voie de conséquence, des conclusions à fin d'injonction et de celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Par ces motifs, le tribunal décide :
Article 1er : La requête de Mme C B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme E C B et au préfet du Val-d'Oise.
Délibéré après l'audience du 29 avril 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Bories, présidente,
M. Bourragué, premier conseiller,
Mme Goudenèche, conseillère,
Assistés de Mme Nimax, greffière.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 mai 2024.
La présidente-rapporteur,
signé
C. Bories
L'assesseur le plus ancien,
signé
S. BourraguéLa greffière,
signé
S. Nimax
La République mande et ordonne au préfet du Val-d'Oise en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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