Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2401388
mercredi 28 février 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2401388 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des pièces complémentaires, enregistrées le 30 janvier 2024 et le 22 février 2024, Mme A B, représentée par Me Angliviel, demande au juge des référés, statuant en application des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
1°) d'ordonner la suspension de l'exécution de la décision du 11 décembre 2023 par laquelle le préfet du Val-d'Oise a refusé sa demande de renouvellement de titre de séjour ;
2°) d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise de procéder au réexamen de sa situation et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour avec autorisation de travail dans l'attente, dans le délai d'un mois à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son conseil en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve qu'elle renonce à la part contributive de l'Etat et, si la demande d'aide juridictionnelle venait à être refusée, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à lui verser directement, en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la condition d'urgence est remplie, dès lors que la décision du préfet porte refus de renouvellement de titre de séjour, que celle-ci la place en situation irrégulière et l'expose, notamment, aux risques d'arrestation et de détention, qu'elle est, par ailleurs, atteinte d'une pathologie infectieuse et, en l'absence de titre de séjour, elle ne bénéficie plus de prestations sociales et il lui est impossible d'exercer une activité professionnelle ;
- il existe plusieurs moyens propres à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :
* elle a été signée par une autorité incompétente ;
* elle est entachée d'un vice de procédure, dès lors que la décision est fondée sur un avis médical non produit et par conséquent, non communiqué, contrairement au respect du principe du contradictoire ;
* elle a été prise en méconnaissance des dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors qu'au regard de son état de santé et du caractère indispensable de son suivi médical, elle ne pourra pas être prise en charge, en cas de retour dans son pays d'origine ;
* elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation, dès lors que, compte tenu de la naissance de sa fille, le 6 février 2023, et de son état de santé, le refus lui étant opposé emporte conséquences sur sa situation personnelle.
Par un mémoire en défense, enregistré le 16 février 2024, le préfet du Val-d'Oise conclut au rejet de la requête.
Vu :
- la requête n° 2401393, enregistrée le 30 janvier 2024, par laquelle Mme B demande l'annulation de la décision attaquée ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal, a désigné M. Poyet, premier conseiller, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative, pour statuer sur les requêtes en référé.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience du 23 février 2024 à 10 heures.
Ont été entendus au cours de l'audience publique, tenue en présence de M. Grospierre, greffier d'audience :
- le rapport de M. Poyet, juge des référés ;
- et les observations de Me Rosin, substituant Me Angliviel, représentant Mme B, présente, qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens, précise les moyens déjà soulevés et ajoute un moyen tiré d'un vice de procédure dès lors que le médecin rapporteur n'est pas mentionné sur la liste des médecins agréés de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII).
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A B, ressortissante camerounaise née le 5 novembre 1990 à Yaoundé au Cameroun, est entrée en France, le 26 septembre 2022, sous couvert d'un visa de long séjour valant titre de séjour (VLS/TS) portant la mention " étudiant ". Mme B a sollicité, le 22 juin 2023, le renouvellement de son titre de séjour, expirant le 24 septembre 2023, avec changement de statut en fondant sa demande sur l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et a obtenu un récépissé de demande de titre de séjour, valable du 16 octobre 2023 au 15 avril 2024. Par un arrêté en date du 11 décembre 2023, le préfet du Val-d'Oise a rejeté sa demande de titre de séjour. Par la présente requête, Mme B demande au juge des référés, statuant sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, d'ordonner la suspension de l'exécution de la décision du 11 décembre 2023 par laquelle le préfet du Val-d'Oise a rejeté sa demande de titre de séjour.
Sur les conclusions à fin de suspension :
2. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".
En ce qui concerne la condition d'urgence :
3. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande de suspension d'une décision refusant la délivrance d'un titre de séjour, d'apprécier et de motiver l'urgence compte tenu de l'incidence immédiate du refus de titre de séjour sur la situation concrète de l'intéressé. Cette condition d'urgence sera en principe constatée dans le cas d'un refus de renouvellement de titre de séjour ou d'un retrait de celui-ci. Dans les autres cas, il appartient au requérant de justifier de circonstances particulières caractérisant la nécessité pour lui de bénéficier, à très bref délai, d'une mesure provisoire dans l'attente d'une décision juridictionnelle statuant sur la légalité de la décision en litige.
4. Il résulte de l'instruction, d'une part, que la requérante, entrée sur le territoire français, le 26 septembre 2022, sous couvert d'un visa de long séjour valant titre de séjour (VLS/TS) portant la mention " étudiant ", valable jusqu'au 24 septembre 2023, a sollicité, le 22 juin 2023, le renouvellement de son titre de séjour sur le fondement de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Ainsi, Mme B n'a pas sollicité le renouvellement de son titre de séjour étudiant, mais un nouveau titre, sur un fondement différent et, dans cette hypothèse, la présomption d'urgence ne trouve pas à s'appliquer (CE, SSR, 3 novembre 2006, Ministre de l'Intérieur c/O., n° 291066, B - Rec. T. pp. 897-1013). La décision en litige rejette la demande de l'intéressée tendant à obtenir la délivrance d'un premier titre de séjour. A ce titre, il lui appartient donc d'établir l'urgence inhérente à sa situation.
5. A l'appui de sa demande, la requérante fait, d'autre part, valoir que la condition d'urgence est remplie dès lors que la décision du préfet la place en situation irrégulière et l'expose, notamment, aux risques d'arrestation et de détention, et qu'elle est atteinte d'une pathologie infectieuse et, en l'absence de titre de séjour, elle ne bénéficie plus de prestations sociales et il lui est impossible d'exercer une activité professionnelle. Toutefois, la requérante bénéficie d'un récépissé de demande de titre de séjour, valable du 16 octobre 2023 au 15 avril 2024, qui autorise son titulaire à travailler à titre accessoire et n'établit pas l'impossibilité d'accès à un traitement en France, en l'état de l'instruction. Dans ces conditions, la condition d'urgence n'étant pas remplie, les conclusions tendant à la suspension de l'exécution de la décision du 11 décembre 2023 par laquelle le préfet du Val-d'Oise a rejeté la demande d'admission au séjour de l'intéressée doivent être rejetées, sans qu'il soit besoin de statuer sur l'existence d'un doute sérieux quant à la légalité de la décision contestée. Par voie de conséquence, les conclusions présentées aux fins d'injonction doivent également être rejetée ainsi que celles présentées au titre des articles L.761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A B, à Me Angliviel et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Copie en sera transmise au préfet du Val-d'Oise.
Fait à Cergy, le 28 février 2024.
Le juge des référés,
signé
M. Poyet
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision
Décisions similaires
Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — N° TA95-2600300
01/10/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2612179
01/10/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2604311
01/10/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2603832
01/10/2026