Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2401402
mardi 5 mars 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2401402 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 31 janvier 2024, Mme A B D, représentée par Me Dufaud, doit être regardée comme demandant au juge des référés, statuant sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
1°) d'ordonner la suspension de l'exécution de la décision du 19 janvier 2024 par laquelle le président du conseil départemental des Hauts-de-Seine a suspendu pour une durée de quatre mois maximum son agrément en qualité d'assistante maternelle ;
2°) de mettre à la charge du conseil départemental des Hauts-de-Seine la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la condition d'urgence est remplie, dès lors que la décision attaquée la prive, d'une part, d'exercer sa profession et, d'autre part, de percevoir une partie substantielle des revenus lui permettant de faire face aux charges courantes de son foyer ;
- il existe plusieurs moyens de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :
* elle a été prise par une autorité incompétente ;
* elle est entachée d'un défaut de motivation, en violation des articles L. 421-6 du code de l'action sociale et des familles et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration ;
* elle est entachée d'un vice de procédure, dès lors qu'elle a été réceptionnée tardivement, qu'en outre, le président du conseil départemental n'a pas informé, sans délai, la commission consultative paritaire départementale de la décision de suspension prise à son encontre, conformément aux dispositions de l'article R.421-24 du code de l'action sociale et des familles et qu'enfin, la décision a été prise en méconnaissance des stipulations de l'article 6 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et des dispositions de l'article 24 de la loi du 12 avril 2000 ;
* elle est entachée d'une erreur de droit ainsi que d'une erreur manifeste d'appréciation, dès lors qu'elle méconnaît les dispositions des articles L. 421-3 et L. 421-6 du code de l'action sociale et des familles, d'une part, et que la matérialité des faits n'est pas établie, d'autre part.
Par un mémoire en défense, enregistré le 23 février 2024, le président du conseil départemental des Hauts-de-Seine conclut, à titre principal, au non-lieu à statuer et, à titre subsidiaire, au rejet de la requête.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- la requête n°2401471, enregistrée le 30 janvier 2024, par laquelle Mme B D demande l'annulation de la décision attaquée.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'action sociale et des familles ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Poyet, premier conseiller, en application des dispositions de l'article L. 511-2 du code de justice administrative, pour statuer sur les requêtes en référé.
Les parties ont été régulièrement convoquées à l'audience du 26 février 2024 à 10 heures.
Ont été entendus au cours de l'audience publique, tenue en présence de
M. Grospierre, greffier d'audience :
- le rapport de M. Poyet, juge des référés ;
- et les observations de Mme C, juriste au sein du service juridique de la direction des affaires juridiques et de l'Assemblée du conseil départemental des Hauts-de-Seine, représentant le président du conseil départemental des Hauts-de-Seine.
Une note en délibéré, enregistrée le 26 février 2024, à 20h16, a été produite pour Mme B D.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B D est titulaire d'un agrément d'assistante maternelle depuis 2015. Son agrément, lui permettant d'accueillir simultanément trois enfants, a été renouvelé du 10 mars 2019 jusqu'au 9 mars 2024. Par une décision, en date du 19 janvier 2024, le président du conseil départemental des Hauts-de-Seine a décidé de suspendre son agrément d'assistante maternelle pour une durée maximum de quatre mois, à compter du 19 janvier 2024. Par la présente requête, Mme B D demande au juge des référés, statuant sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, d'ordonner la suspension de l'exécution de la décision du 19 janvier 2024 par laquelle le président du conseil départemental des Hauts-de-Seine a suspendu cet agrément.
Sur les conclusions à fin de suspension présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".
3. Il résulte des dispositions citées au point précédent que la condition d'urgence à laquelle est subordonné le prononcé d'une mesure de suspension doit être regardée comme remplie lorsque la décision contestée préjudicie de manière suffisamment grave et immédiate à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre et il appartient au juge des référés, saisi d'une demande tendant à la suspension d'une telle décision, d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par la requérante, si les effets de celle-ci sur la situation de ce dernier ou le cas échéant, des personnes concernées, sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue. L'urgence doit être appréciée objectivement compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'affaire. Enfin, la condition d'urgence s'apprécie à la date de la présente ordonnance.
4. Pour justifier de l'urgence qu'il y aurait à suspendre l'exécution de la décision litigieuse, Mme B D fait notamment valoir que celle-ci préjudicie de manière suffisamment grave et immédiate à sa situation puisque depuis le 19 janvier 2024, elle est privée d'une part substantielle de ses revenus au titre de son activité d'assistante maternelle, ce qui la place dans une situation financière difficile. Toutefois, s'agissant, d'une part, du préjudice financier allégué, il résulte de l'instruction que la décision litigieuse a été notifiée à la requérante le 24 janvier 2024, soit une semaine avant l'introduction de la présente requête. D'une part, une décision de non renouvellement de l'agrément de la requérante a été prise par le président du conseil départemental des Hauts-de-Seine, le 21 février 2024, à compter du 9 mars 2024. Enfin, en tout état de cause, la requérante ne démontre pas ne pas avoir d'autres sources de revenus que celles liées à la garde d'enfants. Dans ces conditions, le préjudice financier allégué n'est aucunement démontré.
5. Il résulte de ce qui précède que la condition d'urgence de l'article L. 521-1 du code de justice administrative n'est, au cas d'espèce, pas satisfaite. Par suite, sans qu'il soit besoin de statuer sur le doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée ni sur la fin de non-recevoir soulevée par le président du conseil départemental des Hauts-de-Seine, il y a lieu de rejeter les conclusions à fin de suspension présentées au titre de l'article L. 521-1 du même code. Par voie de conséquence, il convient également de rejeter les conclusions tendant au bénéfice de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête de Mme B D est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A B D et au président du conseil départemental des Hauts-de-Seine.
Fait à Cergy, le 5 mars 2024.
Le juge des référés,
Signé
M. Poyet
La République mande et ordonne au préfet des Hauts-de-Seine en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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